Nous abordons ici la 2è compétence clef présentée comme fondamentale par Elizabeth Crary dans Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille.
(Je conseille aux lecteurs – dont mon mari – de commencer par lire l’article du livre, en lien ci-dessus, avant de s’attaquer à cet article ci.)

Compétence relationnelle n 2 : Explorer limites et frontières

L’apprentissage des limites n’est pas facile, parce qu’elles sont nombreuses et qu’elles changent…
Nous parlons des limites corporelles, des objets, des frontières, des pensées, du temps…

Pour les objets en particulier, qui sont souvent sources de conflits entre frères et soeurs, il s’agit de faire la différence entre ce qui est à moi, ce qui n’est pas à moi, ce qui est en partie à moi… Les possessions qui sont partagées avec certains et pas avec d’autres… C’est pas clair tout ça…

Ce chapitre est vraiment intéressant, parce qu’on s’aperçoit vite que le concept de limites est omniprésent, pas toujours bien explicité.

Alors, quelles sont les compétences à utiliser pour maintenir ses limites ?

  • Clarifier la limite : “Ne me frappe pas, ça fait mal.” ou “Je n’ai pas fini de jouer avec…”
  • Se déplacer ou déplacer ses affaires
  • Essayer de résoudre le problème, quand la limite a été clarifiée et n’est toujours pas respectée. Ex : “Je t’ai demandé d’arrêter de me taper et tu continues, qu’est-ce que tu veux ?”
  • Obtenir de l’aide. Une fois les étapes précédentes franchies, il est possible que l’enfant soit toujours désemparé. Ce sera alors le moment pour lui d’obtenir de l’aide, en général d’un des parents, en expliquant le problème, comment il a clarifié sa limite, comment il a essayé de résoudre le problème, et le fait que celui-ci persiste.

Le rôle des parents

Comme d’habitude, les parents sont un modèle de référence, il est donc important de montrer que nous respectons les limites de chacun.

  • En premier lieu, on peut parler de limite physique : ne pas faire un câlin ou un bisou à un enfant qui n’en veut pas ! Pourquoi ne pas suggérer à la personne qui veut le lui faire contre son gré de lui envoyer un bisou volant ?
  • Donner l’exemple de limites clairement posées : “Ce sont mes lunettes.”, en les posant à un endroit inaccessible
  • Créer et renforcer les règles familiales sur les limites : “On s’arrête quand quelqu’un dit STOP.”, “On n’entre pas dans la chambre de quelqu’un sans toquer.” Chez nous, ceci se traduit par “On respecte l’espace de l’autre.” (Parce que Léon a parfois tendance à se mettre à 2 centimètres du visage de son frère, qui, quand il en a assez réagit par une simple baffe !)
  • Clarifier ce qui appartient à l’enfant et ce qui est à toute la famille. Ne pas donner des affaires d’un aîné à un plus jeune sans son aval !

Utiliser le parentage STAR

(Vous pouvez lire cet article pour savoir ce qu’est le patentage STAR)

Comme pour la première compétence (l’appartenance), l’auteur applique la méthode STAR à des exemples, en gardant bien en tête la compétence à développer, et l’étape de développement de l’enfant.

Je vais développer ici, pour plus de clarté, le 1er exemple :  Rosa, 3 ans, pose son jouet. Sa petite soeur, 2 ans, s’en empare. La grande hurle.

S : Stop et mise au point
Ces filles sont encore petites. La notion de limite est encore en apprentissage. L’objectif en terme d’éducation est de s’assurer que la petite comprenne qu’il faut demander la permission avant de prendre un objet qui n’est pas elle; et que la grande prête au moins de temps en temps ses affaires.

