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Un nouveau regard sur les comportements inappropriés

Dans ce chapitre de La discipline positive, Jane Nelsen nous encourage à analyser les comportements inappropriés (notez bien l’expression : non pas “mauvais comportements” mais “comportements inappropriés”) pour en comprendre les causes et les décoder au lieu de n’y répondre qu’en surface.

Pour commencer, nous sommes invités à assumer notre part de responsabilité.

Je trouve ce point particulièrement intéressant, car il est rarement soulevé ainsi.

En effet, Jane Nelsen rappelle que l’adulte participe au comportement inapproprié de l’enfant. Je sais, ce n’est pas facile à accepter, c’est pourtant très vrai ! Notre réaction face à nos enfants, et même parfois nos actions face à nos enfants ont une influence sur leur comportement également ! Ainsi, “s’ouvrir à une responsabilité partagée” nous aidera à mieux aborder le reste.

Ensuite, l’auteure rappelle qu’un comportement inadapté peut être dû à une incompréhension, à une étape normale du développement de l’enfant, ou à un sentiment de découragement.

Dans ce dernier cas, il est fréquent que les interprétations erronées de l’enfant, dont nous avons parlé dans les principes adlériens, lui dictent son comportement dans le but inconscient d’atteindre un objectif mirage.

Je vais recommencer cette dernière explication, parce qu’elle est clef ici.

L’enfant a un besoin. Disons par exemple qu’il a besoin d’être vu. De manière inconsciente en général. Son observation et son interprétation du monde l’ont conduit à penser qu’on ne remarque que lorsque l’attention est centrée sur lui. Son objectif mirage est donc d’accaparer l’attention. Il est qualifié de mirage parce que ce n’est pas ce qui répondra réellement à son besoin, mais c’est bien ainsi qu’il voit les choses… Il adaptera donc inconsciemment son comportement pour atteindre cet objectif, agaçant le parent ou le prof, qui lui donnera ainsi toute son attention !

Lorsque j’ai lu pour la première fois ce chapitre, il y a de cela quelques mois, ce n’était pas très clair pour moi.

Cependant, entretemps, j’ai suivi une formation de “discipline positive dans la classe”, au cours de laquelle nous avons fait des exercices autour de ces objectifs mirages, et ça me parait être vraiment bien vu.

L’auteure reprend ainsi les 4 objectifs mirages définis par Dreikurs :

  • Accaparer l’attention
  • Prendre le pouvoir
  • Prendre une revanche
  • Confirmer sa croyance d’incapacité

Pour identifier quel est l’objectif mirage poursuivi par l’enfant, il s’agit d’observer ce qu’il suscite en nous !

Le livre présente ainsi une “grille d’identification des besoins cachés derrière les comportements inappropriés” qui est fort utile pour toute personne interagissant avec des enfants. C’est cette grille qui nous guidera pour ne pas adresser le comportement lui-même, qui n’est souvent que la partie émergée de l’iceberg, mais bien sa cause : le besoin inassouvi qui est immergé.

Parlons un peu plus de chacun de ces objectifs-mirages :

  • Accaparer l’attention

L’enfant cherche probablement à accaparer l’attention lorsque l’adulte se sent agacé, irrité…
La croyance erronée de l’enfant est “Je n’appartiens que si je suis au centre de l’attention”.
Son message codé est en fait : “Remarquez-moi, impliquez-moi”.
Que peut dans ce cas faire le parent ?
Il peut : confier une responsabilité à l’enfant ; planifier des “moments particuliers” ; instaurer des signaux avec l’enfant ; faire une recherche de solution avec lui !

  • Prendre le pouvoir

L’enfant cherche probablement à prendre le pouvoir lorsque l’adulte se sent défié, remis en cause dans son autorité.
La croyance erronée de l’enfant est “Je n’ai de sentiment d’appartenance que lorsque je suis en position de force”.
Je rappelle que toute personne, enfants inclus, a besoin d’une part de pouvoir.
Le message codé de l’enfant est : “Laissez-moi participer, donnez-moi des choix.”
Que peut dans ce cas faire le parent ?
Il peut marquer un temps de pause, et penser à sa responsabilité dans ce comportement.
Valider les sentiments de l’enfant, offrir des choix, et l’impliquer dans les solutions.

  • Prendre une revanche

L’enfant cherche probablement à prendre une revanche lorsque l’adulte se sent blessé, déçu…
La croyance erronée de l’enfant est “Je n’ai pas de sentiment d’appartenance , je souffre mais je peux au moins rendre la pareille en faisant souffrir l’autre.”
On touche ici au besoin d’appartenance déjà évoqué dans le cas de l’attention ci-dessus, mais l’enfant n’a même plus de solution pour y répondre…
Le message codé de l’enfant est : “Aidez-moi. Je souffre intérieurement.”
Que peut dans ce cas faire le parent ?
Il est d’abord nécessaire de contrôler ses réactions pour briser le cycle de la revanche… Pas facile ! Le temps de pause revêt ici encore plus d’importance, pour réussir à analyser son ressenti, et à refléter les sentiments de l’enfant. Ici encore plus qu’ailleurs, il faut chercher à se reconnecter à l’enfant !

  • Confirmer sa croyance d’incapacité

L’enfant cherche probablement à confirmer sa croyance d’incapacité lorsque l’adulte se sent impuissant, démuni…
La croyance erronée de l’enfant est “Je n’arrive pas à appartenir ni à avoir de l’importance, ni à me sentir capable, c’est tout simplement impossible, je me désengage.”
L’enfant qui se désengage manque cruellement de confiance en lui. Il s’agira alors de l’accompagner étape par étape.
Le message codé de l’enfant est : “Ne me laissez pas tomber. Tendez-moi la main.”
Que peut dans ce cas faire le parent ?
Ne pas baisser les bras, enseigner les compétences sans faire à la place de l’enfant. Fixer des étapes intermédiaires. Encourager, encourager, en montrant que nous avons confiance dans les capacités de l’enfant !

 

Savoir identifier ces objectifs-mirages, et les distinguer l’un de l’autre peut se révéler très utile pour savoir comment répondre à un comportement inapproprié.

En effet, nous ne devrons pas réagir de la même manière face à un enfant dont l’objectif mirage est d’accaparer l’attention que face à celui qui cherche à confirmer sa croyance d’incapacité.

Comme vous l’avez vu ci-dessus, notre premier indice d’identification, c’est notre ressenti face au comportement de l’enfant.

Lorsque j’ai lu ce chapitre de La discipline positive pour la première fois, cela m’a semblé bien compliqué.

Depuis, il m’est arrivé plusieurs fois d’y repenser lorsque j’arrivais à écouter mon ressenti, et à me rendre compte à quel point cela semblait tombait juste !

Je ne sais pas toujours garder ce regard, chercher à décoder ainsi, mais j’avance chaque jour un peu plus sur ce chemin, comme vous je l’espère.

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