J’avais déjà évoqué Adler lorsque j’avais écrit « Les nécessités de base des enfants », je retombe dessus à la lecture de La discipline positive de Jane Nelsen.

En effet, les principes adlériens ne sont rien de moins que les fondements de la discipline positive développée par Jane Nelsen.

Quels sont ces principes ?

  1. Les enfants sont des êtres sociaux
  2. Le comportement de l’enfant est tendu vers un but
  3. Le besoin essentiel de l’être humain est d’appartenir et d’avoir de l’importance
  4. Un enfant qui se comporte mal est un enfant découragé
  5. La responsabilité sociale ou le sens de la communauté
  6. Le principe d’égalité, fondement de la coopération
  7. Les erreurs sont de merveilleuses opportunités d’apprentissage
  8. S’assurer de faire passer le message d’amour

Et comment les interpréter ?

Les enfants sont des êtres sociaux

Selon Adler, l’enfant nait avec un vrai sens de solidarité et de communion.
Son comportement dépendra donc grandement de son environnement, du contexte social, de l’interprétation qu’il fera du comportement de ceux qui l’entourent.
Je crois qu’on touche ici à la force du modèle !

Le comportement de l’enfant est tendu vers un but

Selon Adler, le comportement est tendu vers un but à atteindre, qui n’est même pas conscient. L’enfant interprète ce qu’il observe, et adapte son comportement en fonction de ce qu’il ressent devoir faire pour obtenir ce qu’il recherche. Comme quand parfois on cherche le compliment par exemple… Seulement, l’enfant le fait souvent de manière inconsciente, sinon ce serait trop facile. Comme quand Léon cherchait de l’attention… Je ne sais si je l’aurais compris sans Adler.

Enfin, ajoutons à ça que, selon Dreikurs, psychiatre qui poursuivit en son temps le développement des principes adleriens, « les enfants perçoivent bien mais interprètent mal », et nous nous retrouvons face à des comportements agaçants qui n’obtiennent pas toujours le but cherché, et pourtant, ce n’est pas faute d’essayer !

Un exemple parlant, donné par Jane Nelsen ici : la régression du jeune enfant quand un bébé arrive à la maison. C’est assez simple à comprendre en fait : l’enfant observe que quand le bébé demande un biberon, on s’occupe de lui. Il interprète donc que quand un enfant a envie d’un biberon, les adultes sont là pour répondre à cette envie. Or, il aimerait également qu’on s’occupe de lui, c’est son but. Donc, il demande un biberon !

Le besoin essentiel de l’être humain est d’appartenir et d’avoir de l’importance

On rejoint ici l’article que je citais au début de celui-ci, sur les nécessités de base des enfants.

C’est en se sentant faire partie du groupe, et en sentant qu’on y contribue que l’enfant va se construire une vraie confiance en soi.

La compréhension de ce besoin essentiel nous permettra l’éclairage des principes précédents : le but d’un comportement sera en général d’appartenir et d’avoir de l’importance, car l’enfant est un être social.

Un enfant qui se comporte mal est un enfant découragé

Ainsi, si nous ne nourrissons pas le besoin de l’enfant, il devra chercher un moyen de l’obtenir. Et comme il peut interpréter mal ce qu’il observe, il va basculer dans un comportement inadapté. C’est en réalité sa manière de dire « Je voudrais appartenir et avoir de l’importance, mais je ne sais pas comment y parvenir. »

Lors d’un comportement que nous n’apprécions pas, posons-nous la question : que cherche réellement l’enfant ? Quel est son besoin derrière son attitude ? On pourra ainsi l’aider à répondre à son besoin de manière plus adaptée.

La responsabilité sociale ou le sens de la communauté

Les expériences le prouvent : les petits enfants ont naturellement une envie d’aider l’autre. Prendre en compte le besoin de l’autre, essayer d’y répondre, voilà une belle manière de vivre la communauté. Ne les laissons pas perdre cet élan. Laissons-les contribuer, et que cela devienne un échange.

Dreikurs disait : « Ne faites pas pour un enfant ce qu’il est capable de faire tout seul. » Parce qu’en faisant pour lui-même, l’enfant trouve sa place dans la communauté, et développe le sentiment d’être capable. Etant capable, il pourra à son tour aider l’autre, suivant ainsi son instinct de responsabilité sociale.

