Ce matin, alors que nous nous apprêtons à prendre le petit-déjeuner, Nicolas (mon mari) s’aperçoit qu’il lui manque du fromage blanc.

Il décide d’aller en acheter rapidement au coin de la rue.

C’est déjà l’occasion d’un exercice de communication entre nous.
Comme je suis en pleine lecture de cet ouvrage de CNV Les mots sont des fenêtres, nous avons en ce moment pas mal d’échanges sur ce que nous ressentons, sur nos besoins, et je trouve toujours ça très enrichissant.

En l’occurence, je me sens frustrée de devoir l’attendre alors que j’étais prête à petit-déjeuner ; lui sent qu’il profiterait plus de son petit-déjeuner avec du yaourt.

Bon, je me mets dans un autre mode, et sors mon livre de CNV pour profiter de mon attente de manière constructive !

 

Il est sur le point de partir quand Anatole (3 ans) lui demande d’aller avec lui. Nous savons tous les deux qu’ils mettront bien plus de temps avec les petites jambes d’Anatole. Il hésite. Je propose à Anatole de plutôt lui lire une histoire.

Anatole est d’accord pour l’histoire, mais… “D’abord je vais aller chercher du fromage blanc avec papa, et après tu me lis l’histoire !
– Ca, ça pose un problème, lui expliquè-je, parce que quand ton papa reviendra avec le yaourt, j’aurai envie de petit-déjeuner avec lui.

Une pause.

– J’ai une idée ! (J’adore quand il dit ça !)  D’abord, je vais aller chercher le yaourt avec mon papa, et après tu prends le petit-déjeuner, et après tu me lis l’histoire !”

Allez… accord conclu !

J’adore ces moments où je constate que, du haut de ses 3 ans, il a déjà appris à considérer les besoins et envies de chacun pour chercher un consensus, et l’exprimer par son “j’ai une idée !”…

La semaine dernière, j’ai emmené mon grand (14 ans) chez l’orthodontiste.

Ca me prend toujours du temps : le cabinet est à 20 minutes en voiture, donc 40 aller-retour, sans compter le rendez-vous lui-même…
Heureusement, dans ce cabinet, je peux me connecter au wifi, et ainsi travailler pendant qu’Oscar est en soins.

Cette fois, lorsqu’Oscar ressort, je suis au milieu de quelque chose, que je ne veux pas interrompre. Je lui partage ma surprise qu’il soit déjà sorti, et lui dis que je n’ai pas fini ce que je faisais.

Il s’avance seul vers le secrétariat, et m’appelle.

“Maman, je t’attends !”  … “Maman, il faut prendre le prochain rdv !” … “Maman !!”

Je pose mes limites :

“Oscar, je t’amène chaque fois chez l’orthodontiste, et ça me prend du temps. Ce n’est pas un problème, je le fais avec plaisir parce que c’est mon rôle de maman. Mais là, je suis au milieu de quelque chose que je voudrais terminer, j’ai besoin de 5 minutes, et je prendrai le rdv quand j’aurai terminé.”

Oscar patiente, mais reste visiblement agacé, trouvant visiblement anormal que je le fasse patienter !

Lorsque nous sortons de là, évidemment, mon humeur n’est pas non plus au beau fixe, et le contexte semble annoncer que le retour se déroulera dans le silence, pour éviter les échanges du type :
“Franchement, t’es pas très sympa ! C’est pas comme si tu avais des choses urgentes à faire ensuite..
– Non, mais c’est toi, je vois pas pourquoi j’attendrais !” etc…

Sauf que, pour une fois, j’ai une idée lumineuse !

Ca fait des mois qu’Oscar me dit qu’il aimerait essayer de conduire, ce qui est impossible près de chez nous, où c’est trop urbain. Or, nous sommes cette fois dans un parking quasiment vide.
Soudainement, je m’arrête, et lui demande : “Tu veux essayer de conduire ?”
Il est évidemment enchanté !