T : Trouver des idées
Eviter le conflit : donner un autre jouet similaire à la petite
Réduire la tension : m’occuper de moi pour être plus patiente et détendue tant que les compétences ne sont pas acquises
Avancer doucement : dans un premier temps, on veut que la petite demande. L’aider à attendre viendra ensuite.
Remarquer les comportements positifs : “J’ai vu que tu avais demandé à Rosa…”; “Rosa, je crois que ta soeur est contente que tu lui aies prêté ton jouet.”
Reconnaître les sentiments : “C’est frustrant de ne pas pouvoir jouer avec la poupée de Rosa !”
Rappeler la règle : “On demande la permission avant de prendre le jouet de quelqu’un d’autre.”
Donner un choix : “Cette poupée est à Rosa. Tu peux soit attendre qu’elle ait fini de jouer avec, soit venir jouer avec moi.”
Enseigner à échanger : “Rosa, quand ta soeur attrape ta poupée, tu peux essayer de trouver autre chose qui lui plairait en échange.”
Lui donner l’exemple : “Rosa, ceci est mon stylo. Je vais aller t’en chercher un autre.”

Encore une fois, à la lecture de toutes ces idées, on voit qu’on navigue partiellement en terrain connu, avec la validation des sentiments, le choix, les règles… Mais j’aime voir tous ces exemples, parce que ça donne une perspective bien concrète de ce à quoi on peut arriver quand on prend le temps d’y réfléchir. Comme quoi, encore une fois, c’est bien ça le secret : prendre le temps d’y réfléchir !

A : Agir concrètement
Pendant un certain temps, je vais m’assurer de faire de cet enseignement une priorité. Il s’agira donc de rappeler régulièrement la règle qui veut qu’on demande la permission avant de prendre quelque chose, et de remarquer les moments où l’une d’elles le fera.

R : Revoir et corriger
Attention dans ce cas-là : l’apprentissage des limites prend du temps. Si les résultats ne sont pas probants au bout d’une semaine, varier les méthodes, mais continuer. En plus des actions précédentes, chercher les opportunités de donner l’exemple, de proposer des choix.

– Je rajoute cette phrase des mois plus tard pour confirmer que l’apprentissage des limites prend du temps, mais qu’il vaut la peine d’insister. Je peux maintenant vous confirmer que nous commençons à voir de vrais résultats : compétences en négociation !

Ce chapitre présente encore 2 autres exemples, dans lesquels la méthode est similaire.
On tourne autour des règles familiales, des sentiments, et du fait de remarquer les améliorations.

Je note une remarque supplémentaire (dans le cas d’une petite fille qui casse la construction de son frère) :
Etablir les conséquences : “Si on abîme quelque chose, on répare du mieux que l’on peut.”

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Comme expliqué précédemment, Elizabeth Crary, auteure de Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille, considère que pour éviter les disputes dans la fratrie, il s’agit surtout de développer 4 compétences relationnelles fondamentales. On pourrait même dire que ces disputes représentent une opportunité de les développer ! Comment ? C’est ce que nous allons voir.

Compétence relationnelle n 1 : Développer le sentiment d’appartenance

Les enfants ont un besoin vital de se sentir appartenir, d’appartenir au groupe.
(Rq: cela fait d’ailleurs écho aux nécessités de base dont nous avons pu parler…)
Pour les plus jeunes, cela passe par le regard du parent, qui valide le fait d’appartenir à la cellule familiale. S’il est nécessaire pour obtenir le regard du parent de désobéir aux règles, alors c’est ce qu’ils feront !
Plus tard, si ce sentiment n’est pas assouvi, il peut être la raison pour l’enfant de rejoindre une bande…
Il est donc naturel de chercher de l’attention, à nous de leur enseigner que nous ne sommes pas les seuls à pouvoir répondre à ce besoin : frères et soeurs, amis, peuvent aussi être des sources d’attention.

Le rôle des parents

Bien sûr, c’est fatigant, parce que le besoin d’attention de l’enfant est parfois inextinguible. Mais cela vaut la peine d’essayer d’y répondre. Sinon, l’enfant risque fort de préférer l’attention négative que pas d’attention du tout, ce qui, réfléchissons-y, sera encore plus fatigant pour nous !
Les tout petits ne peuvent comprendre que nous ne répondions pas de suite à leur besoin, pour les plus grands, la réponse peut être différée.

