Archive d’étiquettes pour : fratrie

Hier, je discutais avec une amie au sujet de la rivalité entre ses enfants.

Les dits-enfants étaient sur le trampoline dehors, à sauter comme des fous.

Seulement voilà, ma copine était inquiète, parce que la différence de poids (Le grand a 11 ans, la petite 5) faisait tomber la petite, et elle jugeait qu’on pouvait ainsi se casser quelque chose.

Elle s’interrompt donc à 2 reprises pour essayer de calmer le jeu, mais ça ne fonctionne franchement pas…

Au bout d’un moment, elle s’adresse à moi : « Ils ne m’écoutent pas ! Comment tu fais dans un cas comme ça ?? »

Je reste prudente : « Tu sais, il n’y a pas de baguette magique, les choses ne changent pas d’un coup, mais pour aborder ce genre de cas, il faudrait entrer dans une démarche de résolution de problème. Ca veut dire chercher des solutions avec eux, mais après avoir créé une connexion. Donc dans la pratique :  D’abord, tu dois parler de leurs sentiments et envies. Ensuite, tu parles de TES sentiments et envies. Alors, tu peux…. Ecoute, on va essayer !! »

On sort donc dans le jardin, et je m’adresse aux enfants :

« Les enfants, je vois que vous êtes très contents ici sur le trampoline, et que vous adorez sauter ! Votre maman, de son côté, est inquiète, parce qu’avec votre différence de poids, elle a peur que la petite tombe et se fasse mal.

Quelle solution pensez-vous que nous pourrions trouver qui convienne à tous ? »

La petite répond :
« Je pourrais me tenir sur la barre pendant que lui saute, et puis après, c’est lui qui se tient pendant que moi je saute
– Ok, ca me parait une bonne idée. (Je me tourne vers le grand frère) Est-ce que cette solution te conviendrait ?
– Oui, sauf que je ne veux pas me tenir, je pense que son poids ne peut pas me faire tomber.
– Je vois. (je me tourne vers la petite) Ca te convient si lui ne se tient pas mais seulement reste sur le côté pendant que tu sautes ?
– Oui, c’est d’accord. On change toutes les 5 minutes, répond la petite
– Toutes les 5 minutes, ça te convient ? je demande au grand.
– Non, c’est trop long, je préfère toutes les 2 minutes.
– Ok, et toi, ça te conviendrait toutes les 2 minutes ?
La petite opine.
– Bien, qui va être en charge de compter les 2 minutes ?
(réponse facile, il y a quelqu’un d’autre sur place, qui est d’accord pour compter les 2 minutes)
– Est-ce que cette solution convient à tous ?
Chacun approuve, enfants et maman.
– Super, sautez bien les enfants ! »

Nous retournons à notre conversation, et n’avons alors plus besoin de nous interrompre !

Je sais ce que vous pensez : Ca prend du temps tout ça… Oui, mais… mais ça, c’est penser à court terme ! Parce que cette maman se bat régulièrement pour des questions de trampoline, alors ça a pris du temps cette fois, mais sûrement moins toutes les fois suivantes ! Et puis même sur le coup, honnêtement, ça n’a pas pris plus de temps que ses interventions inutiles précédentes !

Enfin, et surtout, on ne leur enseigne pas seulement à résoudre le problème du trampoline ici, mais bien plutôt les compétences de négociation dont parlait Elizabeth Crary dans Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille. Ces compétences qui leur permettent de prendre en compte le besoin de l’autre pour arriver à un accord, ce qu’on oublie parfois de faire, alors que c’est parfois si simple… (comme dans ce cas de l’heure du départ pour l’école).

Ces compétences fondamentales enfin, qui nous impressionnent quand arrive le moment où ils n’ont même plus besoin de nous pour résoudre le problème ! Franchement, à long terme, ne gagne-t-on pas plutôt du temps ?

Il y a peu, j’écrivais la difficulté de juger si nous parvenions réellement à enseigner les compétences relationnelles à nos enfants, tout en observant un exemple qui me confortait sur ce chemin…
J’en ai eu un autre exemple ce matin !
Nos deux petits (Léon 5 ans et Anatole 3 ans) se lèvent toujours avant les autres le matin, et jouent tous les 2 en attendant que nous les rejoignions.
Ce matin, quand je me suis levée, je les ai entendus à l’autre bout du couloir :
“Léon, je peux entrer dans ta chambre ?
– Non, tu peux pas
– Léon, je veux entrer dans ta chambre
– Quand je suis dans ma chambre, tu peux entrer dans ma chambre ; mais quand je suis pas dans ma chambre, tu peux pas entrer dans ma chambre, alors là je suis pas dans ma chambre, donc tu peux pas aller dans ma chambre.
– Léon, tu peux aller dans ta chambre et que moi je vais dans ta chambre ?
– ok.”
J’ai été impressionnée ! Comme quoi, les conseils qu’on lit sur l’apprentissage de la négociation dans la fratrie (le chapitre sur Résoudre les problèmes de Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille) nous servent effectivement !
Ici, ils ont su :
– Demander la permission
– Fixer les limites
– Donner la règle
– Entrer en négociation
– Trouver un accord
Quel bonheur de voir qu’on a pu leur transmettre ça !!

