Il y a des jours avec et des jours sans… Les jours où l’on est le parent que l’on a envie d’être, et les jours où l’on se transforme en maman qui craque…

Je crois vraiment que l’on progresse en se construisant sur nos succès, et en s’inspirant des succès des autres également. C’est pourquoi je lis tant, et pourquoi je partage tant avec vous.

Il y a peu, je vous racontais comment j’avais réussi à garder la tête froide devant la colère de mon fils.

Mon histoire aujourd’hui est contraire : il n’a pas gardé la tête froide devant ma colère !
Laissez-moi vous raconter…

En ce moment, notre rythme est en phase avec celui du générateur, puisque, depuis le passage de l’ouragan María, c’est lui qui nous donne l’électricité et l’eau (qui ne monte pas dans l’appartement si la pompe ne peut fonctionner).

Ainsi, tous les soirs, à 18h, c’est la course : c’est à la fois l’heure de la douche et de la préparation du repas, puisque j’essaye de faire dîner les petits avant 19h.

Hier, je m’y suis prise tôt, à 17h30, je prévenais déjà Léon et Anatole (6 et 3 ans) que la douche interviendrait une demi-heure plus tard, et qu’il faudrait que le salon soit rangé avant, ce qui ne semblait pas difficile, puisqu’il y avait peu de choses qui trainaient… en théorie, ils étaient bien d’accord. En attendant, ils continuaient à jouer.

A 18h, alors que je pouvais lancer ma cuisson, ils jouaient toujours. Je les avertis que je serai prête pour la douche 10 minutes plus tard. Mais 15 minutes plus tard, rien n’a changé, et je suis usée…. Fatiguée de me battre, je me sens impuissante.

Je décide d’y être indifférente, de ne plus me battre, et annonce simplement que je vais me doucher, et qu’ils pourront se doucher seuls lorsqu’ils auront rangé le salon.

Seulement, mon indifférence ne tient pas devant leurs cris :
“Je voulais me doucher avec toooooooi !!!
– Alors pourquoi n’as-tu pas rangé ? Ca fait presqu’une heure que je vous le dis ! Je suis venue le répéter, une fois, deux fois, trois fois, et vous n’avez rien fait !! (oui, je sais, tout ce qu’il ne faut pas dire !! Je ne me sens pas très fière…)”
La conversation tourne en boucle, et mes velléités de rester calme s’estompent peu à peu…

Oui, je deviens la maman qui craque.

Je finis par comprendre que je fais plus de mal que de bien en restant, et je pars enfin prendre ma douche, seule, les laissant pleurer seuls dans le salon.

Lorsqu’ils me rejoignent, ma douche est terminée, personne n’est encore calmé, et je me réfugie dans ma chambre.

Je suis là, en serviette, en train de pleurer, repensant à la manière dont j’ai (mal) géré la situation, m’interrogeant sur ce qu’il aurait fallu faire, triste de ne pas avoir pu partager ce moment avec eux, ne sachant pas non plus comment j’allais faire pour que mon plus petit soit lavé (Léon peut le faire seul, mais va-t-il prendre l’initiative d’aider son frère ?)…

C’est alors qu’Oscar (15 ans) entre, pour me demander je ne sais quoi.
Il me voit abattue et me dit :

“Tu sais maman, t’es une super maman. C’est pour ça que tu te sens mal comme ça.
Il y a beaucoup de familles dans lesquelles des scènes comme ça, il y en a tout le temps, et c’est justement parce que ça arrive peu chez nous que tu te sens si mal. Et si ça arrive peu, c’est grâce à toi.”

Merci, mon grand !!

De l’autre côté de la porte, j’entends mon Alice (10 ans) qui amène Anatole à la douche. Elle aussi a compris que je n’étais plus capable, et que j’avais besoin de soutien à ce moment-là.

Merci ma grande !

Bon sang, ce n’est pas facile tous les jours, mais nous restons une famille unie, et c’est ça qui compte !!

 

Un peu plus tard, une fois calmée, je me suis assise avec mes deux plus jeunes, et nous avons essayé de chercher comment nous pourrions éviter qu’une telle scène se répète. Nous n’avons pas trouvé, mais j’ai confiance, cela viendra.

 

 

Dans chaque histoire, il y a des dates clefs.

Or, le 27 octobre, c’est une date clef pour moi : le jour de l’ouverture officielle de ce blog tel qu’il est aujourd’hui !!

Retour sur les dates…

Mai 2015 : j’ai commencé à écrire pour moi. Pour garder mes notes sur mes lectures, pour les mettre en lien avec ce que j’essayais avec les enfants.

Petit à petit, je me suis mis à partager des liens.

En septembre 2016, je m’achetais un nom de domaine, et m’attaquais au transfert des articles déjà écrits !

Puis, le 27 octobre 2016, j’ouvrais mon blog au public.

 

Le chemin parcouru

Le chemin principal, bien sûr, celui qui est le moteur du blog, c’est celui de la parentalité positive.

Depuis un an, j’ai continué à lire, à écrire.

Vouloir partager mon message m’a obligé à le creuser, à le structurer, et rien que pour cela, je vous remercie de me lire !! Vos commentaires m’aident à approfondir, à avancer, encore.

A travers ce blog, j’ai échangé avec tellement de belles personnes ! Une rencontre a même été concrétisée l’été dernier au festival des rendez-vous de Juillet avec Gwen, du blog Petit bout par petit bout.