A l’inverse, n’abandonnons pas à lui-même un enfant qui ne sait pas. Accompagnons-le dans son apprentissage pour lui donner également le modèle du sens de la communauté, et impliquons-le jusqu’à ce qu’il soit capable de prendre la responsabilité seul.

En résumé : ne faisons pas pour, prenons le temps d’enseigner.

C’est l’histoire si marquante du poisson, non ? « Donnez un poisson à un homme, il mangera une fois. Apprenez-lui à pêcher, il mangera toute sa vie ! »

Le principe d’égalité, fondement de la coopération

Jane Nelsen insiste sur la démarche de » connecter avant d’enseigner ».

L’enseignement se fondant sur la coopération, il faut d’abord être connecté avec l’enfant. Et pour cela, il est nécessaire d’aborder notre relation selon un principe d’égalité. Non, cela ne signifie pas qu’un enfant et un adulte sont identiques, mais plutôt qu’ils ont également droit au respect. Ce qui n’est pour l’instant, en général, pas le cas, comme évoqué dans cet article.

En cas de problème, nous veillerons donc à nous connecter avec respect avec notre enfant, avant de chercher une solution avec lui. Concrètement, nous l’écouterons avec empathie, respecterons ses émotions et besoins, partagerons nos propres émotions et besoins. Alors seulement, nous pourrons avancer ensemble.

Ces étapes correspondent d’ailleurs bien à ce que nous avions lu dans les livres de Faber et Mazlish, ou d’Elizabeth Crary.

La connexion peut et doit évidemment se construire également en dehors des situations de conflits, pour plus d’idées sur le sujet, voir comment connecter avec son enfant ?

Les erreurs sont de merveilleuses opportunités d’apprentissage

Je le mettais dans l’article de présentation de ce livre, parce que c’est un thème qui y revient régulièrement et qui est clef : apprécier la valeur de l’erreur ! Car les erreurs sont des OPPORTUNITES.

L’erreur est un thème que nous avons déjà approché au travers notamment de TED talks : celui de Claire Blondel, celui d’Eduardo Briceño ; grâce à Jane Nelsen, nous la valorisons chez nous également : tous les samedi, avec Oscar (14 ans) et Alice (10 ans), nous avons ajouté à nos « samedi victoire », le « samedi erreur ». Ainsi, chacun partage également son erreur de la semaine, et ce qu’il en a retiré !

Ce n’est pas évident, car pour accepter de faire face à l’erreur, il faut avoir le courage d’être imparfait !

Cas d’application concret : en tant que parent, nous faisons régulièrement des erreurs dans la manière d’aborder les choses avec nos enfants. Ayons le courage d’être imparfaits, et n’hésitons pas à aller les voir avec notre part de responsabilité pour demander pardon pour notre débordement. Ainsi, nous leur donnons le modèle d’une démarche de réparation.

S’assurer de faire passer le message d’amour

Pour terminer, ne perdons pas de vue l’essentiel : quand nous faisons des reproches à nos enfants, souvent, c’est parce que nous les aimons.

Eh oui ! Sinon, peu nous importerait qu’ils se couchent tard et soient fatigués, qu’ils rentrent après la tombée de la nuit, qu’ils ne travaillent pas leur français…

En fait, nous cherchons à leur imposer ce qui nous semble important pour eux, parce que nous les aimons. Seulement voilà : reçoivent-ils bien ce message ?

Essayons de marquer un temps de pause et de réfléchir à nos formulations, pour inclure ce message, parce que finalement, c’est bien lui qui compte le plus !

Bien sûr, après avoir écrit ça, je sais quand même que la prochaine fois que je m’énerverai, je ne marquerai pas de temps de pause, je m’agacerai, et mon message d’amour ne passera pas….

Mais ce sera une opportunité ! Une opportunité de m’en rendre compte, d’y réfléchir, une opportunité de retourner voir mon enfant et de lui montrer comment on répare. Ensuite, nul doute que j’aurai une autre opportunité de faire mieux. Je suis imparfaite, et je l’accepte, tout en cherchant à faire mieux .

👉 Pour faire vivre ces principes concrètement dans votre famille et changer profondément l’ambiance rien de mieux que notre formation accompagnée POINT DE RENCONTRE.  

Dans La discipline positive, Jane Nelsen insiste sur le fait que la démarche de discipline positive consiste à connecter avant d’enseigner.

J’adore cette vision des choses. C’est d’ailleurs un fil rouge de ma formation POINT DE RENCONTRE, pour une ambiance profondément apaisée. 