Et voici enfin la 4è et dernière compétence clef présentée comme fondamentale par Elizabeth Crary dans Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille.

(Tout comme dans le résumé du chapitre précédent, je conseille aux lecteurs de commencer par lire l’article du livre, en lien ci-dessus, avant de s’attaquer à cet article-ci.)

Compétence relationnelle n 4 : Résoudre les problèmes

Je trouve ce chapitre très intéressant : en plus d’étapes de résolution de problème, il s’étend sur le pouvoir, les différents types de pouvoir, et comment on peut les utiliser. De même que dans le chapitre précédent, lorsqu’on parlait d’émotions, il était suggéré d’aider les enfants à développer leur vocabulaire émotionnel, de même ici l’auteure suggère d’aider les enfants à identifier les différents types de pouvoir exercés dans les différentes situations.

Nous nous intéresserons donc d’abord aux différents pouvoirs, puis nous entrerons concrètement dans

  • les étapes pour résoudre un problème
  • les étapes pour aider les enfants à négocier
  • les étapes pour faire face au pouvoir destructeur

Avant d’arriver dans la partie du chapitre qui présente, comme dans les autres chapitres, les étapes du parentage STAR face à des exemples précis.

Cette partie du chapitre sur les pouvoirs est tellement riche en informations que j’avais presque envie d’en faire un article à part entière. Je le ferai peut-être d’ailleurs un jour. Pourtant, l’auteure a bien choisi de le mettre dans ce chapitre, alors je vais respecter cette démarche et le présenter ici.

Ce que les enfants ont besoin de savoir sur le pouvoir

Pour savoir de quoi l’on parle, il s’agit d’abord de différencier les différents types de pouvoir.

Selon Elizabeth Crary, il existe 2 sortes de pouvoir :

  • le pouvoir positionnel
  • le pouvoir personnel

Comme son nom l’indique, le pouvoir positionnel dépend de notre position dans la relation : les parents ont un pouvoir positionnel sur leurs enfants, les profs sur leurs élèves, les patrons sur leurs employés… C’est un pouvoir sur les autres.

Le pouvoir personnel est le pouvoir qu’a chaque personne sur elle-même. C’est notre pouvoir personnel qui nous permet d’agir et de réagir, en fonction des options à notre disposition.

Ainsi, on a tous un pouvoir personnel, même si certains ne l’utilisent pas, et certains ont un pouvoir positionnel.

Ensuite, bien sûr, il existe différentes manières d’exercer son pouvoir, différentes formes que peut prendre le pouvoir :

  • le pouvoir coercitif
  • le pouvoir de persuasion
  • le pouvoir coopératif

Le pouvoir coercitif : c’est quand on a le pouvoir d’obliger quelqu’un à faire quelque chose, par notre position, ou notre taille physique ! Ca peut être sain (comme lorsqu’un adulte rattrape l’enfant qui allait traverser la rue), ou être néfaste (quand on frappe par exemple). Dans tous les cas, il cause de la peur et du ressentiment.

Le pouvoir de persuasion : cette fois, on obtient ce qu’on veut, mais par des méthodes plus douces (flatterie, récompenses, coudoiement…) . Là encore, ce pouvoir peut être employé de manière saine (quand on persuade un malade de prendre ses médicaments par exemple), mais il peut être destructif, car il peut avoir pour effet de détruire l’estime de soi de celui qui a été manipulé.

Le pouvoir coopératif : Le pouvoir coopératif est un pouvoir partagé. Les besoins de chaque personne sont considérés. C’est évidemment celui dont on cherche à développer l’usage dans la fratrie !

Il est important de noter que
1- personne n’a un contrôle absolu. Eh oui, les enfants vont faire face à des situations qu’ils ne peuvent pas contrôler, et ce n’est pas toujours évident à accepter…
2- On a toujours le choix. En effet, on n’a pas toujours le contrôle sur la situation, mais on on contrôle la manière dont on y répond. Là réside notre pouvoir personnel.
3- Les solutions rapides risquent de se retourner contre nous. C’est également ce point qui nous aidera à diriger les enfants vers le pouvoir coopératif : parce qu’ils vont se rendre compte que l’usage d’un pouvoir coercitif, par exemple, risque de se retourner contre eux… (Si mon fils arrache le jouet de son frère, son frère hurle, et je vais intervenir pour rendre le jouet à celui qui l’avait…)

Le rôle des parents 

Nous ne reviendrons jamais assez dessus: les enfants apprennent énormément en nous observant ! Il s’agit donc de modeler notre attitude sur celle que nous voudrions qu’ils adaptent : montrons-leur comment nous négocions avec notre conjoint, n’utilisons pas le pouvoir coercitif face à eux (Bien sûr, ça peut marcher à court terme, mais c’est aussi ce qu’ils apprendront à utiliser dès qu’ils seront eux-même en position de le faire… On est ici au coeur de la parentalité positive : que voulons-nous enseigner à nos enfants ?) !

