Je suis fière d’avoir commencé à animer des ateliers pour parents, et surtout ravie de voir que les parents sont contents de ce à quoi ils réfléchissent pendant les séances, ce qu’ils essayent à la maison, même si ce n’est pas toujours facile, même si c’est parfois désespérant…

Ce matin, nous avons parlé de ce qu’ils avaient réussi à faire chez eux pour obtenir la coopération de leurs enfants, suite à l’atelier de la semaine dernière qui tournait autour du chapitre 2  de Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent , et il s’avère que la compétence qui les a le plus aidés est “le dire d’un mot“.

Il est clair que cette technique évite bien souvent le long discours usant, tant pour nous que pour les enfants, qui, en fait, savent déjà de quoi il retourne. Je suis ravie de constater que d’autres ont moins de mal que moi à la mettre en pratique !

Heureusement que j’ai commencé ce livre la discipline positive pour les adolescents qui va résoudre tous mes problèmes avec mon ado (!!) parce que pour tout dire, en ce moment… Je craque !!
Enfin… Ce n’est même pas vrai.

C’est peut-être aussi ça l’adolescence : le changement de comportement…

Parce que samedi dernier, vraiment, je craquais. Une semaine difficile, un vendredi après-midi plein de disputes, un samedi itou, malgré des essais d’ouverture de la communication, … une envie de loin !

Pour simplifier : mon grand (14 ans) décidait simplement de passer outre toute règle qui ne lui semblait pas convenir. Et moi qui tournais en rond : “Je ne peux pas te dire mieux que ça quand même : “si une règle ne te convient pas, viens m’en parler.”. Que puis-je faire de mieux ??”

On en etait à des altercations ridicules, du type :
“Je suis obligé d’y aller avec vous ?
– je ne sais pas… Je pensais que c’etait un moment familial… (J’hésite, je ne sais plus ce que je dois dire ou non, imposer ou non, est-ce vraiment important qu’il vienne ? Je suis prise au dépourvu, je croyais qu’il voudrait venir de toute façon…)
-…
-…
– en fait je vais y aller, je voudrais juste être sûr que je suis libre de prendre cette décision moi-même.”
Ok…

Et puis, le dimanche, après un moment nuageux au petit déjeuner, tout s’est éclairé. Il a suffi d’un moment où j’ai lâché du leste pour que la courbe s’inverse. La conversation d’écoute avec son père a aidé aussi. Depuis (nous sommes mardi soir), tout roule ! L’ambiance est au beau fixe.
Allez comprendre…

Moralité : il faut être bien accroché !

Il faudrait bien du temps pour pénétrer vraiment toutes les différences profondes entre l’éducation américaine et l’éducation française. En fait, vraisemblablement pour n’importe quelles deux éducations, tant elles sont liées aux valeurs, aux cultures, à l’histoire de chaque pays. C’est toujours très intéressant d’observer ces différences, je trouve que ça aide à l’analyse et à la tolérance.

S’il en est une qui nous parle, et que je commence à bien connaître, c’est l’éducation américaine.

(Pause explicative : nous vivons à Puerto Rico, un territoire d’outre-mer des US, depuis 2014.
Avant ça, nous étions au Mexique, et les grands allaient déjà dans une école américaine.
Rq : Nos deux petits sont dans une petite école Montessori hispanophone)

Les français ont en souvent une image négative, et je comprends pourquoi. Par bien des aspects, les américains bafouent certains de nos principes de base. Je crois que le plus flagrant est la place de l’enfant dans la famille. Nous, les français, considérons en général que le couple passe avant l’enfant, qu’on ne peut pas tout “passer” aux enfants, qu’il leur faut un cadre.
Rien de mieux pour comprendre cette opposition dans la philosophie de base que de lire Bébé made in France, de Pamela Druckerman.
Parfois, on se sent bien d’être français et d’avoir appris à poser et respecter ces limites.
Cependant, ne jetons pas tout dans l’éducation américaine. Et en particulier, sachons en reconnaître l’aspect positif : la positivité justement !

Ça fait longtemps que je l’observe :
A l’école américaine, on insiste bien plus sur les succès des enfants que sur leurs failles. Alors, parfois, à force de vouloir booster leur confiance en eux, on s’extasie devant des compétences de base… Mais ça a de bons côtés. En particulier, celui que les enfants se sentent bien. Qu’ils croient en eux et en ce qu’ils peuvent réaliser. Ils ne sont pas rabaissés comme souvent chez nous…
De ce fait, le succès est une valeur. Ceux qui réussissent sont bien vus, non seulement par leurs profs, mais aussi par leurs pairs. Les remises de prix sont toujours accompagnées d’applaudissements !