Et puis, bien sûr, un an de blogging, c’est aussi beaucoup d’apprentissage en termes techniques (plus ou moins réussis d’ailleurs), en termes de communication (plus ou moins réussie d’ailleurs), c’est en tout cas énormément de temps consacré à un thème qui me passionne, et que je suis tellement contente de partager, de plus en plus !!

Petit concours

Afin de fêter cet anniversaire, je vous propose un petit concours !

Afin de mieux faire connaître ces livres, qui ne sont souvent pas les premiers à être lus par les parents en recherche de parentalité positive, j’enverrai un exemplaire de chaque après tirage au sort dans les réponses :

La discipline positive – Jane Nelsen

Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille – Elizabeth Crary

Parents respectueux, enfants respectueux – Sura Hart et Victoria Kindle Hodson

 

Ca y est, les participations ont été dépouillées, et je suis ravie de vous annoncer les gagnants :

Karine gagne Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille

Anne-Laure gagne La discipline positive

Christelle gagne Parents respectueux, enfants respectueux

Je tiens aussi à remercier tous les participants, j’ai adoré lire vos réponses !!

 

Ce matin, je me sens contente en amenant les petits à l’école. Nous nous sommes bien organisés, nous sommes en avance, ce qui est loin d’être toujours le cas.

Il ne fait pas trop chaud, Anatole (3 ans), de bonne humeur, sautille devant Léon (6 ans) et moi, avec des chaussures qui appartenaient auparavant à Léon.

Léon commente :
“Ces chaussures, elles sont rarement à Anatole.
– Qu’est-ce que ça veut dire qu’elles sont “rarement” à Anatole ?
– Tu ne connais pas le mot “rarement” ? C’est rare que tu ne connaisses pas un mot.
– Je connais le mot “rarement” mais je ne comprends pas la manière dont tu l’utilises ici.
– Et bien, je dis que ces chaussures sont rarement à Anatole ! (avec un ton un peu plus ferme)
– Oui, mais…
– Mais tu comprends rien !! (Cette fois, il s’énerve carrément…)  Elles sont rarement à Anatole !!! se met-il à crier. (On nous regarde même depuis le trottoir d’en face)
– J’aimerais bien que tu ne me cries pas dessus.  – dis-je très calmement, je m’admire moi-même !
– Mais c’est parce que..; oh !!! Tu comprends rien ! crie-t-il encore
– J’essaye de comprendre, et j’aimerais que tu ne me cries pas dessus.”
Cette fois, il ne peut plus se contenir, il lâche son sac, crie, et s’éloigne.

Bon, je respire, et ça me donne le temps de me dire que peu importe l’utilisation du mot “rarement”, le fait qu’il se mette dans cet état-là prouve probablement qu’il y a autre chose, un autre problème que je n’ai pas perçu, et que cette frustration sur notre incompréhension n’est qu’un prétexte.

Inutile de me focaliser sur la pointe de l’iceberg et d’adresser son comportement à ce moment-là, il sera plus utile d’en identifier la cause.

Je décide donc – ouf, je n’y arrive pas toujours !! – de lâcher prise sur le fait de me parler mal, et d’essayer d’écouter ce qu’il peut se passer.

Je m’arrête, et ne dis plus rien, en attendant qu’il récupère son sac.
C’est encore une petite difficulté, car le sac est resté quelques mètres derrière, et je n’ai aucune envie d’aller le chercher.
“Mon sac est trop lourd !!
– Je veux bien le porter si tu veux, dis-je sans bouger.
– Il est trop lourd, je ne peux pas aller le chercher !
– Tu as su le porter jusqu’ici, et tu l’as lâché parce que tu étais énervé. Je ne retournerai pas le chercher, mais je pourrai le porter à partir d’ici si tu veux.
– Il est trop lourd !! Et en plus, je ne veux pas aller à l’école !”

Nous y voilà…. Problème d’école…
Je ne réagis pas encore. Une chose après l’autre. 

Nous en sommes encore à la question du sac. J’attends sans rien dire, calmement.
Heureusement que nous sommes partis tôt ce matin… La parentalité positive est également une question de rythme !
Je me rappelle la crise d’Anatole de la semaine dernière, alors que nous étions déjà en retard : j’étais tellement stressée que je n’arrivais plus du tout à gérer et nous sommes tous arrivés énervés à l’école !
Mais ce matin, ça se passera mieux, j’ai confiance.

Et en effet, en peu de temps, Léon se calme un peu. Il récupère son sac et me rejoint.
Je prends le sac et nous marchons encore un peu sans rien dire.
Lorsque je le sens un peu plus posé, je commence à lui caresser la nuque.
Immédiatement, il s’arrête et me fait un câlin !
Il a suffi d’un simple geste d’affection pour me reconnecter…

Je peux maintenant creuser le sujet :
“Tu dis que tu ne veux pas aller à l’école ?
– Non !
– Que se passe-t-il ?
– Je ne peux pas apporter mon Mack à l’école !!”
Il s’agit du nouveau camion qu’il a eu pour son anniversaire, quelques jours auparavant.

“Ah… Toi, tu aurais aimé pouvoir apporter ton Mack..
– Oui ! J’ai envie de jouer avec !
– Tu voudrais l’apporter pour pouvoir jouer avec, ou pour le montrer aux copains ?
– Pour jouer avec !
– C’est une bonne nouvelle que ce soit pour jouer avec : parce que tu pourras jouer avec à la maison, alors que tu ne peux pas le montrer aux copains à la maison.
– Oui, mais je veux l’apporter à l’école !!”
Cette fois, nous ne sommes plus dans la colère, mais dans la tristesse.