En effet, réfléchissons bien :

Nous ne voulons pas d’enfant obéissant pour le simple fait d’obéir… pourtant, nous voulons leur enseigner le respect des limites. Il va donc falloir chercher leur coopération.
Si on veut obtenir la coopération de quelqu’un il faut d’abord être connecté !
cqfd.

Et ça tombe bien. Parce que rappelez-vous du moment où vous avez eu envie d’être parent. Et puis, le moment où ce petit bout est arrivé. Que voulait-on à ce moment-là ? Avant de se rendre compte qu’être parent, c’est difficile ; avant de se retrouver un peu dépassé par toutes les questions qui ont surgi : fais-je ce qu’il faut ? Est-ce ce que je veux lui apporter ? Quel est le rôle du parent ? Au début, rappelez-vous, on cherchait juste à être connecté à lui !

Alors, revenons au fondamental, connectons-nous !! Ensuite, ensuite seulement, nous pourrons enseigner.

Comment se connecter ?

  • En écoutant notre enfant. Quel que soit son âge, notre enfant a envie d’être écouté, d’être entendu. Il n’a pas envie de notre jugement, ni de nos conseils, encore moins qu’on lui explique qu’il a tort de ressentir ce qu’il ressent ! Alors, acceptons ses sentiments, pratiquons l’écoute active, et la Communication Non Violente. (D’ailleurs, si nous arrivions à mettre ces principes en action avec nos conjoints et amis, nous gagnerions aussi en connexion avec eux !)
  • En partageant nos propres sentiments. Oui, nous avons aussi le droit de ressentir. Partager ces sentiments avec nos enfants, c’est aussi les respecter, leur donner l’opportunité de les prendre en compte. De manière appropriée, bien entendu, c’est à dire sans attaquer le caractère de l’enfant.
  • En les impliquant dans les recherches de solutions. Nous avons confiance en notre enfant. Confiance dans le fait qu’il est capable de chercher des solutions avec nous. Nous n’avons pas besoin de lui imposer les nôtres, il peut nous aider à trouver celles qui respectent ses besoins et les nôtres.
  • En prenant le temps de leur apprentissage. Quand nous leur demandons quelque chose, n’espérons pas d’eux qu’ils y parviennent sans faute du jour au lendemain. L’erreur fait partie du processus et est une opportunité d’apprentissage. Ils y arriveront. Nous les aimons quand ils réussissent, et quand ils vont réussir. (Je vole cette formule à un livre pour enfant que je trouve particulièrement beau : Mon amour)
  • En passant avec lui des moments particuliers. En tête à tête. Et les valoriser !

Surtout, n’oublions pas tout ceci, enfoui souvent sous le quotidien.
Nos enfants savent peut-être, sûrement, qu’on les aime, mais ils le sauront encore plus si nous le leur montrons !

Dès le 1er chapitre (« l’approche positive ») de son livre La discipline positive, Jane Nelsen met les choses au clair : la discipline positive n’est ni de l’autoritarisme ni de la permissivité.

Selon elle, l’attitude du parent (ou de l’adulte en charge) dans chacun des cas est la suivante :

Autoritaire : « Voilà les règles que tu dois suivre, et voilà la punition que tu recevras si tu ne les respectes pas. »

Permissif : « Il n’y a pas de règles. Nous allons nous aimer et être heureux et, plus tard, tu seras capable de choisir tes propres règles. »

Discipline positive (fermeté et bienveillance simultanées) : « Nous allons décider ensemble des règles qui seront bénéfiques pour tous. Nous allons aussi nous mettre d’accord sur des solutions qui aideront chacun lorsque nous rencontrerons un problème. Si j’ai besoin de décider sans pouvoir t’impliquer, je le ferai avec bienveillance et fermeté, dignité et respect. »

Ainsi, « le but de la discipline positive est d’obtenir des résultats positifs à long terme et de développer sans attendre autonomie et coopération. »écrit Jane Nelsen.

Car dans un modèle autoritaire, celui de la carotte et du bâton, c’est à dire des récompenses et des punitions, le contrôle est purement extérieur. Il est donc logique que les enfants ne développent pas le sens des responsabilités dans un tel modèle : on ne le leur en donne pas l’occasion !

A l’inverse, si on implique les enfants dans l’établissement des règles, ils seront plus disposés à les suivre. Si le contrôle devient intérieur, ils développeront une meilleure estime d’eux-mêmes.