D’autre part, l’école n’est pas seulement un lieu où sont développées les compétences académiques, mais également le caractère. Les enfants ont même régulièrement un cours de “character education”, dans lequel on leur parle de valeurs, dans lequel ils peuvent s’exprimer, discuter des problèmes qu’ils rencontrent.
L’école présente les valeurs auxquelles elle croit. Dans l’école de nos enfants par exemple, ce sont les “six piliers du caractère” : respect, responsabilité, intérêt, honnêteté, service, intégrité.  Tout un contexte dans lequel l’éducation académique ne va pas sans l’éducation humaine. J’aime ce principe.

Enfin, les enfants ne font pas que suivre les cours, on leur demande souvent d’être acteurs.
Ils ont d’ailleurs une proximité avec leurs instits /profs qui n’a rien à voir avec celle qu’on connaît en France.
Moi, j’espère qu’en connaissant ça à l’école, et en recevant une éducation plus française à la maison, nos enfants intègrent le meilleur des 2 mondes… On peut toujours rêver !

En tout cas, rien n’incarne mieux pour moi la différence fondamentale entre les deux systèmes dans la manière de présenter les choses que la “golden rule”, ou règle d’or. Celle que tous les américains connaissent :
“Do onto others what you want them to do to you.”
Ou, dans la langue de Molière :
“Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent.”
Vous voyez la différence avec notre formulation ?

L’autre jour, j’ai entendu une psychologue s’opposer aux tendances d’éducation positive en disant que “les enfants ont besoin de conflits, il n’y a qu’à les voir dans une cour de récréation…”
Bon, première remarque : je ne crois pas que l’éducation positive bannisse tous les conflits. En revanche, elle prône une autre façon de régler le conflit, avec plus d’écoute. Il est évidemment illusoire de penser qu’on sera toujours d’accord les uns avec les autres, mais on peut éviter de rabaisser l’autre, de l’insulter, de le mépriser…
Mais surtout, deuxième remarque, “il n’y a qu’à les voir dans une cour de récréation”… C’est une preuve qu’ils ont besoin de conflits, ça ?? Ou bien la preuve qu’ils reproduisent ce qu’ils voient ? Comment peut-on décorréler les deux ? L’argument me semble complètement fallacieux !

Cet été, j’ai passé du temps en France, et je me suis rendue compte qu’en terme d’éducation positive, on était bien mieux logé en étant loin ! Enfin… Je ne peux pas juger le monde entier, mais il est clair que la France a encore bien du progrès à faire en terme de relation respectueuse avec les enfants. Nous vivons à Puerto Rico, territoire d’outre mer des US.

On peut dire beaucoup de choses sur les US, mais ce qui est sûr, c’est que la dynamique adulte/enfant est bien différente de celle que nous connaissons. Et l’éducation est clairement plus… positive justement. Parfois trop, bien sûr. Mais à tout prendre, je préfère ça.
Je pourrais vous donner plein d’exemples, tellement que je vais perdre le fil de cet article ! Alors, je vais en faire un autre spécifique. (Mise à jour : voir article sur la positivité à l’américaine)

En attendant, revenons aux enfants en France.
En juin, j’ai emmené les miens visiter les châteaux de la Loire. Et, comme l’année scolaire française n’était pas terminée, nous avons croisé pas mal de groupes scolaires. J’ai été effarée par la façon dont certains encadrants parlaient aux élèves. Des cris, des menaces… Je ne dis pas qu’il est facile de maintenir un groupe en visite, mais je peux vous assurer que les profs ici ne parlent pas ainsi aux élèves. (Lecteurs profs, ne vous sentez pas visés, je sais que les profs ne parlent pas tous comme ça aux élèves !)
En tout cas, il ne faut pas être surpris de l’agressivité qui règne entre les enfants quand ils reçoivent ce modèle-là ! D’une part parce qu’ils reproduisent ce qu’ils voient, d’autre part parce que, obligés de subir quand ils sont en position d’infériorité, ils s’expriment ainsi à leur tour s’ils arrivent à se mettre en position de supériorité.
Ont-ils un meilleur modèle avec leurs parents ? Ça dépend !
Chez ceux qui lisent ceci, c’est évident ! Mais chez d’autres… J’ai vu bien des exemples choquants ! Oh, moi-même, malgré ce à quoi j’aspire, je ne suis pas toujours chouette avec mes enfants, il m’arrive de crier, de perdre le sens des perspectives, mais je m’aperçois que ce n’est rien en comparaison de ce que j’entends parfois.
J’ai même fait face à ce cas où je n’ai pas pu me retenir d’intervenir !
Alors, ça m’a fait m’interroger.