Alors, je décide, pour mieux le recevoir, de basculer dans la technique magique de l’imaginaire !
“Si tu pouvais apporter ton Mack, tu l’apporterais vide, ou avec des voitures dedans ?
– Avec 16 voitures dedans ! “
On change d’humeur : voilà mon Léon qui se met doucement à sourire…

Je pousse la projection :
“A l’école, il y a des voitures aussi, non ?
– Oui… J’ai une idée ! Je l’apporterais avec 16 voitures, et les copains pourraient jouer avec mes voitures pendant que je mettrais des voitures de l’école dans mon Mack.
– Ah, ce serait chouette, ça ! Et comment ferais-tu pour ne pas mélanger tes voitures et celles de l’école ?
– Ben, je connais mes voitures ! Je les retrouverais !”

A ce moment-là, nous arrivons devant la porte de l’école. Mon Léon n’est pas complètement au top, mais il a pu s’exprimer, il s’est projeté, il a mieux accepté les contraintes, et il n’est plus ni en colère ni triste au moment où il entre dans sa classe.

Je me félicite d’avoir pu l’accompagner, nous pouvons à présent passer chacun à l’étape suivante de notre journée, sereinement.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Si ce sujet vous intéresse, allez donc voir la solution très simple que je vous propose pour apprendre à accompagner les émotions de vos enfants.

Que disait Céline Alvarez déjà ? Qu’on avait peu d’ambition pour nos enfants en leur proposant de compter jusqu’à 30 en maternelle ? C’est bien ce que j’ai vécu, encore une fois, la semaine dernière…

Léon, 5 ans – presque 6 – aime les nombres !
Ca tombe bien, moi aussi, et j’adore le suivre sur la piste de la découverte.
C’est incroyable comme il est des moments où l’on peut être ainsi simplement témoins de leur enthousiasme !!

“Maman, est-ce que 9 000, ça existe ?
– Oui
– Et 23 000 ?
– Oui
– Et 99 000 ?
– Oui, ça existe !”
Il écrit au fur et à mesure les nombres sur son papier…

Juste avant, nous avons eu une discussion sur l’écriture de ces nombres.
Il se demandait comment écrire 128000 et voulait l’écrire : 100 20 8 1000. Logique.
Je suis revenue à ce qu’il connaissait :
“Léon, quand tu écris 23, tu n’écris pas 20 3, pas vrai ?
– non, on écrit 23 !
– exactement. Et pareil pour 128, n’est-ce pas ? Tu te souviens ce ce que tu as vu dans ton livre hier ?”
La veille au soir, en attendant qu’on soit disponible pour l’histoire, il a tourné les pages du livre de 8 à 146, en les comptant une par une, tout en observant le nombre en bas de page…
Experience fort utile puisqu’aujourd’hui, cela l’éclaire :
“Ah non, je sais ! On écrit 128. Tu sais comment je sais ? Avec le livre !”

 

Donc, voilà mon Léon occupé à écrire des nombres.
Ca commence à peu près modestement, par 101, 102, 103…

 

 

Voyant la tendance, je lui sors des papiers, pour qu’il puisse donner libre cours à son élan !

 

 

Et il continue donc, avec ses 99 000, tandis que je suis occupée à ranger la cuisine.

“Maman, est-ce que 9 millions, ça existe ?
– Oui !”
Il l’écrit derechef.
Mais où a-t-il appris à écrire 1 000 000 ???

N’empêche, je souris à ses questions.

Juste avant l’été, il y a à peine trois mois, nous apprenions les dizaines, et le fait qu’au bout de 10 dizaines, on arrivait à la centaine ! Waouh… 100, c’est beaucoup, ça !

C’est chouette les vacances, parce que c’est le moment pendant lequel on a enfin l’occasion de faire quelques activités qu’on n’a pas le temps – ou qu’on ne prend pas le temps – de faire quand il y a école.

Ainsi, cet été, j’ai eu plusieurs occasions de discuter dizaines et centaines avec lui, on a pris des barres de 10 perles (que j’avais fabriquées pour sa grande soeur il y a quelques années), et on a appris à compter de 10 en 10.

Puis, il y a eu ce moment un peu magique, où l’on a aligné des cailloux en rangées de 10… Chacun représentant 10, chaque ligne faisait 100, au bout de 10 lignes, on avait atteint 1000 !!!

Dans les jours qui suivaient, il avait voulu compter jusqu’à 1000. Ca lui a pris plusieurs semaines. Il reprenait là où il en était resté : “Maman, j’en étais à 523…” Oui, c’est comme ça, il s’arrêtait à des nombres qui, pour nous, étaient illogiques. Mais on respecte la logique de l’enfant, non ?

Puis, les nombres étaient en pause. Du moins le croyais-je. Jusqu’à hier.
J’avais sorti des petites fiches pour que son petit frère, Anatole, 3 ans, puisse les ranger de 1 à 10, parce qu’il demandait à apprendre à compter jusqu’à 10.
Ca a suffi à rebrancher Léon…

 

 

“Maman, ça existe 99 millions ? et 1000 millions ?”
Nous voilà à parler milliards, et je montre l’écriture des grands nombres, il est impressionné !!

 

 

 

 

Il décide enfin d’essayer d’atteindre l’infini
“Je vais mettre des 0 sur tout le papier pour atteindre infinité.
– C’est possible d’atteindre l’infini ?
– Oui, si on met des 0 partout, et un 1 !
– Et si je t’apporte un autre papier, tu pourrais écrire plus de 0 ?
– oui..
– donc, est-ce qu’on peut atteindre l’infini ?
-… alors, il faudrait mettre plein de papiers et écrire des 0 sur tous !!
– et quand tu auras écrit sur plein de papiers, est-ce que je pourrais encore en apporter un pour écrire encore des 0 ?
– Non ! Puisqu’on aura déjà atteint infinité !!”