Il existe maintes manières de donner son attention. A nous de choisir de le faire de la façon qui nous convient, que ce soit simplement par un geste tendre, ou par une activité partagée, avant que l’enfant nous y oblige en tirant les cheveux de sa soeur…

Utiliser le parentage STAR

(Je rappelle que le parentage STAR est une méthode en 4 étapes développée par l’auteur de ce livre, Elizabeth Crary. Je l’ai découverte à la lecture de ce livre, et ai écrit un article spécifique à ce sujet.)

Dans cette partie, l’auteure brode à partir d’exemples pour appliquer la méthode STAR, tout en gardant en tête les compétences à développer, et le stade de développement de l’enfant.
Impossible de bien expliquer cela sans entrer dans les exemples eux-mêmes.

Premier exemple :
Le garçon qui enfonce son doigt dans le ventre de son petit frère bébé, jusqu’à le faire pleurer

S : Stop et mise au point
Ce garçon est dans une situation typique de manque d’attention, puisque ses parents sont tres pris par le bébé.

T : Trouver des idées
Eviter le conflit : ne pas laisser les enfants seuls ensemble
Remarquer et valoriser les comportements positifs : “J’ai remarqué que tu avais caressé le bras de ton frère, as-tu vu son sourire ?”
Décider de la manière dont je veux que l’enfant demande : “Si tu as besoin de moi, dis “câlin” et j’arrêterai ce que je fais pour t’en faire un.”
Proposer un choix : “Quand tu veux de l’attention, tu peux venir sur mes genoux, ou me montrer quelque chose”
Réduire les conflits en donnant de l’attention chaque jour : pendant la sieste du bébé par exemple.
Reconnaître sa frustration, son sentiment : “C’est frustrant de devoir me partager.” “Parfois, tu te sens mis de côté…”
Clarifier les limites : “Touche délicatement. Tu as le droit de vouloir être avec moi, ce n’est pas une raison pour embêter ton frère.”
Enoncer une conséquence : “Touche délicatement. Si tu fais pleurer ton frère, je le prendrai dans mes bras et quitterai la pièce.”

Ce qui m’a marquée dans cette étape, et qui m’a donné l’envie de la recopier ainsi, c’est le nombre d’idées et de pistes. Pour vraiment améliorer l’ambiance de la famille, il faut non seulement avoir développé des compétences et des habilités qui nous permettent d’avoir les bonnes idées, mais également se donner le temps de chercher les solutions, comme on l’avait déjà commenté.

Quelques notes personnelles à la lecture de cette liste d’idées
On retrouve ici certaines des habiletés apprises dans nos lectures précédentes (c’est rassurant, on ne part pas complètement de zéro !), en particulier : la validation des sentiments bien sûr (voir premier chapitre de Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent), le choix (voir chapitre 3, ou les choix, les choix, les choix), les limites sous la forme positive (voir des règles plutôt que des limites).

A : Agir concrètement
Il faut à présent mettre toutes ces idées en pratique. Pendant une période au moins, s’efforcer à vraiment lâcher ce qu’on fait pour répondre quand on entend “câlin”, valider le sentiment, donner de l’attention. On n’essaye pas encore d’entrer dans la méthode de la conséquence, on se donne d’abord la possibilité de supprimer la cause du problème.
Pendant cette période, il faudra être attentif à ce qui se passe, noter les changements, et bien sûr, faire en sorte de ne pas remettre les enfants en situation de conflit.

R : Revoir et corriger
Au bout d’environ une semaine, faire le point. Voir si ces changements d’attitude ont eu l’effet attendu. Si le problème perdure, cela ne veut pas dire qu’il faudra abandonner, mais ce sera le moment de mettre la conséquence en place.

J’aime le fait que l’auteur inclue cette dernière étape dans sa méthode, cela me fait penser à ce qu’on avait noté à propos de la démarche de résolution de problème, pour laquelle Faber et Mazlish avaient bien ajouté cette étape dans leur livre Parler aux ados pour qu’ils écoutent, les écouter pour qu’ils parlent, dans lequel figure un chapitre qui s’y consacre.

 

Deuxième exemple :
Le garçon qui dérange sa grande soeur en train de dessiner de façon répétitive.