Comment faire pour encourager plus de respect dans les relations quand nos enfants font face à un modèle différent au quotidien ? Comment développer des compétences de gestion des conflits entre frères et sœurs qui vont à contre-courant de ce qu’ils apprennent à l’école ? Et pour aller plus loin : en supposant qu’on y parvienne, ces méthodes-là seront-elles efficaces dans le monde “réel” auquel ils font face dans la cour de récréation ?

C’est une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de créer ce blog : pour participer et encourager la diffusion de la parentalité positive. Parce que je crois que c’est similaire à là protection de l’environnement : aujourd’hui on peut réagir à quelqu’un qui jette ses déchets par terre, parce que l’idée que cela ne doit pas se faire est passée dans les esprits. De la même façon, je pense que plus l’idée qu’on n’insulte pas un enfant se diffusera, plus le modèle évoluera, moins ceux qui n’y sont pas sensibles y seront portés. Ne serait-ce qu’à cause du regard des autres, qui sera moins tolérant.
C’est une ambiance qui peut déteindre, dans un sens positif aussi.

C’est possible. Il suffit d’y croire.

Cet été, en France, j’ai assisté à une scène qui m’a fait frémir, et devant laquelle je n’ai pas pu rester impassible.

J’étais dans un petit supermarché, et la dame devant moi avait 3 enfants, avec lesquels elle parlait sur un ton constamment désagréable. Lorsque je sors du magasin, ils sont sur le trottoir, et son grand -environ 10 ans- essaye d’ouvrir une bouteille d’eau qu’ils viennent d’acheter. Seulement, ce n’était pas une ouverture classique, et il n’y parvient pas.
“Mais qu’est-ce que tu fais, toi ?? Qu’est-ce qu’il est stupide ce môme !! Donne-moi cette bouteille ! Et voilàààà… C’était difficiiiiile…”
Comment un enfant qui entend sa mère le juger ainsi peut grandir en confiance ?? Comment peut-il penser qu’il vaut quelque chose ??
Je suis revenue sur mes pas, et j’ai dit “Excusez-moi, je sais que ça ne me regarde pas, mais vous pourriez pas éviter de l’insulter ?”
Elle a marqué un temps, surprise, avant de me confirmer que ça ne me regardait pas.
L’ai-je au moins aidée à prendre du recul ? J’en doute…

C’est bien connu, dans toute démarche, surtout celle qui est un peu à contre-courant, c’est plus facile de faire partie d’un groupe. C’est pour ça que mes échanges sur le sujet avec mon mari, mes ami(e)s, ma famille, m’enrichissent.

Ceux qui me font en général le plus progresser, ce sont ceux que j’ai avec ma fantastique belle-sœur, l’épouse de mon frère.

En théorie, elle me suit sur le chemin : je lui ai conseillé ses premières lectures, elle me demande conseil… Mais cet été, j’ai réalisé qu’elle était finalement en avance !
J’ai peut-être fait plus de progrès qu’elle sur la voie de la discipline positive, mais je ne suis pas à sa hauteur ! Probablement parce qu’elle est naturellement plus zen, plus tranquille, elle fait mieux face que moi aux réactions fortes des enfants.
Elle dit que c’est aussi parce qu’on n’a pas les mêmes enfants, et les mêmes défis.
C’est certain. Mais surtout, c’est l’occasion pour moi de constater et d’accepter (après avoir déjà accepté que l’on ne pouvait être parfait) que nous n’étions pas tous égaux !
Je suis donc particulèrement à l’écoute quand elle me fait un commentaire en fin de séjour : j’applique bien des techniques apprises avec mes petits, mais pas tellement avec mes grands…
J’y fais attention depuis, c’est très vrai !
Je transforme donc ça en priorité.

Eh oui, le monde évolue déjà ! img_1933

Quel bonheur de le constater, même si on est loin d’être au bout…
A l’aéroport, on trouve des petites cages en métal qui permettent de vérifier si la taille de nos bagages cabines correspond bien aux limites imposées. J’ai récemment remarqué que, plutôt que la traditionnelle interdiction de prendre à bord des bagages qui ne tiendraient pas,  bien des compagnies aériennes ont à présent accompagné ce gabarit d’une phrase du type : “Si votre bagage tient dans cet espace, nous serons ravis de le prendre à bord.”