Pour réussir à concilier ainsi fermeté et bienveillance, nous allons peu à peu apprendre à nous centrer sur les solutions.

Jane Nelsen considère que la bienveillance correspond au respect du monde de l’enfant. La fermeté celle du monde de l’adulte. Ainsi, le parent autoritaire manque de bienveillance, et le parent permissif manque de fermeté.

Mais la vraie bienveillance, celle vers laquelle on tend dans la parentalité positive, c’est celle qui valorise le respect de l’enfant ET de l’adulte.

« Ce n’est pas respectueux de leur éviter toute déception, parce que cela les prive de l’opportunité d’en faire l’expérience et d’apprendre à y réagir correctement. »

Le respect du monde de l’enfant, c’est plutôt de recevoir ses émotions. Tout en ayant confiance en eux pour surmonter les plus difficiles !

Comme ces mots résonnent en moi… C’est un thème que j’ai déjà abordé ici : la difficulté que j’observe parfois chez certains parents de ne pas basculer dans le non-respect d’eux-mêmes à partir du moment où ils deviennent bienveillants envers leur enfant… Je trouve que c’est si bien expliqué ici.

Ainsi, Jane Nelsen finit cette partie sur un exemple que je trouve assez explicite.
Supposons qu’un enfant nous parle mal. Une manière, selon elle, à la fois bienveillante et ferme de réagir serait de quitter la pièce. Non, nous ne passons pas par des punitions qui ne donneraient pas plus envie à l’enfant de bien nous parler, mais nous n’acceptons pas non plus de continuer à interagir avec quelqu’un qui nous parle mal, tout simplement. Ainsi, nous faisons preuve de respect envers nous-mêmes, et en donnons l’exemple à l’enfant.
Plus tard, nous pourrons en reparler avec lui au calme : « Je comprends que tu étais en colère, mais je ne peux accepter qu’on me traite ainsi. Si tu me traites encore comme ça, je quitterai de nouveau la pièce. Cependant, quand tu seras prêt à me traiter avec respect, je serai ravie de revenir te parler et t’aider à trouver d’autres manières de gérer ta colère, si tu le veux. Es-tu prêt à chercher avec moi des solutions qui seront respectueuses pour nous deux ? »

C’est fort comme message, non ?
Ca me fait penser à ce qui m’est arrivé la semaine dernière avec Anatole

Nous sommes dans le premier chapitre de La discipline positive, qui s’intitule « L’approche positive ».
Dans ce chapitre, Jane Nelsen commence par expliquer les causes de certains nouveaux défis dans l’éducation des enfants.

Tout d’abord, et elle reprend ici la théorie de Rudolf Dreikurs, psychiatre autrichien, le monde des adultes ne donne plus aux enfants un modèle de soumission et d’obéissance.

On peut en effet commencer par le modèle brisé de la femme obéissant à son mari. Dreikurs dit « le jour où le père a perdu son contrôle sur la mère, les deux ont perdu leur contrôle sur les enfants ». Et les modèles de soumission des enfants ne s’arrêtaient pas là : le père obéissait aveuglément à son employeur (qui ne prêtait que peu d’intérêt à ses opinions), les minorités étaient soumises aux majorités…

Aujourd’hui, le modèle est plus égalitaire, et les enfants suivent les modèles. Ils ne veulent donc plus se soumettre et obéir !
(ce qui, rappelons-le, est une bonne chose puisque nous ne voulons pas d’enfants obéissants…)

D’autre part, du fait qu’on n’attend plus d’eux qu’ils contribuent financièrement au foyer, les enfants ont aujourd’hui moins d’opportunités de développer leur sens des responsabilités.

Là encore, c’est un progrès, mais il ne faut pas non plus « sous-estimer à quel point il est important pour les enfants de participer et de contribuer ».
(Car, on l’a vu, ça fait partie des nécessités de base des enfants)

En voulant protéger nos enfants, nous risquons de les priver de l’opportunité de se sentir capables, de se sentir utiles. C’est pourtant tellement fondamental, pour chaque être humain, et encore plus pendant cette période de construction. S’ils ne sont pas encouragés à contribuer, ils risquent de recevoir le message (faux) qu’ils ne sont importants que lorsqu’on fait pour eux. Ou bien qu’ils ne sont pas capables !

Enfin, l’auteur insiste sur le fait que « se détourner des punitions ne signifie en aucun cas autoriser les enfants à faire tout ce qu’ils veulent ».