Soyons clair sur qui a du pouvoir positionnel sur les enfants (l’ainé en a-t-il sur le plus jeune par exemple ? Ca dépend des familles, peut-être des moments. Quelle que soit la situation, il est bon que ce soit clair pour tous…), sur les règles qui sont négociables et celles qui ne le sont pas. (Chez nous, le port de la ceinture dans la voiture n’est pas négociable par exemple). Beaucoup de règles négociables peuvent être discutées, mettant en jeu un pouvoir coopératif !

Enfin, on peut aider les enfants à s’y retrouver dans tous ces types de pouvoir et leur utilisation en les exerçant à les observer. Ca peut être dans une situation réelle, observée, ou dans des histoires… Il est clair que le Renard de La Fontaine, flattant le Corbeau pour parvenir à ses fins fait appel au pouvoir de persuasion… On peut même les encourager à broder : « Qu’aurait-il pu essayer d’autre pour obtenir ce qu’il voulait ? »

Cette faculté d’analyse de la situation les aidera, lorsqu’ils feront face à une situation problématique, à savoir si le problème n’est que le problème, auquel cas ils feront appel aux étapes de résolution de problèmes présentées ci-dessous, ou si le problème est le pouvoir, auquel cas ils auront besoin de compétences spécifiques pour faire face aux pouvoirs destructeurs, qu’on va voir plus loin.

(Je vous avais bien dit que c’était un chapitre riche !!)

Les étapes pour résoudre un problème :

Deux remarques préalables :
Les étapes suggérées ici ressemblent de très près à celles du parentage STAR. La seule différence est la première étape (Stop et mise au point) divisée ici en 2 points : Se calmer et Identifier le problème.

Ces étapes ressemblent également à celles proposées par Faber et Mazlish , avec pour différence que ces dernières insistent sur l’expression des points de vue. Il faut dire que c’est une situation un peu différente : Faber et Mazlish s’intéresse à la résolution d’un problème entre parents et enfants, il est donc nécessaire que chaque point de vue soit clair. Elizabeth Crary s’applique, elle, à décrire les étapes que peut suivre un enfant seul pour essayer de résoudre un problème face à son frère ou sa soeur qui l’embête…

1. Se calmer
Avant de pouvoir se mettre à réfléchir à des solutions, il faut être en mesure de ne pas se laisser emporter par sa colère…

2. Identifier le problème
Une fois que l’enfant est calme, il peut essayer d’observer la situation pour comprendre ce qui ne fonctionne pas. Par exemple : « Je voudrais voir mon film et elle veut jouer avec moi… »

3. Trouver des idées
C’est le moment de trouver plusieurs idées (exactement comme quand c’est le parent qui réfléchit) : « Je peux.. aller demander de l’aide à maman; jouer avec elle devant le film; lui prêter mon nouveau livre en attendant que le film se finisse, lui proposer de voir le film avec moi… »

4. Agir concrètement
L’enfant peut alors choisir ce qu’il va essayer de faire. Ca demande de juger les idées. Par exemple « Je ne veux pas lui prêter mon nouveau livre, elle risque de l’abîmer. » Puis de choisir laquelle on va suivre. « Je vais lui proposer de voir le film avec moi. »

5. Revoir et corriger
L’enfant évalue le résultat. Si ça ne marche pas, il passe à l’idée suivante, jusqu’à ce il trouve la bonne. Et il peut ensuite se sentir fier de lui, parce qu’il a réussi à résoudre la situation !

Les étapes pour aider les enfants à négocier

Cette fois, la résolution du problème se déroule entre 2 enfants. Au début, il conviendra probablement que les parents soient facilitateurs, le temps que les enfants intègrent eux-mêmes ces étapes, et soient en mesure de les mettre en application. Il s’agit uniquement de les accompagner, leur donner le cadre. Au fur et à mesure, ils deviendront de plus en plus autonomes dans cette démarche.

1. Proposer aux enfants de tenter de résoudre ensemble le problème.
« Asseyons-nous et voyons si vous pouvez trouver une solution ensemble. »

2. Aider les enfants à recadrer le problème en restant neutre
« Toi, tu voudrais… et toi, tu voudrais… Comment pouvez-vous vous organiser de manière que chacun d’entre vous soit heureux ? »

3. Encourager la quantité d’idées
Comme dans le cas précédent, avant d’arriver à une bonne solution, il ne faut pas hésiter à être créatif. A ce stade, ça peut être des idées farfelues, peu importe, c’est le nombre qui aidera à trouver une idée qui marchera. Piège : essayer de résister à la tentation de suggérer des idées. Je sais, c’est dur… Le problème, c’est que les enfants risquent de penser que leurs idées sont moins productives que les nôtres et perdre l’envie de participer. Alors que justement, on veut leur enseigner à adopter cette démarche sans nous !