Ok ! Je crois que c’est pas mal pour aujourd’hui !

“A la différence de beaucoup d’autres sentiments, la colère est presque toujours dirigée contre une autre personne. “Je suis fâché” signifie ordinairement “Je suis fâché contre toi.””
écrit Thomas Gordon dans Parents efficaces.

Il est important de le comprendre, parce que cela modifie grandement le “message Je” !

En effet, Thomas Gordon conseille de s’exprimer auprès des enfants en “message Je”, c’est à dire en parlant de nous, plutôt que d’accuser l’autre en utilisant un “message Tu” (ce qui n’est pas sans rappeler les conseils de Faber et Mazlish dans Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, qui suggéraient, dans le chapitre sur la coopération de décrire ce que l’on ressent.).

C’est logique, et cela rejoint également les mots de Marshall Rosenberg : en accusant et reprochant, “nous limitons sérieusement nos chances d’obtenir ce que nous voulons.”

Le problème ici, selon Thomas Gordon, c’est que, même en message Je, le message de colère prend rapidement un ton d’accusation…

Ce qu’il préconise est donc de réfléchir au sentiment premier. Oui, au sentiment premier.

“Je suis maintenant convaincu, écrit-il, que le parent produit lui-même la colère après avoir éprouvé un premier sentiment.”

A la lecture de cette phrase, je m’interroge.
Je vois bien des situations dans lesquelles il est clair que notre colère cache un autre sentiment.
L’exemple typique, et le premier qui vient en tête, est le moment où l’on perd temporairement un enfant.
Quand on le retrouve, il arrive souvent, au lieu qu’on le prenne dans nos bras pour lui dire à quel point on est content de le revoir, qu’on commence par lui reprocher de s’être égaré !! On est colère parce qu’on a eu peur, c’est clair.

D’autres exemples peuvent venir : ici, Gordon parle du parent en colère parce qu’il est en fait déçu que son fils ait oublié son anniversaire…

Cependant, est-ce vraiment toujours le cas ?
La colère est également un sentiment en soi, non ? On peut aussi être en colère, avec pour sentiment premier… la colère, pas vrai ?

Je ne suis pas sûre d’avoir trouvé la réponse à cette question, mais ce que je peux raconter, c’est ce qui m’est arrivé le jour où je me suis vraiment posé cette question.

J’étais seule, et j’ai réfléchi à la dernière occasion où je m’étais sentie en colère.
Le matin même, en fait. Pourquoi ? Parce qu’Oscar (14 ans) n’avait pas pris le temps de vider le lave-vaisselle avant de partir à l’école. Bon. Analysons. J’étais donc en colère. Un autre sentiment ? Un sentiment “premier” ?

Oui, en fait.
J’étais blessée. Aïe, Rosenberg parlerait là de “sentiment mêlé”. Je devrais probablement chercher un autre terme. Mais ça me permet déjà de mieux creuser le besoin derrière ce sentiment : je m’écoute, ce qui ne m’arrive pas si souvent, et je réalise que ma colère face au fait qu’il n’ait pas vidé le lave-vaisselle découle d’un besoin de considération.

Si le lave-vaisselle n’est pas vidé, c’est parce que tout le monde sait que je suis à la maison, et peux donc le vider moi-même, une fois qu’ils sont partis. Seulement voilà, cela sous-entend que mon temps a moins de valeur que celui des autres. Que ce que j’ai d’autre à faire est moins important.

C’est étrange, parce que ça semble évident a posteriori, mais avoir pu faire ce raisonnement m’aide beaucoup. C’est tellement plus clair quand on met les bons mots sur le besoin !

Le soir même, je partage ce raisonnement avec ma famille, et avec Oscar en particulier. Je ne suis plus énervée, j’explique simplement ce que ça suscite chez moi. Mon message centré sur ce besoin de considération est beaucoup mieux reçu que celui du matin  qui tournait plus ou moins autour de “Je veux pas le savoir, c’est ton job”, soit dans la gamme du reproche… Et le lendemain, le lave-vaisselle est vidé !

Merci Thomas Gordon pour cet encouragement à l’introspection. J’aimerais garder cela à l’esprit pour m’interroger ainsi régulièrement sur mon sentiment premier derrière la colère…

Et vous ? Etes-vous prêt à faire cette analyse ?

Les neurosciences sont formelles : laisser pleurer un enfant le met en situation de stress, et ce n’est pas bon pour son cerveau.
Pour autant, nous voudrions que notre enfant puisse apprendre à faire face à la vie, peu à peu sans notre aide. Comment trouver le bon équilibre ?

Nous sommes en vacances, en pleine visite de ville avec des amis.
Nos plus jeunes sont contents d’être ensemble, ils courent devant.
Mais… aïe ! La fille de nos amis (3 ans) n’a pas vu le trou, elle trébuche… et pleure.
Son père la prend dans ses bras, et, à ma surprise, la garde dans les bras jusqu’à ce que nous arrivions à la station de métro, quelques minutes plus tard.

Le lendemain, avec les mêmes amis, nous montons admirer une église au sommet de la colline. Encore une fois, les enfants courent devant… et la petite trébuche encore ! Elle se met à pleurer, se retournant vers son père… qui la prend immédiatement dans ses bras, et, de nouveau, la porte pendant plusieurs minutes sur la suite du chemin.