S : Stop et mise au point
Je note que ce comportement n’est là que depuis que la grande soeur va à l’école : elle a envie d’un moment tranquille quand elle rentre, et son frère au contraire, l’a tellement attendue qu’il veut jouer avec elle de suite.

T : Trouver des idées
Reconnaitre les sentiments
Jouer avec le petit frère à l’heure de retour de l’école
Lui proposer d’inviter un ami ou d’appeler sa grand-mère
Rappeler la règle : Chacun respecte les besoins des autres.
Donner l’exemple (“Ma fille, j’aimerais bien passer un moment avec toi, tu voudrais jouer aux billes avec moi ?”)
Rappeler qu’il faut respecter la réponse
Peut-être leur demander si un système type 15 minutes seuls, puis 15 minutes ensemble leur conviendrait.

Note : La seule idée que je décide ici de ne pas recopier, c’est celle qui consiste à récompenser le garçon quand il n’embête pas sa soeur. J’ai lu maintenant pas mal de choses contre les méthodes de récompenses. Je sauterai donc systématiquement ce qui s’y rapportera dans ce livre.

On peut également soulever le cas du renforcement positif : ne pas oublier de saisir les opportunités de noter le comportement respectueux du garçon lorsqu’il apparait : “J’ai vu que tu avais très envie de jouer avec ta grande soeur, et que tu l’avais quand même laissée faire son dessin sans la déranger. Ca n’a pas dû être facile, cela requiert de la volonté !”  Sur ce thème, je commence à me poser de plus en plus de questions. Pour être honnête, c’est une méthode que l’utilise encore, mais je m’interroge.  Je pense que c’est en fait très subtil, et j’attends d’en apprendre plus pour en parler mieux.

Et bien sûr, ne pas oublier les dernières étapes :
A : Agir concrètement
R : Revoir et corriger

 

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Sommes-nous assez forts pour transmettre notre amour quand on est face au mensonge éhonté de l’enfant ? C’est pourtant ce que nous conseille Isabelle Filliozat dans la partie sur la répression émotionnelle d’Au coeur des émotions de l’enfant.

Elle explique en effet la situation sous cet angle-là :

Si l’enfant accuse quelqu’un d’autre, c’est justement parce qu’il s’en veut de ce qu’il a fait, parce qu’il se sent mal. Sa culpabilité est trop forte, et le pousse à aller jusqu’au mensonge. Il sait que ce qu’il a fait est mal, et ne veut se voir comme quelqu’un de mauvais.
Il est bon, et veut garder cette image-là, pour lui même et pour ses parents.

Donc, ne le culpabilisons pas.

L’important est de lui expliquer que nous l’aimons, d’un amour inconditionnel, même quand il fait des choses qui nous déplaisent. Tout le monde peut sentir la colère,la jalousie. Rassurons-le sur lui même, avant de lui expliquer que nous réprouvons le comportement. Ca l’aidera à dire la vérité la fois suivante.

 

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Plus ça va, et plus je m’en rends compte : le secret pour devenir le parent que l’on veut être, c’est de prendre le temps d’y réfléchir !

C’est en réfléchissant sur les conflits avec nos enfants qu’on trouve des idées sur la meilleure façon de les résoudre.

C’est en cherchant en quoi ce qu’on lit s’applique à ce qu’on vit qu’on arrive à mettre en place de meilleures méthodes.

C’est en échangeant qu’on envisage des solutions.

Ainsi, Nicolas et moi nous réservons régulièrement un moment pour parler des enfants. Oh, nous discutons aussi de tout un tas d’autres choses, mais des moments “éducation” sont délibérément posés pour faire progresser les choses.

Il y a un peu plus de 2 semaines (j’ai mis un peu de temps à écrire cet article), nous avons eu l’occasion de faire une escapade de 24h, seuls, dans une cabane isolée, au bord d’un lac. Une vraie bouffée d’oxygène après une période de boulot intense pour lui !

Alors, au cours de ces 24h, nous avons eu un moment éducation. Il concernait cette fois notre ado (14 ans).

Comme j’avance tout doucement dans la lecture de La discipline positive pour les adolescents, je décide de relire avec lui la boîte à outils du premier chapitre : une attitude parentale ferme et bienveillante.