Tandis que nous changeons de places, je lui commente : “J’ai l’impression que tu n’es plus si pressé, finalement…”

Ca suffit à lui donner la perspective du moment… Il voit que je prends du temps pour lui, et se rend compte qu’il aurait bien pu en prendre pour moi. Il me demande pardon, et nous passons un quart d’heure à faire des manoeuvres.

Nous nous sommes re-connectés !

Lors d’un de mes ateliers, nous avons travaillé sur les difficultés qu’une maman avait avec son fils de 2 ans et demi, qui jetait ses jouets en bois par le balcon, du haut du 9ème étage…

Je trouve utile de rapporter ici cet exemple, parce qu’il montre bien comment les conséquences, bien que n’ayant rien à voir avec les punitions, peuvent priver de l’opportunité d’apprentissage, et comment on peut aller plus loin vers la recherche de solution.

En effet, la conséquence dans ce cas précis est assez simple à trouver : il suffit de fermer le balcon !

Ce serait bien une solution au problème, mais ça ne permet pas d’aider ce garçon à être en situation de maîtrise, comme le dit Jane Nelsen dans la discipline positive

Parfois, il n’y a pas le choix, parce que l’enfant n’est pas prêt. La conséquence supprime donc la cause, jusqu’au moment où il le sera. Mais il est clair que la conséquence s’intéresse au passé, là où la recherche de solution se focalise le futur.

Ainsi, nous mettons au point les étapes de recherche de solution de cette maman avec son garçon.

Au préalable, il s’agit de choisir son moment. Que le parent et l’enfant soient bien disponibles pour la conversation. “Je voudrais te parler de quelque chose, es-tu disponible maintenant ?”

Puis suivre les étapes :

D’abord, se connecter :

  • commencer par reconnaître les sentiments et besoins de l’enfant : “Je vois que tu aimes jeter des jouets par le balcon, parce que tu aimes les voir tomber, tu aimes en observer le mouvement.”
  • puis parler de ses propres sentiments et besoins : “De mon côté, ça me fait peur de te voir jeter les jouets par le balcon, parce que j’ai peur que quelqu’un passe en bas au même moment, et ça pourrait le blesser très fort ! Ou bien abîmer une voiture…”

Ensuite enseigner en entrant dans la recherche de solution elle-même :

  • “Est-ce qu’on pourrait trouver une solution qui nous convienne à tous les deux ?” : c’est le moment de lister (par écrit, pour donner de l’importance à la démarche, et pour pouvoir relire la liste) toutes les idées suggérées, bonnes ou mauvaises.
  • Revoir ensuite les solutions ensemble, commenter sur chacune, voir si elle convient aux deux parties… et choisir ce qui va être mis en place.

Dans ce cas précis, la maman trouve avec son fils des choses qui pourraient effectivement être jetées par le balcon, et les dessine sur un papier qu’elle affiche sur le balcon pour que ce soit clair : des petites boules de papier, des morceaux de papier, des feuilles d’arbre, pas de pierre !

Puis, elle prend quand même ses précautions, expliquant à son fils l’éventuelle conséquence de ne pas suivre les décisions prises : “Si je te vois de nouveau jeter un jouet par le balcon, je devrai fermer la porte, et tu ne pourras pas y retourner de la journée.”

Pendant 3 jours, tout se passe bien. Le garçon jette des petits bouts de papier.
Puis, il tente de nouveau de jeter un jouet.
Sa mère ferme donc le balcon, et, bien sûr,  le garçon pleure.

Comme nous en parlions dans l’article sur les conséquences, ce n’est pas la peine alors d’insister sur : “Je t’avais dit que tu ne devais pas ! Et tu l’as fait quand même !”. Bien sûr,  on est énervé, mais culpabiliser l’enfant ne l’aidera pas à croire en sa capacité de faire des meilleurs choix.