La présence de son père rassure cette petite fille, c’est évident.

Pourtant, cette scène me soulève des interrogations :
La ligne est fine entre être là pour son enfant, et être trop là pour son enfant !

Vous me connaissez, je ne vais certainement pas dire qu’il faut faire semblant de rien quand cette petite fille pleure, ou lui dire “ce n’est rien !”. Non, il n’est pas question de nier son ressenti. Je crois pourtant qu’elle aurait peut-être seulement eu besoin d’un regard, d’une phrase “Mince, tu es tombée !”, et qu’elle serait repartie avec enthousiasme.

En la prenant systématiquement dans les bras, je me demande dans quelle mesure elle ne pourrait pas interpréter l’aide de son père comme “Je ne peux pas me relever seule. J’ai besoin d’aide. J’ai besoin de mes parents.”

Par nos attitudes et nos réactions, nous passons à chaque fois un message implicite à nos enfants. M’interroger sur le message est une des méthodes qui m’aide le plus à avancer vers la parentalité que je souhaite. Parce que pour aller dans la bonne direction, il s’agit d’abord d’être conscient de ce que l’on cherche à faire passer.

Cet épisode est l’occasion d’une discussion passionnante (comme toujours) avec la mère de cette petite fille, une amie.
Nous sommes d’accord que la ligne est fine….

Consoler son enfant, ne pas le laisser pleurer seul, et en même temps ne pas lui passer un message d’incapacité, lui donner confiance en sa propre force, en son aptitude pour se relever et continuer ! Quel exercice difficile !

Cette histoire s’est déroulée il y a des mois.
Elle me revient en mémoire à la lecture de Il n’y a pas de parent parfait, d’Isabelle Filliozat.

En effet, l’auteure y parle d’une maman qui “se plaint de ne pas arriver à consoler sa fille de dix-huit mois quand elle pleure.” L’observation des interactions entre la maman et sa fille montre en fait que la petite fille se console très vite, puis se remet à pleurer, encore dans les bras de sa maman. “En fait, écrit Isabelle Filliozat, pour l’observateur extérieur, il est évident qu’elle garde tout simplement sa fille trop longtemps dans ses bras.”

Voulant être une bonne mère, elle répond au schéma qui veut que la bonne mère prend son enfant dans ses bras quand il pleure, et, en retour, sa fille se retrouve “prisonnière de sa fidélité envers sa maman.” Alors qu’à 18 mois, “elle n’a besoin que d’un petit câlin de réconfort.”

La maman met alors ce nouveau conseil en pratique, ne gardant sa fille contre son épaule que quelques instants, puis la tournant vers l’extérieur dès que les pleurs commencent à se calmer. La petite fille est alors ravie de reprendre son jeu.

On parlait de ligne fine… c’est délicat, n’est-ce pas ?
Essayer d’être un “bon parent”, sans oublier de laisser l’enfant trouver sa propre place…

Et vous, avez-vous l’impression de bien identifier le moment où les bras ne sont plus utiles ?

Certaines situations, sans que nous comprenions bien comment, nous échappent.
Y a-t-il quand même moyen de sortir de l’impasse ?
Retour sur un épisode vécu, lors duquel mes outils ne me donnaient pas les résultats escomptés !

La situation semblait simple…

Anatole, 3 ans, a fait tomber un bout de sa pêche sur le sol.
Rien que de très banal, et ça ne pose évidemment pas de problème.

Je connais mes méthodes !

Oui, ça fait un moment que je suis une maman positive, je sais rester sobre, et décrire simplement la situation, pour lui donner l’opportunité d’agir de son propre chef :
“Anatole, il y a un morceau de pêche qui est tombé.”
Hum.. Anatole ne réagit pas.
Qu’à cela ne tienne, je suis vraiment bien renseignée, je sais que le lien entre les mots et l’action peut être lent, j’établis donc une connexion physique en m’approchant, et répète : “Anatole, il y a un morceau de pêche qui est tombé.”
Anatole regarde la pêche, et n’agit toujours pas.
Bon. Je passe à l’information.
“Anatole, ce morceau est à mettre à la poubelle.”
… “Mais je peux paas !”
“Anatole, tu peux le prendre avec ta main.
– non je peux pas !”

Je sens que je perds patience…

Je n’ai pas envie, mais vraiment pas, de transformer ça en lutte de pouvoir. En mode “Tu ramasses ça / non / si ….” comme je l’aurais fait il y a quelques années.
Je sais que c’est inutile, que la question ne sera alors plus la pêche mais bien la lutte, et que je ne cherche pas à gagner contre mon enfant, mais bien à l’encourager à la coopération.
Et en même temps… je n’ai vraiment pas envie de laisser tomber et de juste ramasser la pêche moi-même !! Parce que je n’ai pas envie qu’il perde, mais je n’ai pas envie de perdre non plus, c’est bien ça, monsieur Gordon, l’idée d’une éducation sans perdant, non ?? On n’impose pas, mais on ne s’écrase pas non plus, n’est-ce pas ?
Mais alors comment fait-on ???

Je communique mes sentiments

Comme j’ai appris qu’il valait mieux le dire avant de craquer, je communique, sans attaquer le caractère de l’enfant :
“Anatole, je suis en train de m’énerver. Je n’ai pas envie de passer 10 minutes sur ce morceau de pêche. Tu voudrais bien le ramasser s’il te plait ?
– Mais je peux paaas !!”