4. Aider au processus de choix, et vérifier que la décision soit satisfaisante pour les 2 enfants.
« A ton avis, quelle idée conviendrait le mieux à la fois pour toi et pour ton frère ? », puis à l’autre enfant « Est-ce que l’idée de ton frère te convient ? » Si la réponse est négative, on continue jusqu’à trouver un accord.

5. Revoir la décision avec les enfants
« Est-ce que l’idée que vous avez essayée a marché ? Est-ce que vous avez le sentiment que c’était juste pour chacun de vous ? »

Et voilà, encore une fois, en tapant ça, je réalise que, comme dans le cas de la résolution de problème entre frères et soeurs proposée par Faber et Mazlish, je rate systématiquement la dernière étape !! J’ai du mal à penser à revenir dessus une fois qu’on est passé à autre chose, il faudrait vraiment que ce soit un effort conscient !

Comme quoi, on a beau se le dire, on met bien du temps à progresser… Une nouvelle occasion de s’en rendre compte, de se féliciter de ce qu’on fait déjà et ne pas se sentir coupable. Nous sommes sur un chemin, et on avance, peu à peu. C’est ce qui compte.

Dans quelques mois peut-être, je relirai cet article, et je me rendrai compte que cette étape est à présent intégrée à ma manière de faire…

Les étapes pour faire face au pouvoir destructeur

Faire face au pouvoir destructeur est très difficile, et les enfants auront besoin d’aide.

1. Se recentrer
D’abord, il s’agit de garder la maîtrise de soi, ce qui est déjà un défi. L’auteure liste ici des idées diverses : « respirer profondément, compter jusqu’à 10, regarder par la fenêtre, imaginer l’autre personne couverte de boue… ».

2. Clarifier la situation
Simplement remettre les faits à plats, aider l’autre à se concentrer sur la situation en posant des questions.

3. Définir ses souhaits
On exprime ici ce qu’on l’on voudrait qu’il se passe, afin que ce soit clair pour tous. (Note perso : ces étapes me font rudement penser à la CNV – Communication Non Violente – . Et c’est bien ce dont il s’agit, n’est-ce pas ? Finalement, quelqu’un qui cherche à utiliser un pouvoir néfaste est en plein dans la communication violente !)

4. Requérir une action
Il s’agit ici de préciser ce qu’on attendrait de l’autre, en étant spécifique (on est encore dans la lignée de la CNV). J’ai bien écrit « attendrait », au conditionnel : c’est une demande, pas un ordre, sinon l’on n’obtiendra rien.

5. Revoir ses choix
A ce stade, 3 possibilités : Négocier, Bouger, Chercher de l’aide.
La négociation est évidemment signe de réussite : on a pu faire face au pouvoir néfaste de l’autre, on lui a permis de voir notre point de vue sur la situation, et à le faire entrer à notre table de négociation, celle où l’on va utiliser le pouvoir coopératif !
Bouger est un abandon : ça ne fonctionne pas, je m’éloigne de la personne. (Pas un échec cependant : on a quand même fait face !)
Demander de l’aide, enfin, est également pour l’enfant une manière d’utiliser son pouvoir personnel face au pouvoir néfaste auquel il fait face. Dans le cas d’un harcèlement par exemple. un enfant ne peut pas y faire face seul, et il faut qu’il sache identifier les situations dans lesquelles il devra demander de l’aide.

Dans le concret, qu’est-ce que ça pourrait donner ?
Prenons le cas où Camille  détruit la tour de Léo. Comment peut-il réagir face au pouvoir néfaste de sa soeur ?
1. Se recentrer : Léo peut respirer profondément et penser « Je peux décider de la manière dont je vais répondre. »
2. Clarifier la situation : « Tu as fait exprès de détruire ma tour. »
3. Définir ses souhaits : « J’aimerais que tu gères tes problèmes toi-même plutôt que de m’en faire subir les frais. »
4. Requérir une action : « Est-ce que tu veux bien m’aider à reconstruire ma tour ? » (Camille : « non ! »)
5. Revoir ses choix : essayer de bouger : « OK, je vais aller la construire dans ma chambre. »

Pas mal, hein ? Si on arrive à enseigner ces compétences à nos enfants, on aura bien avancé !!
Pour être honnête, je m’en sens assez loin…

Il est quand même précisé qu’évidemment, toutes ces compétences demandent du temps pour être développées. Pour référence, Elizabeth Crary estime qu’un enfant développe en général entre 3 et 6 ans ses capacités de résolution de problèmes. Il ne commence qu’après à être capable de faire face au pouvoir destructeur…

Utiliser le parentage STAR
(Pour savoir ce qu’est le parentage STAR, voir cet article)

Comme pour les premières compétences (l’appartenanceles limites, et les émotions), l’auteur applique la méthode STAR à des exemples, en gardant bien en tête la compétence à développer, et l’étape de développement de l’enfant.