Suivant ce qu’on avait anticipé, sa maman a donc d’abord reçu son sentiment : “Je sais que tu es triste, que tu aimerais bien pouvoir être encore sur le balcon.” Puis, tout en reprenant le cadre, elle lui exprime sa confiance pour la fois suivante : “Demain, lorsque je rouvrirai le balcon, je suppose que tu jetteras seulement ce sur quoi nous sommes tombés d’accord.”

Je ne vais pas vous dire que le garçon se calme alors instantanément, parce que l’expérience reste négative, mais il a alors l’opportunité d’apprendre, de grandir, de prendre ses responsabilités tout en sachant que sa mère croit toujours en lui.

Le lendemain, le balcon est rouvert, et il n’y aura plus jamais de jouet volant.

Depuis ce jour, cette maman apporte régulièrement un petit seau au parc, pour pouvoir rapporter des feuilles d’arbres pour avoir des réserves, ça leur donne même une activité de parc ! Et puis, ils ont aussi décidé de pouvoir “jeter” des gouttes d’eau à l’aide d’un spray…

Quelques semaines plus tard, l’affiche a disparu, parce qu’elle ne servait plus.

Avant de conclure, je voudrais préciser que, parfois, la solution trouvée ne fonctionne pas.

Ce n’est pas une raison pour abandonner : laissez du temps pour tester la solution, puis revenez dessus, disons une semaine plus tard, en fonction de ce dont il s’agit.

Alors, on peut discuter de nouveau : “Alors, que penses-tu de la façon dont ça s’est passé cette semaine ?”, avec éventuellement un commentaire du type “Je dois dire que je ne suis pas ravie de la façon dont ça s’est déroulé cette semaine..” si c’est le cas ! Puis décidez ensemble s’il vaut la peine de laisser plus de temps à la solution préalablement choisie, ou s’il vaut mieux la modifier. Toute mise en place demande du temps, l’important, c’est d’avancer ensemble, en mettant l’enfant en position de maîtrise. L’encourager à prendre ses propres décisions, comme nous l’avons fait avec notre ado

Avez-vous réussi à mettre cette démarche en place avec votre enfant ? Racontez-le ci-dessous !

Cette semaine, je suis allée passer la matinée dans une grand parc avec Léon et Anatole (5 et 3 ans) qui n’ont plus école.
Nous avons été rejoints par une amie dont la fille a l’âge d’Anatole.

Ils jouent tous les trois, ensemble ou pas, selon les moments.
Tout se passe plutôt bien.

Arrive cependant le moment où Anatole vient me voir pour me demander de l’aider à récupérer son avion, que la petite lui a pris. En effet, Emma est en train de jouer avec Léon un peu plus loin, et ils ont chacun un avion.

Le problème, c’est que j’ai apporté deux avions, pas trois !

Je m’approche donc des enfants et commence ma démarche de résolution de problème : “Emma, Anatole a envie de jouer avec son avion…. Le problème, Anatole, c’est qu’Emma a aussi envie de jouer avec l’avion. En fait, on a deux avions, et il y a trois enfants, quelle solution pourriez-vous trouver ?

C’est la phrase clef : en effet, quand j’explique cette démarche de résolution de conflit, j’insiste toujours auprès des parents sur le fait qu’il faut essayer de laisser la porte ouverte aux enfants pour qu’ils trouvent leur propre solution. Parfois elle est très proche de ce que nous aurions essayé de mettre en place, parfois non ! Le fait de les encourager à résoudre eux-mêmes la question a de multiples avantages :

  • ça les entraine à entrer dans la démarche de résolution
  • ça leur prouve qu’ils en sont capables
  • ça les implique beaucoup plus, et leur permet en particulier de prendre en compte leurs besoins, même lorsqu’ils ne les ont pas bien exprimés.

J’attends donc leurs propositions.