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La seule lecture de cette boîte à outils est l’occasion de discuter, et de creuser des pistes.

Ainsi, le 2ème point : “Prendre le temps de découvrir et comprendre les besoins des adolescents. Ils ne sont pas nécessairement identiques à ceux que nous avions à leur âge.” est le point de départ d’un échange entre nous.

Je partage avec lui le fait que j’ai récemment remarqué que les salutations entre notre fils et ses copains n’étaient pas conformes à ce que je pensais être des salutations. Dernièrement, j’avais eu 2 occasions de m’en rendre compte.

La première, c’est quand je suis allée le chercher à l’école en avance, parce qu’il avait un rdv médical. Il était à ce moment-là avec des copains, et s’est esquivé quasiment sans dire un mot. Il m’a assuré ensuite qu’il avait dit au revoir, je ne sais pas si ses copains l’ont entendu, en tout cas, moi non…

La deuxième, c’était à la maison : il était sur skype avec un petit groupe, pour discuter d’un projet scolaire sur lequel ils travaillaient ensemble. J’entre pour lui dire quelque chose, Oscar coupe simplement la conversation skype, sans un mot aux autres. Je m’interroge :  “Tu as coupé ?  – oui, j’y retournerai quand on aura terminé de parler, c’est relax comme convers, on entre, on sort – Mais… ça ne se fait pas de partir comme ça sans rien dire, il faut au moins prévenir ! “

En y repensant avec Nico, je me pose la question : Leurs besoins ne sont pas forcément identiques à ceux que nous avions à leur âge ! J’impose mon modèle en expliquant qu’on ne quitte ni une conversation ni un endroit sans dire au revoir, mais est-ce le cas pour ces nouveaux jeunes ?? Leurs codes sont peut-être différents ?

L’hypothèse que notre fils ne se comporte pas de manière adaptée n’est pas à écarter, mais celle que ce soit réellement leur façon de faire ne l’est pas non plus !

Peut-être que cette génération n’a pas besoin de se dire “Salut les gars, à demain !” comme nous le faisions, parce qu’en étant toujours connectés, ils ne se disent jamais vraiment au revoir ??

Un peu plus loin dans la boîte à outils, nous lisons “Valoriser ce qui le rend unique”, et décidons de nous poser clairement la question. Qu’est-ce qui rend notre ado unique ?

Sa persévérance peut-être, c’est vrai qu’il est assez incroyable par rapport à la constance dont il fait preuve quand il s’est fixé un but… C’est la source de mon compliment descriptif de la semaine suivante.

Nous trouvons ainsi plusieurs aspects de notre fils que nous valorisons, et ça fait du bien de ne pas se focaliser sur les attitudes qui peuvent nous énerver !

La boîte nous parle encore d’un soutien à la fois ferme et bienveillant. Où le mettre en pratique ? Là encore, nous trouvons ensemble : Oscar, qui a du mal à se faire de vrais amis dans ce pays, déploie beaucoup d’énergie pour essayer d’organiser des sorties le week end, en vain. Souvent, quand il nous parle d’une possibilité en dernière minute, nous lui faisons des reproches : “Tu ne peux pas prévoir des choses sans nous en parler d’abord !”

Mais il s’avère qu’il envisage tellement de plans qui n’ont jamais lieu que ce serait difficile pour lui de soulever la question chaque fois. Nous décidons donc de le soutenir dans la démarche de façon ferme, en lui posant nos limites (ex : attention, tu ne peux rien prévoir dimanche matin, on a prévu de faire une rando), mais de manière bienveillante, en lui ouvrant les possibilités (en revanche, si tu veux, je peux te poser avec des copains au cine samedi après midi).

Au résultat,  le simple fait qu’on ait envisagé notre relation avec Oscar sous un autre angle pendant un moment nous a amenés à considérer déjà qu’elle était meilleure !