Je vais encore une fois développer ici un des exemples (qui correspond à celui illustré du point de vue de l’enfant dans la partie « Les étapes pour résoudre un problème » ci-dessus.)
Yoann, 9 ans, regarde un film, tranquillement. Erica, 4 ans, s’approche de lui et lui chatouille les pieds. Il lui demande d’arrêter, elle continue ; il cache ses pieds, elle cherche à le pousser, tombe et se cogne…

S : Stop et mise au point
Yoann et Erica se disputent souvent autour de la télévision. Ils ont besoin d’apprendre à régler ensemble leurs conflits. Il va falloir leur enseigner à négocier.

T : Trouver des idées
Eviter les problèmes : je peux inviter un ami d’Erica pour qu’elle joue avec lui.
Enseigner de nouvelles compétences : Je vais introduire le processus de résolution des problèmes avec un livre sur le sujet, et en discuter avec eux.
Donner le choix entre 2 options : « Si tu veux quelque chose, tu peux négocier, ou attendre. »
Remarquer les améliorations : « Yoann, tu as réfléchi à une façon de réagir quand Erica t’a poussé les pieds, j’ai remarqué ça. »  –  « Erica, tu as demandé à Yoann si tu pouvais t’asseoir à côté de lui, c’était une bonne idée. »
Reconnaître les émotions : « C’est frustrant quand quelqu’un t’embête quand tu veux te concentrer. »   –  « Erica, tu te sens ignorée. Tu aimerais que Yoann joue avec toi. »

A : Agir concrètement
Erica a 4 ans. Elle est assez grande pour commencer à utiliser la négociation. Je vais les aider à utiliser le processus de résolution de problème pour trouver une solution.

R : Revoir et corriger
Pendant une semaine, je vais observer les progrès.

Avant de terminer ce résumé, j’ajouterai une note de l’auteur, qui me semble importante :

Parfois, les parents ont un fort besoin de contrôle. Quand ce contrôle est trop développé, les enfants peuvent croire qu’ils n’ont pas de pouvoir personnel.
Il faut donc bien faire en sorte de leur en laisser.

D’autre part, pour les aider à se respecter, insistons sur l’utilisation respectueuse du pouvoir, avec des règles positives. Ne sommes-nous pas bien au coeur de l’éducation positive ??

Retour à l’article du livre.

Nous abordons ici la 3è compétence clef présentée comme fondamentale par Elizabeth Crary dans Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille.

(Tout comme dans le résumé du chapitre précédent, je conseille aux lecteurs de commencer par lire l’article du livre, en lien ci-dessus, avant de s’attaquer à cet article-ci.)

Compétence relationnelle n 3 : Gérer les émotions

Ceux qui fréquentent déjà ce site savent que les émotions sont un sujet récurrent et fondamental. Fondamental au sens même de fondation, dans la relation que l’on cherche à mettre en place quand on chemine vers la parentalité positive. Je vais donc essayer de faire passer ici les idées comme elles sont dans le livre, tout en renvoyant à ce qu’on a déjà vu…

Voici donc ce qu’Elizabeth Crary dit sur « Ce que les enfants ont besoin de savoir sur les émotions » :

  • Un vocabulaire émotionnel

Dans le premier chapitre de Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, l’un des conseils donné pour valider les sentiments était de donner un mot au sentiment.
Plus le temps passe, et plus je me rends compte du pouvoir des mots.
Et savoir nommer ses émotions nécessite d’abord d’avoir du vocabulaire.
Il est difficile d’exprimer la différence entre du bleu roi et du bleu marine si personne ne nous a enseigné ce vocabulaire. Il en va de même pour les émotions.
Je me rends compte que c’est une de mes failles.
Certes, j’écoute l’émotion de mes enfants, mais je ne leur offre pas un vocabulaire varié en la matière. Anatole me dira “Mamaaaaaan, Léon m’a pris ma voiture et ça m’a rendu triste !”
“Triste” est devenu un mot un peu passe partout, pour dire qu’il ne se sent pas bien.
Pourtant, comme l’écrit ici Elizabeth Crary,  il y a bien des nuances dans les sentiments : on est embêté, énervé, ou furieux; on est hésitant, effrayé, ou pétrifié…
Essayons de leur donner la palette des couleurs, pour les aider à identifier ce qu’ils ressentent.
Peut-être faut-il pour ça commencer par savoir décrire ce que l’on ressent soi-même ?