Emma déclare : “Je peux jouer un moment avec, et puis ensuite le lui donner pour qu’il puisse jouer.”
Bien sûr, ça me parait une bonne solution, mais je ne pose aucun jugement, et demande :
“Ca te conviendrait ça, Anatole ?
– Non, moi je veux pas qu’elle joue avec.”
Bon… mon Anatole, qui n’est pas dans son assiette, n’est pas très flexible aujourd’hui…

“Emma, cette solution ne convient pas à Anatole.
Léon, est-ce que toi tu voudrais prêter ton avion à Emma ?
– hum.. laisse-moi réfléchir… Je sais ! On peut donner les 2 avions à Anatole, et Emma et moi, on va jouer sur ces jouets-là !”

Après vérification, tout le monde est d’accord pour cette solution !
Voilà bien une solution à laquelle je n’aurais jamais pensé !
Il s’avère que le besoin de Léon et Emma était de jouer ensemble, plus que d’avoir l’avion.

Je me félicite de leur avoir laissé le champ libre !

Récemment, j’ai eu l’occasion, encore une fois, d’accompagner mes plus jeunes dans leur démarche de négociation.

Je faisais face à un problème récurrent :
lorsque j’arrivais à la maison, les 2 couraient vers moi pour se jeter dans mes bras, provoquant régulièrement les pleurs de celui qui arrivait en 2ème !

Un jour enfin, je décidai de m’attaquer à cette question, en les impliquant dans la recherche de solution.

Je suis donc les étapes prescrites, validant d’abord leur point de vue et leurs sentiments, avant de les encourager à chercher une solution.

“Anatole, je vois que lorsque je rentre, tu as envie d’être le premier à me faire un câlin, et que ça te rend triste quand Léon arrive avant toi…
Léon, je vois que toi aussi, tu as envie d’être le premier à me faire un câlin !
Or, ce n’est pas possible qu’Anatole soit le premier, et que Léon soit aussi le premier !
Moi, j’adore vous faire des câlins à tous les deux, mais ça me fait de la peine de voir que chaque fois, l’un de vous est triste..
Comment pourrait-on faire pour régler ce problème ?”

Bien sûr, j’ai envie de leur suggérer d’instaurer des tours, tout simplement, mais j’ai appris déjà : si c’est moi qui apporte la solution, j’ai moins de chance qu’elle leur convienne !!

Et puis, faisons confiance à nos enfants : parfois, ils ont des idées que nous n’aurions pas !

J’attends donc.

Léon (5 ans) a évidemment déjà fait face à ce genre de situation… alors sa solution vient facilement :

“J’ai une idée : on pourrait dire un jour Léon, un jour Anatole, un jour Léon, un jour Anatole.”

Bon, on progresse. “Ca me parait effectivement une solution…”

Je me tourne vers Anatole : “Ca te convient, ça, Anatole ?” (toujours valider avec l’autre, et bien montrer cette étape, parce que c’est également ce qui permet à celui qui suggère de comprendre que sa solution n’en est pas une tant que l’autre ne l’approuve pas…)

Anatole (3 ans) répond : “Non. J’ai une idée : un jour Anatole, un jour Anatole, un jour Anatole…” Je crois que je commence à comprendre… mais non ! la suite me surprend : “un jour Léon, un jour Léon, un jour Léon.”

Tiens ? Il veut faire 3 fois l’un, 3 fois l’autre ! J’imagine que pour lui, changer tous les jours, ce n’est pas suffisant pour “remplir son réservoir” ! Intéressant…

Léon est-il d’accord ?
On a une petite discussion sur le vocabulaire, un échange sur la façon de décrire la solution d’Anatole, mais Léon est d’accord !!

Je demande donc : “Comment va-t-on faire pour suivre ça ?
– on va faire un dessin ! répond Léon ”

Aussitôt dit, aussitôt fait, Léon prend une feuille, écrit “Anatole, Anatole, Anatole, Léon, Léon, Léon”, sous la surveillance d’Anatole, et, dans les jours qui suivent, nous consultons cette feuille au quotidien pour rappeler où nous en sommes ! Plus de problème !!

Ces enfants continuent de m’impressionner…

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En finir avec les disputes dans la fratrie !