Je suis dans une impasse

Et c’est là que ça me vient : cette idée d’impasse me fait penser à Catherine Dumontheil Kremer et à ses suggestions pour les cas d’impasse !
Elle raconte un moment où elle prend les mains de sa fille pour l’aider physiquement à mettre le couvert.
Je décide d’essayer ça !
Je dis à Anatole : “Bon, mets ta main dans la mienne, je vais te montrer.”
Et je me sers de sa main pour ramasser la pêche !
Il est resté sur sa position, et moi aussi, nous avons donc tous les deux gagné !
Une fois la pêche ramassée, il va la mettre à la poubelle, et je me sens fière d’avoir pu sortir de cette situation sans m’y être cassé le nez.
Bon sang… que d’énergie pour appliquer la parentalité positive !!!

Quand je pense que certains la confondent avec la permissivité… C’est pourtant bien plus compliqué de trouver la bonne idée que de laisser-faire !

Juste avant l’été, nous avons été surpris par l’épisode suivant, qui nous a permis de toucher du doigt l’impact de nos gestes sur un enfant, même lorsqu’il ne s’agit que d’une “petite tape”.

Nous étions au téléphone avec le père de mon mari. Nous allons bientôt les voir et loger chez eux quelques jours, et nous en discutons.

Anatole (3 ans) demande à parler à son papy.
A ce moment-là, il est très tranquille, et rien ne laisse présager ce qui va suivre.
Il lui dit “Papy ? Bonjour ! Ca va ?”
Puis demande : “Papy, tu te souviens quand j’étais chez toi et que tu m’as tapé sur la main ?”
Nicolas et moi nous regardons… nous n’avons aucune connaissance de cet épisode.
Je suis sidérée qu’Anatole puisse s’en souvenir, alors qu’on n’a pas vu ses grands-parents depuis près d’un an, il avait donc 2 ans 1/2…
Le-dit papy répond qu’il ne s’en souvient pas non plus, ce que je n’ai aucun mal à croire.
Anatole complète : “Quand je va venir chez toi, est-ce que tu vas encore me taper la main ?”
Avant même que son papy ne réponde, je vois les coins de sa bouche qui s’affaissent…
En reparler l’a projeté dans l’émotion de ce moment-là… Il me regarde, et se met carrément à pleurer !!
Il a franchement peur que ça se produise de nouveau !!!

J’ai trouvé cet épisode très fort, et riche d’enseignement.
Car je n’ai aucun doute que la tape donnée par son grand-père l’a été sans méchanceté, seulement parce que cela fait partie des méthodes éducatives classiques, reçues et apprises.

J’ai tendance à vouloir accorder le bénéfice du doute à ceux qui utilisent encore des méthodes de violence éducative ordinaire (ou VEO), parce que je sais que dans la plupart des cas, ce n’est qu’une question d’ignorance.
Dans cette catégorie de VEO, on range aussi bien les violences physiques, que les humiliations, insultes, punitions… (Si le sujet vous intéresse, le site OVEO vous en dira plus.)
Mais comment remettre en cause tout ce qu’on nous a appris ?

C’est vrai, certaines personnes affirment depuis longtemps déjà qu’on n’aide pas les enfants à grandir en ayant confiance en eux avec de telles méthodes.
Mais ce n’est que récemment que les neurosciences ont démontré à quel point ces violences pouvaient avoir un effet néfaste sur le développement du cerveau…

Pour se comporter bien, un enfant doit se sentir bien.
Et nous l’avons bien constaté lors de cette conversation : une “petite tape” peut être beaucoup plus conséquente que ce que nous croyons. Au point qu’un an plus tard, Anatole l’a tant intégrée, qu’elle lui provoque encore de la détresse, et de la peur à l’idée de revoir son grand-père !

Et voilà entre autres pourquoi nous cherchons d’autres méthodes éducatives…

Avez-vous déjà vécu un épisode similaire ?

L’autre jour, j’étais assise sur un banc avec mon plus jeune fils, Anatole, 3 ans.

Nous avions un petit moment à tuer, et je sais qu’il aime jouer avec les doigts, c’est donc ce que je décide de faire.

“Tu te souviens du nom des doigts, Anatole ? Tu voudrais que je te les répète ?
Voici le pouce, l’index, le majeur, l’annulaire, et l’auriculaire…”
Anatole les dit en même temps que moi.

Comme je le vois intéressé, je continue, et j’invente :
“Le pouce demande à l’auriculaire : “Dis donc, auriculaire, tu voudrais bien jouer avec moi ? Parce que les autres sont trop grands, ils me font un peu peur… Toi, tu es petit comme moi, on pourrait devenir amis ?” “Oui, dit l’auriculaire ! Je vois ce que je veux dire, à moi aussi, ils me font un peu peur, on peut jouer ensemble si tu veux !”
Et le pouce, et l’auriculaire, se mettent à jouer ensemble…

Mais l’auriculaire remarque : “Pouce, tu sais, c’est vrai que tu es petit comme moi, mais tu n’es pas aussi fin, tu es beaucoup plus large que moi… Et pourtant, on s’amuse bien ensemble ! Peut-être qu’avec les autres aussi, on s’amuserait bien ? On pourrait inviter index à jouer avec nous, qu’en penses-tu ?” “D’accord” dit le pouce…
“Dis, index, tu voudrais jouer avec nous ?”, “Bien sûr, répond index, moi je suis toujours content de jouer !”
Alors, pouce, auriculaire, et index, jouent ensemble.