  • Les émotions ne sont ni bonnes ni mauvaises

On l’a déjà vu : “L’ émotion est valable par le simple fait qu’elle existe » dit le Dr Haim Ginott.
Cette idée d’accepter l’émotion pour ce qu’elle est, sans la juger, me fait profondément penser aux principes de pleine conscience…
Pour Elizabeth Crary, l’émotion est une information. Par exemple, la peur peut nous renseigner sur le fait que nous devons être sur nos gardes…
Quand nous nions les sentiments « nous enseignons à l’enfant à ne pas avoir confiance en ce qu’il éprouve ». Je me souviens encore de la façon dont j’avais été marquée par le chapitre sur l’enfant qui se fait confiance, dans Parents épanouis, enfants épanouis.

  • Les sentiments changent

Les enfants vivent dans le présent. Ils n’ont pas encore bien conscience que ce qu’ils ressentent passera. Plus cette conscience progressera, plus il sera facile de faire face à leurs émotions.

  • Sentiment et action sont différents et à séparer

Comme on l’avait écrit dans le résumé du chapitre 2 de Parents épanouis, enfants épanouis, « tous les sentiments sont autorisés, les actions sont limitées. » Et c’est ce que les enfants vont devoir apprendre. Une émotion n’entraîne pas obligatoirement telle ou telle action. Plus l’enfant a d’options, mieux il saura faire face.

  • Il existe de nombreuses façons d’exprimer ses sentiments

Certaines sont utiles, d’autres font mal. La technique la plus fondamentale est probablement de savoir rétablir le calme en soi. Pour cela, on peut trouver plusieurs idées : des façons de bouger, de faire du bruit, de penser, de se réconforter, de créer (vous vous souvenez de l’idée du dessin ?), de faire de l’humour… Certaines idées viendront spontanément à l’enfant, d’autres devront lui être suggérées, ou montrées.

Elizabeth Crary a d’ailleurs écrit une série de petits livres à destination des enfants, remplis de différentes façons de réagir face à un sentiment. Léon et moi avons commencé à lire « I feel frustrated », et c’est très bien fait. Ca n’existe malheureusement pas en français, mais c’est un bon moyen de proposer différentes réactions aux enfants. Je ferai un article dessus prochainement.

Le rôle des parents

Comme on peut s’y attendre, le rôle des parents suit les points précédents sur ce que les enfants doivent savoir sur les émotions.

  • utiliser un vocabulaire émotionnel, tant pour partager ce que nous ressentons que pour refléter ce qu’ils semblent ressentir.
  • faire la différence entre sentiment et comportement
  • clarifier les limites
  • enseigner des compétences pour gérer les émotions

Utiliser le parentage STAR

(Pour savoir ce qu’est le parentage STAR, voir cet article)
Comme pour les premières compétences (l’appartenance et les limites), l’auteur applique la méthode STAR à des exemples, en gardant bien en tête la compétence à développer, et l’étape de développement de l’enfant.

Je vais développer ici, pour plus de clarté, un des exemples :
Jean-Marc part à un camp scout avec son père. Son petit frère, Antoine, a très envie d’y aller aussi. Il insiste, sans succès. Tandis que Jean-Marc prend ses chaussures, Antoine subtilise la lampe de poche. Jean-Marc, ne la trouvant, va voir sa mère et accuse Antoine de l’avoir prise.

S : Stop et mise au point
Antoine est visiblement déçu, mais les choses s’améliorent : il n’a ni frappé, ni cassé quoi que ce soit. il s’agit donc de travailler sur la déception.

T : Trouver des idées
Refléter les sentiments : « Tu es déçu de que ton frère parte camper et pas toi. »
Clarifier les règles : « Je comprends que tu sois déçu, mais tu peux trouver une autre manière d’exprimer tes sentiments »
Donner le choix entre 2 options : « Quand tu te sens déçu, au lieu de cacher les affaires des autres, tu peux faire une activité que tu aimes, ou bien parler à quelqu’un de ce que tu ressens. »
Remarquer les améliorations : « Antoine, j’ai remarqué que tu étais énervé, mais tu t’es souvenu de ne pas frapper. Tu gagnes en maîtrise de soi ! » Note : Pour être efficace, mieux vaut éviter de commenter le mauvais comportement au même moment.
Eviter que le problème ne se pose : Je pourrais organiser des activités sympas pour Antoine, pour qu’il ne se sente pas aussi déçu.
Montrer l’exemple, mettre des mots sur ses propres émotions : « je suis triste que ton papa et Jean-Marc partent camper. Ils vont me manquer. Mais je vais écouter beaucoup de jazz ce week-end parce qu’on ton papa n’aime pas du tout ça, et moi j’adore ! »
Enseigner à Antoine à penser positivement : « Tu peux te sentir déçu de ne pas aller camper, ou content que nous puissions passer du temps ensemble toi et moi»
Rappeler à Antoine qu’il est responsable de ses sentiments : « Tu peux choisir de rester déçu ou de te sentir heureux. Les sentiments changent naturellement si tu les laisses évoluer. C’est ton choix. »

Encore une fois, à la lecture de toutes ces idées, on voit qu’on navigue partiellement en terrain connu, avec la validation des sentiments, le choix, les règles… Mais j’aime voir tous ces exemples, parce que ça donne une perspective bien concrète de ce à quoi on peut arriver quand on prend le temps d’y réfléchir. Comme quoi, encore une fois, c’est bien ça le secret : prendre le temps d’y réfléchir !