Concéder dans l’imaginaire… C’est une des méthodes proposées par Faber et Mazlish dans Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, dans le chapitre sur la validation des sentiments.

Pour ceux pour lesquels la validation des sentiments est encore un nouveau concept, je vous suggère de lire d’abord l’article qui parle de pourquoi nous nions les sentiments des enfants.

Ainsi cette technique de concéder dans l’imaginaire permet à l’enfant de se sentir écouté, et je l’ai déjà appliqué de nombreuses fois, particulièrement avec les petits.

Lors de mon 1er atelier mexicain, je racontais en particulier une de mes premières anecdotes vécues aux mamans, au cours de laquelle j’avais imaginé, pour répondre à un enfant assoiffé, que nous avions un robinet d’eau dans la voiture, suivant un exemple directement issu du livre…

L’après-midi même, je suis dans la voiture de mon amie, avec 2 enfants à l’arrière, et son fils (8 ans) demande à boire. Nous n’avons rien, alors il geint… Je vois mon amie qui se retient de lui dire “Je t’avais bien dit d’apporter une bouteille d’eau !!” puisqu’elle avait suivi le premier jour d’atelier le matin même !! Mais je sors alors l’anecdote de ma manche (pensant que ça ne marcherait peut-être pas avec son fils de 8 ans), et mime le robinet, puis lui tend un verre imaginaire… qu’il s’empresse de prendre et boire, à la grande stupéfaction de mon amie ! (Et de la mienne, parce que je le croyais un peu grand pour ce truc !) Nous ne parlons plus d’eau pendant au moins 10 minutes…

Quelle meilleure démonstration aurais-je pu lui donner ?? Je suis persuadée qu’elle retiendra cette technique !

Chez nous, en tout cas, cette méthode continue de faire ses preuves, et nous l’utilisons très régulièrement avec Anatole (3 ans).

Alice d’ailleurs l’a bien observé, et s’en sert également, sortant un pansement imaginaire de sa poche quand il le réclame, “peignant” son pyjama dans les couleurs voulues… C’est incroyable comme il est content qu’on l’écoute de cette façon, et comme son désir semble alors magiquement comblé !

La position de l’autorité permet parfois des attitudes qui peuvent vraiment faire peur.

Je l’ai constaté il y a quelques mois.

Dans la partie sur la peur d’Au coeur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat parle entre autres de celle d’un professeur, et je voulais raconter cette anecdote que nous avons vécue. Notre grand (14 ans maintenant) avait l’année dernière un professeur avec lequel il ne s’entendait pas bien, qui était également conseiller d’éducation.

En tant que conseiller d’éducation, il avait eu l’occasion l’année précédente (donc quand Oscar avait 12 ans) de mettre une heure de colle à Oscar pour bruit dans la bibliothèque, punition qu’il avait doublée parce qu’il l’avait trouvé en train de faire ses devoirs pendant la dite heure… (en fait, il ne lui avait pas dit, mais il considérait qu’il ne devait RIEN faire pendant cette heure-là. Juste rester les bras croisés… Je me demande s’il sait ce qu’est un enfant), puis lors de la 2e, il n’a pas été lui dire qu’elle était terminé, et au bout d’une heure et demie, quand Oscar a enfin osé aller vérifier, il était parti chez lui…

Bon, c’était une anecdote.

Puis, ça a été son professeur, et Oscar a passé l’année à dire que ce prof ne l’aimait pas. J’en doutais un peu, parce que ce n’est pas ça qu’il me disait. Le cours était d’un niveau particulièrement élevé (ici, il existe des cours qui mélangent les niveaux, et Oscar était le seul élève de 3è dans un cours qui mélangeait d’autres de seconde, 1e, et terminale…) et, quand je le croisais, il me disait qu’Oscar était l’un de ses meilleurs élèves. Il a cependant un humour étrange, (oui, étrange.. du type : “Monsieur, je n’ai pas bien compris ça, vous pourriez le ré-expliquer ? – oui, je pourrais…. Mais je ne le ferai pas.”) et je pensais que ces deux-là ne se comprenaient juste pas.  L’année s’est terminée, et Oscar a réussi son examen de fin d’année dans cette matière. Affaire terminée.