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A ce moment-là de mon histoire, Léon (5 ans), s’approche et se met également à observer l’histoire de ma main.
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Auriculaire dit : “Index, tu sais, je suis contente que tu joues avec nous, parce qu’on avait un peu peur de toi, parce que tu es un peu grand… et puis finalement, on joue bien avec toi ! Est-ce que tu sais si as quelque chose en commun avec moi ?

– oui, répond index, regarde, j’ai 3 phalanges, comme toi, 1-2-3, alors que pouce n’en a que 2… Mais pouce est petit, comme toi, alors que moi je suis grand. Finalement, on est tous pareils, et tous différents. Et on s’amuse bien ensemble !”

Les 3 doigts continuent de jouer. Puis ils se disent : “Et si on invitait aussi majeur et annulaire ?”

Ils s’approchent, et leur demandent : “Est-ce que vous voulez jouer avec nous ?
– oh oui, répondent majeur et annulaire. Merci de nous demander ! On vous voyait jouer là, et on n’osait pas vous demander de jouer avec vous, parce que vous étiez déjà un groupe…
– c’est fou, ça ! dit pouce, parce que nous non plus on n’osait pas vous demander de jouer avec nous parce qu’on avait un peu peur, on se sentait trop petit !”

Finalement, pouce, et auriculaire, et index, et majeur, et annulaire jouent tous ensemble, et ils sont très contents !!

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Alors, je me tourne vers mes garçons, fascinés par l’histoire, et leur demande :
“Et vous, ça vous arrive de bien jouer avec des gens qui sont différents de vous ?”

Sans hésiter, Léon me répond : “Oui, avec Adrian : moi je suis rose, même si on dit blanc, et lui il est marron, même si on dit noir, et on joue très bien ensemble !”

Je suis émerveillée par la facilité avec les enfants comprennent les histoires….

Notre fils Oscar (14 ans) est passionné de cartes pokemon.
Ca peut surprendre à cet âge-là, c’est comme ça.
Mais comprenons-nous bien. Il n’est pas passionné des cartes simplement en tant que collectionneur : il aime jouer.

En fait, c’est complexe, il y a toute une stratégie à développer, et on peut facilement y passer des heures… c’est le problème.
Le week-end, il se rend à des compétitions (ça ressemble aux lieux dans lesquels certains faisaient des jeux de rôle quand nous étions jeunes), et s’entraine pendant la semaine.
Et tout ceci avec succès : il est devenu champion régional de Puerto Rico (où nous habitons) !
Cependant, une passion, ça prend du temps !

Il y a environ… je dirais bien 3/4 mois, nous nous sommes trouvés face à une situation qui avait clairement débordé, et plus beaucoup de temps pour autre chose que les Pokemon…
Cela a donné lieu d’abord à pas mal de discussion entre Nicolas et moi, sur le thème : “Comment faire pour fixer des limites, sans aller contre notre fils ?”

Oui, sans aller contre notre fils. Parce que, ne nous faisons pas d’illusion : à 14 ans, s’il juge que notre règle n’est pas juste, il fera bien ce qu’il voudra. Nous n’avons pas de vrai moyen de “contrôle”, même si c’était notre méthode éducative…
Ainsi, si nous décidions de simplement lui interdire de jouer pendant la semaine par exemple, il se débrouillerait pour le faire en cachette, quand nous ne le voyons pas. On l’encouragerait donc au mensonge, tout en nourrissant chez lui un sentiment de rancune contre nous.

Nous savons donc que nous marchons sur des oeufs.
Comment aborder les choses pour qu’elles soient claires, sans pour autant le braquer ?

Et c’est là la force de la parentalité positive : nous sommes dans son équipe. C’est notre attitude, celle qu’on cherche à adopter, et à développer, c’est donc ainsi que nous l’aborderons. Nous n’imposerons pas, mais nous influencerons, si nous le pouvons.

Un dimanche soir, donc, au retour d’un de ces tournois, j’aborde la question avec Oscar. (Nous avions prévu d’en parler ensemble Nicolas et moi, avec lui, mais les jours passent, et l’occasion ne se présente pas, alors nous avons décidé que je le ferai seule. Mais je sais que nous sommes en ligne sur la démarche.)

Je fais très attention de bien valider ses sentiments, afin de me connecter avec lui avant de pousser la réflexion. Pour qu’il m’écoute, j’ai besoin qu’il sache que je le comprends et l’accepte, d’abord.

Voici à peu près ce que ça a pu donner :
“Oscar, je voulais te parler des Pokemon. C’est une passion pour toi, et je suis franchement ravie de voir que tu as une passion. Visiblement, ça te procure beaucoup de joie, et, en plus, tu as su te développer et réussir, et j’imagine comme ça doit être satisfaisant !
Cependant, j’ai également observé que cette passion te consume quasiment tous tes moments libres. Tu lis beaucoup moins qu’avant, tu étudies moins, tu ne fais presque plus de piano… et je m’interroge : est-ce que c’est vraiment ce que tu veux ?

La clef est là : le fond de l’affaire, ce n’est pas de lui dire que ce n’est pas bien, que nous ne sommes pas d’accord. Il a le droit d’avoir d’autres envies que les nôtres ! La question, c’est vraiment de l’inclure dans la démarche, de le mettre en face de lui-même. De ses propres choix. La solution ne réside pas dans le contrôle extérieur, mais bien dans l’auto-contrôle !

Je le vois pensif, et ouvert. Il m’écoute parce que mon ton n’est pas celui de quelqu’un qui juge, ou qui accuse. Je suis avec lui.