Non, l’idée est plutôt de leur offrir les opportunités de développer leur sens des responsabilités.

Les derniers chapitres de Poser des limites à son enfant et le respecter abordent ce que je considère être la position du parent :

Quand on sent qu’on va craquer

Quelques conseils sur la gestion de la colère : s’isoler, passer le relai, identifier le déclencheur (important ça, y réfléchir à tête reposée : qu’est-ce qui nous met régulièrement en colère ?), expliquer hors contexte (ou reprendre la situation au calme, pour en rediscuter en dehors du moment où nos émotions nous dépassent), rejoindre un groupe de soutien (parce que l’échange avec les autres parents nous aide, nous rassure sur le fait de ne pas être seul, et permet un point de vue extérieur… comme ça m’était arrivé l’été dernier)

Faire face aux critiques

Ici, l’auteure se montre d’un calme olympien : « Nous pouvons juste affirmer que nous avons choisi des directions, que notre interlocuteur en a choisi d’autres… »
Et sur la question de convaincre les autres parents, elle croit plus en l’exemple qu’en la parole.

Bien sûr, ce point de vue est plus respectueux, et permet d’éviter le conflit. Je sens pourtant qu’il ne me suffit pas… Si je fais ce blog, c’est bien parce que j’ai envie de partager plus que par notre seul exemple, j’ai envie de « répandre la bonne parole », de contribuer à un monde meilleur en encourageant d’autres parents, parce que j’aurais bien aimé apprendre tout ça plus tôt moi aussi… Oui, il y a des parents qui ne sont pas d’accord avec toute cette philosophie bienveillante, et il n’est pas de notre ressort de les obliger à voir les choses autrement, mais il y a également beaucoup de parents qui y deviennent sensibles quand ils en apprennent plus. Ils se sentent moins démunis, tout simplement. Mais je m’emballe… Revenons à nos moutons.

Abandonner le mythe de l’obéissance

Pour terminer, un mot sur le rôle du parent, sur une autre manière de communiquer avec nos enfants. Là, je suis bien en ligne, je l’avais déjà écrit d’ailleurs dans Pourquoi je ne veux pas d’enfants obéissants…..

Et, en guise de phrases de conclusion : « C’est le travail d’une vie, mais il en vaut la peine. Il y a un monde meilleur au bout de cette route ! »

N’ai-je pas eu raison de sous-titrer ce blog « Sur le chemin de la parentalité positive » ??

Dans ce chapitre de Poser des limites à son enfant, l’auteure donne quelques pistes pour sortir de l’impasse.
Pour ces moments où, malgré toute notre bienveillance, l’enfant refuse de coopérer.
Comment s’en sortir sans entrer dans une lutte de pouvoir ?

Beaucoup des idées suggérées correspondent à un changement d’ambiance.
Ainsi, il est suggéré de

  • l’accompagner physiquement (exemple de mettre le couvert en prenant les assiettes avec ses mains comme si c’était une marionnette..)
  • proposer un jeu de chahut (on se bat, sans chatouilles qui pourraient l’énerver)
  • faire un échange de rôles spontané (on prend son attitude, et lui suggère de jouer le parent !)
  • organiser une sortie défoulement (courir, sauter dans les flaques)
  • mettre de la musique et danser

Il est clair que plus on se concentre sur le point de blocage, moins il se débloque, on a tous connu ça ! (On a d’ailleurs touché déjà cette notion du lâcher-prise dans des articles vécus récents, comme « Opposition« ).

Autres idées :

  • Lui donner de l’attention concentrée (car c’est peut-être tout ce dont il a besoin… Note perso : si c’est le cas trop souvent, penser au « moment particulier »)
  • Lui proposer de dessiner ce qu’il ressent (idée qu’on a déjà vu auparavant…)

Je me rends compte une fois de plus, en rédigeant ce résumé, que passer de l’agacement au rire n’est franchement pas ma force… Je ne sais pas si je me sens capable de faire ce qui est suggéré plus haut quand j’arrive à un point de blocage… Ca me donne envie de me plonger dans Qui veut jouer avec moi ? de Lawrence Cohen, dont j’ai lu beaucoup de bien. Je l’ai dans ma bibliothèque, mais j’ai toujours un autre livre qui lui passe devant !! Tant de choses à apprendre encore…

Ajout septembre 2017 :
Un exemple concret de ce chapitre m’est revenu en tête cet été, et m’a été fort utile :
Plutôt que de m’énerver, j’agis !