A : Agir concrètement
Je vais reconnaitre les sentiments d’Antoine et partager ce que je fais dans une situation semblable. Je lui rappellerai qu’il es responsable de ses sentiments.

R : Revoir et corriger
Le jour suivant, je verrai comment aura évolué la situation. Si Antoine se sent toujours déçu, je clarifierai ses options et lui proposerai de l’aide : « Je vois que tu veux toujours être en colère. Si tu veux changer de sentiment, tu peux me demander des idées. »

Là encore, le chapitre présente 2 autres exemples, qui sont tout aussi intéressants.

Dans tous les cas, il est important de se rappeler l’étape de développement de l’enfant, de lui laisser la responsabilité de ses sentiments, et de modeler. Encore une fois, modeler ne signifie pas qu’on ne s’énerve jamais, mais on prend la responsabilité de ses émotions.
Il y a ainsi une différence forte entre « Vous me mettez en colère. Je ne peux pas réfléchir quand vous faites autant de bruit. » et « Je me sens en colère quand j’ai besoin de silence et que mes enfants sont en train de se chamailler. »… Vous la voyez ?

Mais le livre ne se termine pas là : s’il est important de voir gérer les émotions générées par certaines situations, il faut également faire face aux situations elles-mêmes !
Et pour cela, le dernier chapitre : compétence 4 – résoudre les problèmes.

Retour à l’article du livre.

Nous abordons ici la 2è compétence clef présentée comme fondamentale par Elizabeth Crary dans Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille.
(Je conseille aux lecteurs – dont mon mari – de commencer par lire l’article du livre, en lien ci-dessus, avant de s’attaquer à cet article ci.)

Compétence relationnelle n 2 : Explorer limites et frontières

L’apprentissage des limites n’est pas facile, parce qu’elles sont nombreuses et qu’elles changent…
Nous parlons des limites corporelles, des objets, des frontières, des pensées, du temps…

Pour les objets en particulier, qui sont souvent sources de conflits entre frères et soeurs, il s’agit de faire la différence entre ce qui est à moi, ce qui n’est pas à moi, ce qui est en partie à moi… Les possessions qui sont partagées avec certains et pas avec d’autres… C’est pas clair tout ça…

Ce chapitre est vraiment intéressant, parce qu’on s’aperçoit vite que le concept de limites est omniprésent, pas toujours bien explicité.

Alors, quelles sont les compétences à utiliser pour maintenir ses limites ?

  • Clarifier la limite : « Ne me frappe pas, ça fait mal. » ou « Je n’ai pas fini de jouer avec… »
  • Se déplacer ou déplacer ses affaires
  • Essayer de résoudre le problème, quand la limite a été clarifiée et n’est toujours pas respectée. Ex : « Je t’ai demandé d’arrêter de me taper et tu continues, qu’est-ce que tu veux ? »
  • Obtenir de l’aide. Une fois les étapes précédentes franchies, il est possible que l’enfant soit toujours désemparé. Ce sera alors le moment pour lui d’obtenir de l’aide, en général d’un des parents, en expliquant le problème, comment il a clarifié sa limite, comment il a essayé de résoudre le problème, et le fait que celui-ci persiste.

Le rôle des parents

Comme d’habitude, les parents sont un modèle de référence, il est donc important de montrer que nous respectons les limites de chacun.

  • En premier lieu, on peut parler de limite physique : ne pas faire un câlin ou un bisou à un enfant qui n’en veut pas ! Pourquoi ne pas suggérer à la personne qui veut le lui faire contre son gré de lui envoyer un bisou volant ?
  • Donner l’exemple de limites clairement posées : « Ce sont mes lunettes. », en les posant à un endroit inaccessible
  • Créer et renforcer les règles familiales sur les limites : « On s’arrête quand quelqu’un dit STOP. », « On n’entre pas dans la chambre de quelqu’un sans toquer. » Chez nous, ceci se traduit par « On respecte l’espace de l’autre. » (Parce que Léon a parfois tendance à se mettre à 2 centimètres du visage de son frère, qui, quand il en a assez réagit par une simple baffe !)
  • Clarifier ce qui appartient à l’enfant et ce qui est à toute la famille. Ne pas donner des affaires d’un aîné à un plus jeune sans son aval !