Je complète :
“Je pense que ce qu’il se passe, c’est que c’est très tentant. Evidemment, tu es devenu bon aux Pokemon, c’est un plaisir rapide et facile. Il est certain que se mettre à travailler ta chimie, ou ton morceau de piano, ça t’amène des résultats moins immédiats, c’est beaucoup plus fastidieux… Alors, il est tellement plus simple de sortir tes cartes que d’ouvrir le piano… Je comprends bien ça ! C’est naturel de se laisser tenter à ce qui est plus facile ! Mais je te repose la question : est-ce vraiment ce que tu veux ? Aimes-tu les Pokemon au point que tu veux y sacrifier tous tes autres intérêts ? Plus de piano, plus de lecture, plus de sciences ?”

Je vois bien qu’il y réfléchit honnêtement, et il admet facilement que non, en fait, ce n’est pas vraiment ce qu’il veut, et que c’est vrai que c’est juste tellement plus facile qu’autre chose…
Je conclus donc la conversation ce jour-là en lui disant simplement d’y réfléchir.
De réfléchir à l’équilibre qu’il voudrait atteindre, et qu’on pourrait en reparler.

Le lendemain, il vient spontanément me voir, et me dit :
“J’y ai réfléchi, tu as raison. Je ne peux pas jouer à Pokemon tous les jours et ne rien faire d’autre. J’ai décidé que j’allais jouer seulement le mardi, et un jour de week-end pour les tournois. C’est tout.”

C’est bien plus contraignant que ce que nous lui aurions fixé si nous l’avions décidé nous-mêmes, et pour être honnête, je doute qu’il puisse se tenir à si peu, mais je ne dis rien. C’est à lui d’en faire l’expérience.

Le mardi, donc, Oscar joue sans scrupule.
Le mercredi, non.
Le jeudi, manque de chance, il reçoit des cartes qu’il avait commandées… L’excitation prend le dessus ! Il ouvre le paquet, essaye de jouer avec. A ma remarque qu’on est jeudi, il répond qu’il ne peut pas ne pas essayer ses cartes avant le tournoi du dimanche !! Il jouera donc encore le vendredi… joue-t-il aussi le samedi ? Je ne me souviens plus.
Ce dont je me souviens, en revanche, c’est de notre discussion du dimanche.

L’avantage des trajets vers les tournois, c’est qu’ils nous donnent l’occasion de passer des moments en tête à tête, ce qui n’est pas si courant quand on a 4 enfants (en fait, c’est un peu notre moment particulier…).

De manière surprenante, compte tenu de la façon dont il l’a appliqué dans la semaine, c’est encore lui qui aborde le sujet :
“Alors, qu’est-ce que tu penses de ces nouvelles règles par rapport au temps de Pokemon ?
– Pour être honnête, je réponds, je ne sais pas ce que j’en pense : tu ne les as pas du tout suivies cette semaine…
– Oui, non.. mais c’est parce que j’ai reçu les nouvelles cartes jeudi !
– Peut-être, mais le fait est que c’est impossible de savoir ce qu’on en pense…
– Tu as raison. Bon. Je trouve quand même que ces règles étaient bonnes sur le principe, et je vais essayer de m’y tenir cette semaine.”

J’ai appris qu’il fallait laisser le temps aux apprentissages. C’est normal. C’est vrai pour nous autant que pour eux. Nous attendrons donc une semaine de plus.

Le lundi, tout va bien. Le mardi, comme prévu, il joue. Le mercredi, je vois Oscar avec ses cartes en main, et me contente de lui dire : “Oscar, on est mercredi.” Il les pose.
Le jeudi, idem. “Oscar, on est jeudi”. Il pose encore ses cartes, en soupirant un peu.
Je ne me souviens plus de la fin de la semaine, mais le dimanche, la conversation est un petit peu différente. Il a eu l’occasion de vraiment tester sa décision, et partage son expérience avec moi : “Bon. Je me suis rendu compte que seulement le mardi, ce n’était pas suffisant pour me préparer pour le tournoi du week-end. Et puis c’est trop difficile de ne vraiment rien faire d’autre de toute la semaine. Alors, j’ai décidé d’assouplir les règles. Ce sera mardi et vendredi. Et même un peu, mais pas trop, le jour du week-end sans tournoi.” Je ne dis rien. Mon rôle est terminé.

Cette fois, les règles sont suivies à la lettre. Il a trouvé son équilibre, et s’en déclare ravi le dimanche suivant !

Il aura fallu 3 semaines pour affiner sa limite, pour la tester, pour l’appliquer. Mais il y est parvenu. Seul. Et sans aucun conflit avec nous.

Je suis fière de nous, de la façon dont nous avons su remplir notre rôle de parents, et dont nous l’avons aidé à grandir, en le mettant en situation de maîtrise. (Cette expérience nous aidera d’ailleurs quelques mois plus tard, lorsque se présentera la question de l’étude du francais. Je vous en parlerai dans un prochain article…)

Il est fier de lui, et d’avoir su mettre en place ses propres limites.

Pour la petite histoire, et puisque j’écris cet article avec des mois de retard, je préciserai qu’aujourd’hui ces règles ne sont plus en vigueur. Parce qu’elles ne sont plus nécessaires. Oscar a retrouvé un équilibre, et joue toujours, mais laisse également de la place au reste. Il a appris à se limiter.

En terminant cet article, je pense de nouveau au fait que je ne crois plus au fait que l’adolescent se montre forcément rebelle. Je pense vraiment que cela dépend beaucoup de notre attitude en tant que parents. Quelle est notre position : sommes-nous contre lui ou dans son équipe ?