Dans “Il me cherche !”, il est dit “Les enfants détestent les limites, ils adorent les règles.”
(on l’avait d’ailleurs déjà noté à la lecture de “J’ai tout essayé !”)
Quelle est la différence ? Les limites posent les interdits, alors que les règles, comme celles d’un jeu, visent à permettre.
Pourquoi privilégier les règles ?
Pour deux raisons : d’une part, parce qu’une formulation en terme d’interdit risque d’être moins efficace, d’autre part parce que si l’enfant subit les interdits (et y obéit finalement !) quand il est en position d’infériorité, il y a fort à parier qu’il utilisera la même méthode lorsqu’il sera en position de supériorité.
D’une certaine façon, on lui enseigne à utiliser le pouvoir positionnel en contraignant l’autre.
Donc, je prolonge ici la pensée de l’auteure, moins de respect de l’autre dans sa relation avec ses camarades, ses frères et soeurs… plus de conflits !

La semaine dernière, nous sommes allés à la piscine commune de l’immeuble d’une amie.
Une autre famille était là, et le petit garçon avait emprunté notre tricycle.
Il était content, et roulait et roulait, jusqu’à ce qu’il trouve amusant de faire des tours juste autour de la piscine. Non seulement l’idée elle-même de rouler au bord d’une piscine est gênante, mais de plus la piscine est justement entourée de carreaux glissants…
La maman essaye de lui dire : “Ne roule pas là !”, mais le garçon n’écoute pas.
Je m’approche, me met à sa hauteur, et lui dis : “Regarde, avec ce tricycle, tu peux rouler partout où ça ne glisse pas, comme ici (en lui montrant la partie un peu plus éloignée de la piscine).
Sans rien dire, il s’éloigne et roule sur la partie sans carrelage…

A la lecture de “Il me cherche !”, je retombe sur cette remarque déjà lue dans “J’ai tout essayé !” que chez les garçons, la zone verbale du cerveau se développe plus tard que chez les filles. Ainsi, il est plus probable qu’ils ne nous écoutent pas quand on leur donne un ordre.
Moi qui ai 3 garçons, j’y vois une explication !! (Hum)

Enfin, garçon ou fille, ce qui est sûr, c’est que les enfants n’aiment pas les longs discours (comme ceux que je fais régulièrement). Alors, ici, Isabelle Filliozat nous rappelle une bonne technique, une qu’on avait déjà apprise il y a bien longtemps dans Parler pour que les enfants écoutent… pour obtenir la coopération de notre enfant, c’est de se contenter d’un mot !
Ainsi, il suffit de dire “chaussures” pour que notre grand comprenne qu’il faut qu’il range ses chaussures qui trainent au milieu du salon…

Quand réussirai-je à intégrer cela ??

Je suis dans le chapitre 3 de Au coeur des émotions de l’enfant, et je note ici qu’on peut oublier d’écouter sans même s’en rendre compte…

On l’a déjà vu dans “J’ai tout essayé !” , quand on a parlé de la période du “non”, un petit enfant découvre un jour qu’il est lui, et cherche à s’individualiser, à prendre son autonomie, ses décisions propres pour se et nous prouver qu’il existe indépendamment de nous.
De la même manière, quand il nous dit ce qu’il ressent, il n’est pas forcément en train de demander quelque chose, ou de se plaindre, il cherche réellement à nous dire ce qu’il ressent, simplement : il cherche à dire JE.
Ainsi, par exemple, il nous dit “Maman, je n’aime pas quand tu t’en vas…”
Et nous lui répondons “Tu sais bien que je dois aller travailler !”
Il est en train de se sentir exister, et nous lui parlons d’autre chose.
Il parle de lui, nous parlons de nous.
En ne répondant que sur le contenu, et non sur l’émotion, on risque de lui faire passer le message que ce qu’il ressent n’a pas d’importance.
En recevant au contraire ses émotions, on lui permet d’exister : “Je sais que tu n’aimes pas quand je pars… Tu préfèrerais que je reste avec toi.” On peut même ajouter (je l’ai testé, ça aide) : “Tu sais ce que je vais faire ? Sur le chemin pour aller travailler, je penserai à toi.”
“Je suis celui que je me SENS être.” écrit Isabelle Filliozat.