Mais cette année, Oscar a encore eu des problèmes avec lui, en tant que conseiller d’éducation. Jusqu’à ce qu’il me demande d’être à ses côtés pour aller lui parler. Je sais que mon rôle est d’aider mon fils à s’affronter aux situations de la vie. Je n’allais pas exposer le cas moi-même, mais je servirai de présence. Oscar dit que cet homme ne lui parle pas de la même manière quand je suis là, ce qui est très probable.

Nous avons donc discuté avant de la situation, de ce qu’il allait lui dire, de comment lui démontrer qu’on prenait en compte les instructions données, etc… et nous sommes allés voir ce monsieur. Je me suis contentée d’un “Bonjour, nous sommes ici parce qu’Oscar voulait vous parler.”, puis j’ai laissé mon fils prendre le relai. Et là, je n’ai pas reconnu mon Oscar… Lui qui est si à l’aise avec les adultes, si ouvert, qui aime prendre sa place, il avait les yeux baissés, il parlait doucement, il était fébrile ! J’étais témoin de sa peur !

L’affaire s’est réglée, en théorie. En pratique, Oscar s’est remis dans les problèmes parce qu’il n’avait pas compris ce qui lui avait été dit ! J’étais là pourtant, c’était clair.. Mais, enfermé dans sa peur, il n’avait pas été en mesure d’entendre !! La peur avait bloqué ses autres facultés ! Je ne pensais pas cela possible…

Plus tard, en en reparlant avec mon mari, nous nous sommes fait la réflexion que le succès d’Oscar dans son cours de l’année précédente était en fait encore plus louable que ce que nous pensions : réussir à s’investir comme il l’a fait alors qu’il avait une telle peur du prof, ça demandait une sacrée maturité ! Je n’ai pas manqué de lui en faire la remarque ensuite.

La politesse… Pas toujours facile à inculquer.

Elle reste pourtant une de nos demandes fortes de l’éducation des enfants. Non sans raison. La politesse a une raison d’être : c’est une marque de connexion avec les autres. C’est faire partie de la société que de reconnaitre l’autre par une marque de politesse.

Je me rappelle d’un chapitre sur ce sujet dans Bébé made in France de Pamela Drukerman. Cette américaine qui a élevé ses enfants à Paris commente sur bien des différences culturelles dans le domaine de l’éducation. Sur le chapitre sur la politesse, elle explique que si les américains demandent systématiquement à leurs enfants de dire “s’il te plait” et “merci”, les français y ajoutent “bonjour” et “au revoir”. Selon elle, c’était une façon de valider la présence de l’enfant. De le voir, de l’accueillir. On lui dit “bonjour”, cela signifie qu’il compte, il nous salue également pour créer un lien, nous ne nous ignorons pas. J’ai bien aimé cette explication.

Vraie ou fausse, ce qui est sûr, c’est que je me rappelle avoir parfois lutté avec Oscar pour qu’il dise bonjour quand on arrivait chez des gens. C’était il y a bien 10 ans, avant que je découvre la parentalité positive. Lorsque ça m’arrive encore aujourd’hui avec mes plus petits, je sais qu’il n’est pas nécessaire de les contraindre. Respectons plutôt la difficulté du 1er contact, ça viendra tout seul.

 

Ces derniers temps, j’ai trouvé une autre approche sur le fait de remercier qui m’enchante, parce qu’il est non seulement en ligne mais même illustrateur de la parentalité positive.