Dans ce chapitre de Poser des limites à son enfant, Catherine Dumontheil Kremer aborde le fait de refuser.

Il n’est pas toujours évident de dire non à notre enfant, et de faire face à ses réactions.
Parce qu’on n’aime pas qu’ils se sentent mal, et parce qu’on n’aime pas subir les « crises ».
On a d’ailleurs parlé du fait qu’un langage positif pouvait aider à l’ambiance.
Mais le langage positif, qu’on privilégie quand c’est possible, ne signifie pas qu’on dit oui à tout. La frustration est aussi bonne à expérimenter, et c’est important de savoir poser les limites, comme l’indique le titre de cet ouvrage.

Parfois donc, nous ne pourrons éviter de dire « non », et, selon le cas, nous le justifierons ou pas : si le non est ouvert à négociation, il peut être justifié, et cela permet parfois à l’enfant de trouver sa solution en respectant nos raisons.

Qu’il soit négociable ou pas, justifié ou pas, le « non » va engendrer des émotions chez notre enfant. C’est normal. Recevons cette émotion.

« Quand je dis non, ce n’est pas pour blesser mon enfant et je suis toujours contente d’avoir la possibilité d’écouter ce qu’il ressent. » écrit Catherine Dumonteil-Kremer.

L’empathie dont nous pourrons faire preuve aidera probablement l’enfant à traverser sa frustration, et à comprendre ensuite que les sentiments négatifs existent, et qu’on s’en remet !

Si nous ne sommes plus en mesure d’écouter, nous pouvons également le communiquer. « Je vois que tu as encore besoin d’exprimer ta frustration. Malheureusement, je ne suis plus capable de l’écouter. Je vais aller dans le salon, tu pourras me rejoindre quand ça ira mieux. »

Dans tous les cas, céder face à la crise n’est pas une solution. Une crise est en général une décharge émotionnelle, et celle-ci interviendra tôt ou tard.

Une bonne façon de faire face à la frustration peut être de faire appel à l’imaginaire, comme nous l’avons déjà beaucoup vu, ou bien, et j’aime l’idée suggérée ici, de faire une liste des désirs (pour les envies matérielles) : un petit cahier où l’on écrit ce dont on a envie, avec la date et le prix, ce qu’on peut faire également. Ca donne des idées de cadeaux, et ça peut aussi permettre de se rendre compte que certains désirs passent…

— Note : si l’accompagnement des émotions vous pose problème, venez donc voir ce que je vous propose pour y remédier ! —

Et pour creuser cette démarche, vous pouvez aussi lire l’article  « Non, on ne va pas acheter ça ! ».

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Dans ce chapitre de Poser des limites à son enfant, l’auteure décrit l’impact de ce qu’elle appelle la “réunion de travail”. C’est une sorte de conseil de famille, mais spécifiquement axée sur les taches de la maison.
L’idée est de demander de l’aide.

Voici comment elle l’explique :
Avant la réunion, elle établit une liste des taches de la maison.
Lors de la réunion, en tout cas la première, elle l’anime, expliquant qu’elle se sent débordée, qu’elle a besoin d’aide et demande à tout le monde de participer à la recherche de solutions.
Cela conduit enfin à un nouveau partage des taches.
Simple, pas vrai ?

Le chapitre présente plusieurs commentaires qu’il me semble bon de partager également ici autour de cette démarche :

  • Penser à refaire le point une semaine plus tard, après ce qu’on peut appeler une “période d’essai”, pour voir si le partage fonctionne bien. (Cela me fait penser à ce qu’on disait lors de la démarche de résolution de problèmes.)
  • Si des petits veulent prendre en charge une tache trop compliquée pour eux, ne pas les démotiver. Essayer éventuellement de voir comment subdiviser la tache, pour leur donner quand même l’opportunité de participer à cette démarche d’aide à la communauté qui rend tellement heureux. S’ils insistent à vouloir s’atteler à une grosse tache, les laisser essayer, et s’arranger pour que la période d’essai soit plus courte. Refaire le point avec le petit, et éventuellement réaménager la tache, en évitant les commentaires du type “Je te l’avais bien dit”, qui n’aideront pas !
  • Lorsqu’on demande de l’aide, ne pas passer par la culpabilisation, au risque de basculer dans un schéma de rôles ! En effet, faire la liste de tout ce qu’on fait déjà pour justifier que l’autre pourrait bien en faire plus nous place d’office dans une position de victime, et l’autre d’oppresseur… jusqu’à ce que la culpabilité les fasse accepter de prendre la responsabilité de taches dont ils ne voulaient pas, et qu’ils deviennent eux-mêmes les victimes. L’idée est plutôt ici de chercher une coopération volontaire.