Vive la psychologie positive !

Ça fait plusieurs livres que je lis dans lesquels la question de nos propres problèmes non résolus avec nos  parents est soulevée : par exemple, parfois, on interdit à notre enfant un comportement qu’on ne se permet pas nous-mêmes d’exprimer face à nos parents. Ou qu’on ne s’est pas permis.
Il n’est pas nouveau que les schémas se répètent, les enfants battus battent…

Et pourtant, c’est un paramètre qui m’échappe complètement.
Même avant, quand j’entendais : “Je comprends mieux mes parents depuis que je suis devenue maman moi même”, bon, je le comprenais mais ne le ressentais pas.

Aujourd’hui j’ai encore l’impression que, hormis bien sûr quelques principes éducatifs qui font partie de ce que j’ai appris, mon comportement avec mes enfants est indépendant de ma relation avec mes parents. Je n’ai pas l’impression d’avoir une frustration non résolue, ou autre chose de ce genre.
Et pourtant, le thème revient et je me pose la question… Comment juger aujourd’hui la relation avec mes parents ? On s’entend bien, il n’y a pas de problème, on est content de se voir, mais je suis aussi régulièrement agacée par des remarques, ou des attitudes, auxquelles je ne réagis pas toujours.

Cependant, récemment, j’ai eu un échange assez incroyable avec ma mère.
On parlait de l’organisation des vacances d’été, et elle est passée à des idées pour les vacances de noël. Je lui ai de suite répondu que je n’étais pas encore prête pour discuter de noël, que c’était trop loin, un problème à la fois, les questions de l’été n’étaient encore pas réglées.
Du fait que nous vivons a l’étranger, et rentrons l’été en France, l’occasion de voir famille et amis, notre planning d’été est chaque fois un casse-tête incroyable, beaucoup de mouvements, beaucoup d’organisation, je rêve de juste poser les valises avec les 4 enfants, et de ne plus bouger.  Ca n’arrive jamais.
Bref, tandis que ma mère, malgré ma réponse, continuait à dérouler des idées pour les vacances de Noël, je m’agaçais sans rien dire. Et pour une fois, au lieu de serrer les dents jusqu’à la fin, et de terminer la conversation énervée, je lui ai dit : “Maman, en fait je ne me sens vraiment pas emotionnellement disponible pour parler de Noël. A chaque idée que tu lances, je n’arrive pas a m’empêcher de commencer à y réfléchir, et je ne veux pas, parce que je me sens déjà sous l’eau avec les options de l’été, et je ne fais pas face à tout. Je voudrais qu’on attende d’avoir réglé ça pour parler de la suite.”
… Elle a très bien réagi : “Excuse-moi, je ne pensais pas, je lançais ça comme ça, je ne pensais pas que tu pouvais te sentir débordée, comme je ne fonctionne pas comme ça, je ne l’ai pas envisagé, ok, j’arrête, on en reparlera une autre fois.”
J’ai été stupéfaite par son écoute… C’était si simple, pourquoi ne l’avais-je pas essayé avant ?

Est-ce un hasard, ou est-ce que mes lectures m’aident indirectement dans ma relation à ma mère ?

Combien de fois avons-nous crié à nos enfants : “On arrête de crier maintenant !!!”
Alors, évidemment, ça ne colle pas dans le rôle de modèle qu’on est censé donner…
Mais on pose ici une autre question : d’où ça vient ?
Ça vient du fait qu’il y a des jours où on est irrité, irritable, parce qu’on est fatigué, parce que quelque chose nous contrarie. Alors, on a encore moins envie que d’habitude que les enfants en rajoutent. Seulement voilà, eux aussi ressentent notre tension… Et ça les rend nerveux ! Alors, ils sont plus difficiles, plus irritables que d’habitude… Mais on n’a pas de patience, alors on réagit vite, et mal… Du coup, ils sont énervés à leur tour… Vous voyez où je veux en venir ?
Pas facile de sortir de là.

 

Deux idées cependant me viennent :

La première, c’est de leur expliquer dès le départ qu’on ne se sent pas bien, et qu’on risque de manquer de patience. Leur livrer ce qu’on ressent, c’est leur faire confiance, c’est leur expliquer que notre mauvaise humeur n’est pas due à leur comportement, c’est leur donner l’opportunité de comprendre.

La deuxième, c’est d’essayer de mettre les soucis de côté. De vivre le moment en pleine conscience, si c’est possible, les problèmes nous reviendront bien assez tôt. (Plus facile à dire qu’à faire…)

“Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple”! (Jacques Prévert)