Les bonnes vieilles méthodes de “J’ai pas compris”, “Quel est le mot magique ?” ou ne pas donner ce qui est demandé tant que le “merci” n’a pas été dit place l’enfant dans une position d’infériorité, et ne l’encourage à dire merci que dans la mesure où il n’a pas le choix puisque nous utilisons notre pouvoir sur lui de manière coercitive : tu n’auras rien si tu ne dis pas “s’il te plait”…

 

Tout change si on accepte l’idée que l’enfant voudra spontanément coopérer si on lui donne l’opportunité de voir le point de vue de l’autre. C’est une dynamique toute différente qui se met alors en place.

Ainsi, si l’un de mes petits ne dit pas “merci”, par exemple à mon amie Anne-Lise, je lui glisse simplement : “Tu sais, je crois qu’Anne-Lise aime bien qu’on lui dise merci.” 

Je montre ainsi à l’enfant que je lui fais confiance pour décider lui-même quoi faire une fois qu’il aura l’information de comment se sent mon amie. Une confiance qui continuera lorsque l’enfant grandira, et qui fera la différence.

Il est très rare que cette phrase ne soit pas suivie de “Merci, Anne-Lise.”

 

D’ailleurs, comme il a appris à le communiquer simplement, sans contrainte, il arrive qu’Anatole (3 ans), me dise, après m’avoir remerciée pour quelque chose : “Tu peux me dire “de rien” maman ?”
C’est tout simple, on échange nos envies sans diminuer l’autre.

Essayez, vous verrez !
(Et si ça ne marche pas dès la première fois, n’en faites pas toute une histoire, ça viendra.)

 

Comme moi, vous avez découvert la parentalité positive depuis un certain temps, et comme moi, vous avez appris que les cris généraient du stress qui n’était pas bon pour le développement du cerveau de notre enfant / ado !

Et tant mieux d’ailleurs, parce que, dans le fond, c’est bien ce que vous voulez : “ne plus crier”. C’est ce qui rendra votre maison plus zen ! Peut-être même que, comme moi, c’est pour ça que vous avez commencé à cheminer !

Et, au fur et à mesure qu’on apprend, qu’on progresse, ça marche !!

Oui, au risque d’agacer les personnes qui n’y sont pas encore (mais qui y parviendront, et prenez plutôt ça comme une inspiration), je le dis : je ne crie quasiment plus. Vraiment.

Seulement voilà, on a beau avoir appris tous les outils, être fier de nos progressions, quel que soit le stade où on est, il existe encore des moments où on se sent l’envie de craquer !!

En général, ça se déroule comme ça : on fait face à une situation pour la 4 567è fois, alors, on prend sur nous, on respire fort, et, avec toute la patience qu’on a pu réunir, on décide d’utiliser simplement la description : “Oscar, ton sac est dans l’entrée.” C’est une réussite ! Mais on n’est pas même pas content de soi, parce qu’on est trop concentré sur la domination de notre colère…  Et c’est là que ça peut déraper. Parce que si le-dit Oscar répond quoi que ce soit qui ne soit pas “oups, je suis désolé, bien sûr ma maman chérie, j’y vais de suite !”, alors, on a juste envie de hurler : “Oscaaaar !! Tu peux pas virer ton sac de l’entrée, non ?? Ca fait 50 fois que je te le dis !!”

Bon, heureusement, j’ai testé une astuce pour ces jours où on sent qu’on n’a pas la patience !

C’est tout simple : on l’écrit. Gentiment.

Comme ça, on respecte nos principes, et surtout, on ne rentre pas dans un échange…

Donc, comme montré sur la photo de cet article, un petit mot gentil : “Oscar, tu peux vérifier l’état de l’entrée STP ?”. Il y a fort à parier qu’il ne fera pas d’analyse graphologique pour s’apercevoir qu’on a visiblement écrit un peu violemment, et qu’il le prendra au sérieux parce que si sa mère se fend d’un message écrit, c’est que c’est le moment de ne pas laisser le sac !!