Citation du livre : “Je préfère me fier à la capacité d’aimer et d’aider spontanément qu’ont tous les êtres humains entre eux.” C’est beau, non ? Ca a l’air de marcher chez elle, espérons que ça marchera chez nous également !!

  • Le contrat : à la fin de la réunion, on liste bien sûr ce que chacun prend en charge, et c’est une forme de contrat. Un contrat de vie qui a cela de particulier qu’il implique tous les intervenants de la maison, ne se contentant pas de lister les obligations et interdits des enfants, comme dans les règles des établissements scolaires !
  • Lorsqu’on demande de l’aide “hors contrat”… Ce contrat n’empêche pas de demander de l’aide ponctuelle sur des points précis, comme avant. Dans ce cas, attention à être clair dans nos attentes. (“Peux-tu mettre ton linge au sale ?” plutôt que “Range ta chambre.”) On peut également choisir de varier l’approche. Ex : on range chacun 3 objets. (Ce sera déjà un sacré progrès par rapport à la situation première…) ou bien des mini séances de formation thématiques. Ex : “Aujourd’hui, on apprend une recette”, ou “Comment passe-t-on l’aspirateur ?”

Entre le moment où j’ai écrit ce résumé, et celui où j’écris cette phrase, j’ai effectivement eu l’occasion de mettre cette réunion de travail sur pied.

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Après avoir parlé des étapes de développement de l’enfant, l’auteure de Poser des limites à votre enfant donne des pistes pour mieux communiquer avec l’enfant, sans le juger, sans imposer.

On sent bien qu’elle a lu Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent. (Compétences exposées dans les chapitre 2 sur la coopération et chapitre 3 sur les alternatives à la punition)

J’ai l’impression en lisant tous ces conseils de lire une liste des compétences déjà acquises !!

C’est plaisant, ça rejoint l’idée du chapitre final de Parents épanouis, enfants épanouis : celle selon laquelle nous pouvons nous armer de différentes compétences, que nous avons le choix entre différentes réactions, et que si nous n’y arrivons pas toujours, au moins, nous nous sentons plus compétents !!

Quelles compétences ? Je vous les livre ici dans l’ordre donné dans ce livre, en vous encourageant à aller les creuser plus dans les liens précisés

  • la description  – cette manière magique et si simple de communiquer, pour que l’enfant en tire lui-même l’instruction (“Il y a de l’eau sur le sol de la salle de bain” suffit souvent à ce que l’enfant décide d’essuyer) – voir susciter la coopération
  • l’expression de notre propre sentiment – oui, nous avons le droit de nous exprimer également (“Je n’aime pas voir les jouets en désordre comme ça.” ou même “Ca me rend furieuse quand je vois un enfant qui tape sur un autre !”). La seule directive : ne pas attaquer le caractère de l’enfant. –  voir susciter la coopération, ou la colère
  • nos attentes – Il est en effet important d’être sûr que notre enfant sache ce qu’on attend de lui : “Quand je te prête quelque chose, j’attends de toi que tu le remettes à sa place.” Ca semble évident, mais ça l’est d’autant plus quand c’est exprimé ! – voir remplacer la punition
  • la résolution de conflit – Cette méthode-là est importante à acquérir. Elle prend plus de temps, et il est fondamental de choisir un moment adéquat pour la mettre en place, mais elle demeure la meilleure méthode pour faire face à un problème récurrent. – voir Trouver une solution ensemble
  • le mot écrit – Plus simple qu’un long discours, le mot permet à l’enfant de savoir ce qu’on attend de lui sans même que nous ayons besoin d’agir. C’est reposant pour lui et pour nous – voir susciter la coopération
  • un mot suffit – beaucoup mieux qu’un long discours… – voir susciter la coopération (et le fait que ça fonctionne pour beaucoup : la coopération par un mot)
  • donner des choix – nous avons déjà vu et revu le pouvoir des choix. J’ai déjà lu des commentaires sur le fait d’un “faux” choix était une sorte de manipulation. Je comprends ce point de vue, mais je ne suis pas sûre d’être d’accord. Je pense que le choix est souvent une bonne manière pour l’enfant d’exercer son pouvoir de décision. – voir remplacer la punition
  • résister à l’impulsion de donner des conseils – Bien sûr, c’est une compétence d’écoute active, et cette compétence-là est suggérée dès le chapitre sur la validation des sentiments, mais elle apparait également dans celui sur l’autonomie. Car dans la démarche de parentalité positive, nous cherchons aussi à ce que l’enfant développe ses compétences de recherche de solution, avant de prendre ses propres décisions.
  • donner une information – l’information permet justement à l’enfant de prendre sa décision. Ce matin, lors d’un de mes ateliers, une maman rapportait un échange avec sa fille à propos du choix de ses vêtements. Il lui a suffi de lui préciser qu’il ferait froid au restaurant pour que sa fille prenne son pull. Tellement plus autonomisant (ce mot existe-t-il ? Il devrait !) que “Prends un pull !” – voir susciter la coopération

