“A la différence de beaucoup d’autres sentiments, la colère est presque toujours dirigée contre une autre personne. “Je suis fâché” signifie ordinairement “Je suis fâché contre toi.””
écrit Thomas Gordon dans Parents efficaces.

Il est important de le comprendre, parce que cela modifie grandement le “message Je” !

En effet, Thomas Gordon conseille de s’exprimer auprès des enfants en “message Je”, c’est à dire en parlant de nous, plutôt que d’accuser l’autre en utilisant un “message Tu” (ce qui n’est pas sans rappeler les conseils de Faber et Mazlish dans Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, qui suggéraient, dans le chapitre sur la coopération de décrire ce que l’on ressent.).

C’est logique, et cela rejoint également les mots de Marshall Rosenberg : en accusant et reprochant, “nous limitons sérieusement nos chances d’obtenir ce que nous voulons.”

Le problème ici, selon Thomas Gordon, c’est que, même en message Je, le message de colère prend rapidement un ton d’accusation…

Ce qu’il préconise est donc de réfléchir au sentiment premier. Oui, au sentiment premier.

“Je suis maintenant convaincu, écrit-il, que le parent produit lui-même la colère après avoir éprouvé un premier sentiment.”

A la lecture de cette phrase, je m’interroge.
Je vois bien des situations dans lesquelles il est clair que notre colère cache un autre sentiment.
L’exemple typique, et le premier qui vient en tête, est le moment où l’on perd temporairement un enfant.
Quand on le retrouve, il arrive souvent, au lieu qu’on le prenne dans nos bras pour lui dire à quel point on est content de le revoir, qu’on commence par lui reprocher de s’être égaré !! On est colère parce qu’on a eu peur, c’est clair.

D’autres exemples peuvent venir : ici, Gordon parle du parent en colère parce qu’il est en fait déçu que son fils ait oublié son anniversaire…

Cependant, est-ce vraiment toujours le cas ?
La colère est également un sentiment en soi, non ? On peut aussi être en colère, avec pour sentiment premier… la colère, pas vrai ?

Je ne suis pas sûre d’avoir trouvé la réponse à cette question, mais ce que je peux raconter, c’est ce qui m’est arrivé le jour où je me suis vraiment posé cette question.

J’étais seule, et j’ai réfléchi à la dernière occasion où je m’étais sentie en colère.
Le matin même, en fait. Pourquoi ? Parce qu’Oscar (14 ans) n’avait pas pris le temps de vider le lave-vaisselle avant de partir à l’école. Bon. Analysons. J’étais donc en colère. Un autre sentiment ? Un sentiment “premier” ?

Oui, en fait.
J’étais blessée. Aïe, Rosenberg parlerait là de “sentiment mêlé”. Je devrais probablement chercher un autre terme. Mais ça me permet déjà de mieux creuser le besoin derrière ce sentiment : je m’écoute, ce qui ne m’arrive pas si souvent, et je réalise que ma colère face au fait qu’il n’ait pas vidé le lave-vaisselle découle d’un besoin de considération.

Si le lave-vaisselle n’est pas vidé, c’est parce que tout le monde sait que je suis à la maison, et peux donc le vider moi-même, une fois qu’ils sont partis. Seulement voilà, cela sous-entend que mon temps a moins de valeur que celui des autres. Que ce que j’ai d’autre à faire est moins important.

C’est étrange, parce que ça semble évident a posteriori, mais avoir pu faire ce raisonnement m’aide beaucoup. C’est tellement plus clair quand on met les bons mots sur le besoin !

Le soir même, je partage ce raisonnement avec ma famille, et avec Oscar en particulier. Je ne suis plus énervée, j’explique simplement ce que ça suscite chez moi. Mon message centré sur ce besoin de considération est beaucoup mieux reçu que celui du matin  qui tournait plus ou moins autour de “Je veux pas le savoir, c’est ton job”, soit dans la gamme du reproche… Et le lendemain, le lave-vaisselle est vidé !

Merci Thomas Gordon pour cet encouragement à l’introspection. J’aimerais garder cela à l’esprit pour m’interroger ainsi régulièrement sur mon sentiment premier derrière la colère…

Et vous ? Etes-vous prêt à faire cette analyse ?

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2 réponses
  1. Ludivine
    Ludivine dit :

    Merci pour cette réflexion sur la colère, Coralie!
    Je te partage la mienne, qui fait suite à la lecture de ton article. Il existe 4 émotions de base: colère, joie, peur et tristesse. Selon moi, on les ressent toujours pour une raison. Une émotion ne naît pas de rien, mais provient d’une situation. Je suis en joie quand j’apprends le mariage d’une amie, triste si l’on met dit qu’un proche a une maladie grave, j’ai peur si mon enfant doit rentrer seul pour la 1ère fois de l’école et je suis en colère si un de mes besoins n’est pas respecté, comme tu le décris avec l’histoire du lave-vaisselle. Il y a donc toujours un sentiment premier ou une situation première, non? On ne s’en soucie pas quand l’émotion est “positive” mais c’est vrai que s’il s’agit de peur ou de colère surtout, on essaie de la décortiquer pour nous aider à en sortir plus facilement. Peut-être aussi parce qu’elles sont socialement moins acceptées? Merci en tout cas de m’avoir fait réfléchir sur le sujet 🙂

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    • Coralie
      Coralie dit :

      Hum.. plutôt que d’une situation, notre émotion vient de nos pensées face à cette situation. Ce qui est bien différent, sinon nous aurions tous les mêmes emotions devant les mêmes situations, ce qui n’est pas le cas.
      Et tu as raison : c’st aussi vrai pour les emotions positives que négatives.
      Ce que dit Thomas Gordon, c’est que la colere a ceci de particulier qu’elle découle en général d’un autre sentiment suscité par nos pensées devant la situation. Je ne peux te dire pourquoi cette émotion-là, et pas une autre, et je n’ai d’ailleurs pas d’avis tranché sur la question.. Mais je trouve cette réflexion, comme toi, intéressante !

      Répondre

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