Après, plus tard, quand on est calmé, que le sac est rangé, que les plus petits sont couchés, alors on peut s’asseoir avec notre Oscar, et lui demander : “Comment est-ce qu’on peut faire pour que ton sac ne soit plus au milieu de l’entrée quand je rentre ?”. On sera alors dans une recherche de solution avec lui, en lui donnant l’opportunité de prendre en compte notre besoin, et on pourra ainsi l’aider à grandir. Ouf.

Nous avons beaucoup parlé récemment de la différence entre le fait d’appliquer la parentalité positive et celui d’accepter tout de nos enfants…

Non, je le répète, parentalité positive ne veut pas dire éducation permissive !

Et cependant, je comprends que certains parents n’arrivent pas à trouver le bon équilibre, parce que face à la résistance de leurs petits, ils ne peuvent les laisser seuls.

Oui, la bienveillance nous enseigne à recevoir les émotions, et je pourrais le répéter beaucoup, mais il est aussi important de recevoir les nôtres !!

Donner l’opportunité à nos enfants d’écouter notre émotion, c’est aussi les respecter.

Ainsi, il n’est pas rare que je dise à Anatole, 3 ans : “Moi, j’aime bien qu’on me parle gentiment.”, et, en général, ça suffit pour qu’il cesse de geindre et reformule sur un ton plus agréable… Ce à quoi je réponds : “Ah, c’est agréable quand tu me parles comme ça !”

Mais parfois, ça ne marche pas bien, et il faut savoir résister à plus. Je crois quand même que c’est nécessaire, et c’est pourquoi je voudrais partager cette anecdote.

C’est l’heure du coucher. Je suis dans la chambre d’Anatole, qui joue. Je lui indique que c’est l’heure de mettre le pyjama, mais il ne sourcille pas. J’essaye différentes méthodes : le choix, l’appeler, le lâcher-prise, rien ne marche.

Au bout d’un moment, comme je sens mon propre agacement monter (ouf, je commence enfin à savoir m’écouter un peu !), je déclare :

“Bon, voilà ce que je vais faire. Je vais aller dans le salon lire un livre avec Alice, tu pourras nous rejoindre quand tu auras mis ton pyjama.” et je sors.

Anatole, bien sûr, se met à pleurer…. “Noooon… je veux que tu me mettes le pyjamaaaa…”

Mais je ne sourcille pas, ne dis rien, et continue mon chemin.

Et je sais que c’est le moment où je perds certain(e)s d’entre vous : il ne faut pas laisser un enfant pleurer !!

J’ai cependant 2 remarques importantes à faire, avant que vous lisiez la suite :
1- Il ne va pas mal, il est seulement contrarié, et à cet âge, pleurer est simplement une façon de l’exprimer, ce que je le laisse faire, évidemment. On touche ici à la validation des sentiments : quand on cherche à ce qu’il ne pleure plus, c’est qu’on voudrait “régler le problème”. Mais il est des problèmes qui ne se règlent pas immédiatement, l’émotion  peut être vécue et traversée. En tant qu’adulte, nous avons du mal avec les pleurs comme moyen d’expression, et c’est probablement une des raisons pour lesquelles nous avons tendance à nier les sentiments.
2- Vaudrait-il vraiment mieux, comme je le vois souvent, que je remballe encore mon agacement montant pour faire face, jusqu’au moment où je ne le peux plus et que je me mets à hurler ? Ca ne me semble pas beaucoup plus bienveillant….

Alors je l’ai laissé, et je me suis mise dans le canapé avec ma fille pour lire un livre (parce qu’après tout, elle aussi elle a le droit à une maman détendue !).

Les pleurs d’Anatole ont duré environ 1 minute. Puis, on ne l’a plus entendu.
Jusqu’à ce qu’il accoure, un grand sourire aux lèvres, en pyjama, claironnant : “Je suis prêt !”, et que je l’accueille sur le canapé pour continuer l’histoire avec nous !

 

Note : si cette question de validation des sentiments vous fait du pied, n’hésitez pas, et allez jeter un oeil à ma formation à l’accompagnement des émotions en 15 jours