Enfin, ce chapitre se termine sur une idée plus qu’intéressante : demander de l’aide ! (A ceux qui vivent avec nous, conjoint(e) et enfants). C’est l’objet du chapitre suivant :  Faites une réunion de travail.

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Après avoir présenté les différents types de règles, l’auteure de Poser des limites à son enfant avance sur le sujet des règles que nous décidons en famille. Et selon elle, il s’agit de poser des règles qui correspondent à l’étape de développement de l’enfant.

Le tout petit (de la naissance à la marche)

Nous veillerons à adapter l’environnement à ce qu’il est capable de comprendre.
L’enfant cherche à découvrir, et c’est bien pour lui. Nous rejoignons ici des idées de Montessori, qui croyait très fort à l’environnement adéquat pour le développement de l’enfant.
Mieux vaut donc ne pas laisser les CD à portée du bébé, mais laissons-lui quelques tupperwares dans un placard bas de la cuisine…
(Je me rappelle qu’Oscar vidait systématiquement notre étagère à chaussures…)

Le moins petit (de 2 à 4 ans)

Les règles commencent à prendre plus de place, mais ne les laissons pas tout diriger.
Premier axe : choisir ses combats !! Certaines choses sont importantes pour nous, d’autres pourraient l’être moins, ne serait-ce que temporairement.
L’idée n’est pas de supprimer des règles qui nous importent, même si ce ne sont pas celles de tous (nous avons des amis qui ne veulent pas que leur fils lèche le couvercle du yaourt, alors c’était plus difficile quand le nôtre le faisait à côté…), mais de choisir celles qui comptent, pour ne pas noyer l’enfant sous les règles.

Compétence fondamentale pour que nos enfants suivent nos règles : le modèle !!
On l’a déjà vu : les enfants absorbent en nous voyant. Ils reproduisent ce que nous leur apprenons sans le leur apprendre. (Cela m’avait déjà impressionnée)
Ainsi, si nous nous lavons toujours les mains avant de diner, il y a fort à parier qu’ils le feront également facilement.

De la même manière, n’hésitons pas à parler de nos valeurs avec nos enfants. Parlons-leur de ce qui est important pour nous, de ce que nous faisons en lien avec cette valeur.

L’enfant

L’enfant un peu plus grand maîtrise bien des compétences, il fait plein de choses seul, sait communiquer, et connait nos règles et valeurs !
Cependant, nous sommes encore présents.

Dans ce chapitre, l’auteure nous conseille d’écouter notre enfant.
Ca vous dit quelque chose ?
Oui, oui, on revient au fondamental : la validation des sentiments, celle par laquelle on a commencé au premier chapitre de Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent.

Ne nions pas le sentiment de l’enfant, recevons-le.
“Je déteste le nouveau bébé” ne sera pas suivi de “Mais si tu l’aimes !” ou “Tu ne le penses pas vraiment.”, car, comme le dit le Dr Ginott (le formateur de Faber et Mazlish) : « Tous les sentiments sont autorisés, ce sont les actes qui ne le sont pas ». Bien sûr, nous aurons du mal à accepter l’idée que notre grand déteste le bébé, mais pourquoi ne pas répondre quelque chose du type “Ce n’est pas facile pour toi quand je passe du temps avec le bébé…” Ca l’aidera à comprendre ce qu’il vit, sans nier ce qu’il dit.
La réception du sentiment ne passe pas toujours par l’explication. Je me rappelle l’avoir déjà écrit en parlant de la figure d’attachement. Il n’est pas toujours nécessaire de comprendre pour accepter…

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