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Comme bien d’autres livres de parentalité positive,  “Il me cherche !”  d’Isabelle Filliozat inclut une partie dédiée à l’accueil des émotions.
Pourrons-nous jamais assez insister sur ce point ?

Faber et Mazlish le faisaient déjà, dans Parler pour que les enfants…, dans Parents épanouis, enfants épanouis, dans Frères et soeurs sans rivalité.

Isabelle Filliozat en parle évidememment beaucoup dans Au coeur des émotions de l’enfant, et le sujet revient dans les livres d’Elizabeth Crary, de Siegel… et j’en rate.

L’accueil des émotions est fondamental dans tout échange, tant avec les enfants qu’avec les adultes d’ailleurs , et c’est probablement sur ce point que la communication non violente recoupe le plus les principes de la parentalité positive.

Je crois vraiment que donner cet exemple aux enfants, c’est déjà participer à une société meilleure, dans laquelle les gens s’écoutent, développent une certaine empathie…

Dans cette partie-là, tout ceci n’est pas ré-exposé, mais quelques idées sont données pour l’expression de ces émotions sur un plan plus physique :
– Inviter à “secouer” l’émotion, en bougeant les bras, en dansant…
– Pour nous : accueillir les larmes de l’enfant en m’imaginant les recevoir dans un récipient que je tiens devant moi (pour ne pas prendre le tout en plein cœur). C’est le genre d’idée qui me semble un peu ridicule en théorie, mais j’ai quand même décidé d’essayer, et je suis effectivement restée complètement calme devant les pleurs…
– Frapper dans un coussin de colère, avec des gestes amples et un plexus bien ouvert
– Aider l’enfant à calmer sa respiration en se mettant dans son dos, et en l’enveloppant dans ses bras
– Face à une situation qui fait peur de façon répétée : jouer la situation de peur avec lui, pour apprendre à la dominer
– Baisser la dose de sucre !

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Le réservoir d’amour, ou réservoir affectif…  Un terme déjà entendu bien des fois.
Je crois que la première fois que j’ai entendu cette
expression, c’était dans Les 5 langages de l’amour des enfants. (qu’il faudra que j’expose ici aussi un jour… C’est que je l’ai lu bien avant de commencer ce blog…)

Isabelle Filliozat reprend cette expression dans “Il me cherche !”, et en donne plusieurs illustrations, comme on l’a déjà vu dans le premier article que j’ai écrit sur ce livre.

Ici, deux suggestions supplémentaires sur la manière de le remplir :
Un jeu partagé, le matin, pour faire le plein avant la journée.
Selon Isabelle Filliozat : “Un jeu dès le matin entraîne une réduction considérable des plaintes, pleurs et chamailleries dans la suite de la journée.”
Pas facile de trouver un moment pour jouer dans la routine du matin…
(Une pensée pour Marie, ma belle-sœur, qui me confiait que le départ pour l’ecole était un des moments les plus stressants pour elle)
Mais j’aime cette idée, je suis persuadée d’avance qu’elle doit avoir un réel bénéfice.
Ne nous dit-on pas toujours de baisser le niveau de stress imposé aux enfants ?
Je me demande si je serai capable d’essayer…

Rire et se chamailler “pour de faux”
Batailles d’oreillers et autres chatouilles sont autant d’opportunités de se rapprocher, à grands renforts d’ocytocines…
Et si parfois le jeu se finit en larmes, ça peut être parce que l’enfant se sent de nouveau en confiance, et exprime ses tensions. D’une certaine façon, on l’aide à reconstruire le lien avec la figure d’attachement, pour qu’il s’exprime “enfin”

C’est aussi l’occasion d’aider l’enfant, garçon ou fille, à tester ses limites, voire se maîtriser. On peut mettre en place quelques règles de base : “Quand on dit STOP, on s’arrête net.”

Ça leur servira également quand ils joueront avec leurs frères et sœurs ! D’ailleurs, chez nous, cette deuxième option est fréquemment mise en place par Oscar (14 ans), avec ses petits frères de 5 et 3 ans, qui aiment venir le chercher en lui demandant : “Oscar, on joue à la bataille de coussins ?”