Utiliser le parentage STAR

(Vous pouvez lire cet article pour savoir ce qu’est le patentage STAR)

Comme pour la première compétence (l’appartenance), l’auteur applique la méthode STAR à des exemples, en gardant bien en tête la compétence à développer, et l’étape de développement de l’enfant.

Je vais développer ici, pour plus de clarté, le 1er exemple :  Rosa, 3 ans, pose son jouet. Sa petite soeur, 2 ans, s’en empare. La grande hurle.

S : Stop et mise au point
Ces filles sont encore petites. La notion de limite est encore en apprentissage. L’objectif en terme d’éducation est de s’assurer que la petite comprenne qu’il faut demander la permission avant de prendre un objet qui n’est pas elle; et que la grande prête au moins de temps en temps ses affaires.

T : Trouver des idées
Eviter le conflit : donner un autre jouet similaire à la petite
Réduire la tension : m’occuper de moi pour être plus patiente et détendue tant que les compétences ne sont pas acquises
Avancer doucement : dans un premier temps, on veut que la petite demande. L’aider à attendre viendra ensuite.
Remarquer les comportements positifs : « J’ai vu que tu avais demandé à Rosa… »; « Rosa, je crois que ta soeur est contente que tu lui aies prêté ton jouet. »
Reconnaître les sentiments : « C’est frustrant de ne pas pouvoir jouer avec la poupée de Rosa ! »
Rappeler la règle : « On demande la permission avant de prendre le jouet de quelqu’un d’autre. »
Donner un choix : « Cette poupée est à Rosa. Tu peux soit attendre qu’elle ait fini de jouer avec, soit venir jouer avec moi. »
Enseigner à échanger : « Rosa, quand ta soeur attrape ta poupée, tu peux essayer de trouver autre chose qui lui plairait en échange. »
Lui donner l’exemple : « Rosa, ceci est mon stylo. Je vais aller t’en chercher un autre. »

Encore une fois, à la lecture de toutes ces idées, on voit qu’on navigue partiellement en terrain connu, avec la validation des sentiments, le choix, les règles… Mais j’aime voir tous ces exemples, parce que ça donne une perspective bien concrète de ce à quoi on peut arriver quand on prend le temps d’y réfléchir. Comme quoi, encore une fois, c’est bien ça le secret : prendre le temps d’y réfléchir !

A : Agir concrètement
Pendant un certain temps, je vais m’assurer de faire de cet enseignement une priorité. Il s’agira donc de rappeler régulièrement la règle qui veut qu’on demande la permission avant de prendre quelque chose, et de remarquer les moments où l’une d’elles le fera.

R : Revoir et corriger
Attention dans ce cas-là : l’apprentissage des limites prend du temps. Si les résultats ne sont pas probants au bout d’une semaine, varier les méthodes, mais continuer. En plus des actions précédentes, chercher les opportunités de donner l’exemple, de proposer des choix.

– Je rajoute cette phrase des mois plus tard pour confirmer que l’apprentissage des limites prend du temps, mais qu’il vaut la peine d’insister. Je peux maintenant vous confirmer que nous commençons à voir de vrais résultats : compétences en négociation !

Ce chapitre présente encore 2 autres exemples, dans lesquels la méthode est similaire.
On tourne autour des règles familiales, des sentiments, et du fait de remarquer les améliorations.

Je note une remarque supplémentaire (dans le cas d’une petite fille qui casse la construction de son frère) :
Etablir les conséquences : « Si on abîme quelque chose, on répare du mieux que l’on peut. »

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Comme expliqué précédemment, Elizabeth Crary, auteure de Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille, considère que pour éviter les disputes dans la fratrie, il s’agit surtout de développer 4 compétences relationnelles fondamentales. On pourrait même dire que ces disputes représentent une opportunité de les développer ! Comment ? C’est ce que nous allons voir.

Compétence relationnelle n 1 : Développer le sentiment d’appartenance

Les enfants ont un besoin vital de se sentir appartenir, d’appartenir au groupe.
(Rq: cela fait d’ailleurs écho aux nécessités de base dont nous avons pu parler…)
Pour les plus jeunes, cela passe par le regard du parent, qui valide le fait d’appartenir à la cellule familiale. S’il est nécessaire pour obtenir le regard du parent de désobéir aux règles, alors c’est ce qu’ils feront !
Plus tard, si ce sentiment n’est pas assouvi, il peut être la raison pour l’enfant de rejoindre une bande…
Il est donc naturel de chercher de l’attention, à nous de leur enseigner que nous ne sommes pas les seuls à pouvoir répondre à ce besoin : frères et soeurs, amis, peuvent aussi être des sources d’attention.

Le rôle des parents

Bien sûr, c’est fatigant, parce que le besoin d’attention de l’enfant est parfois inextinguible. Mais cela vaut la peine d’essayer d’y répondre. Sinon, l’enfant risque fort de préférer l’attention négative que pas d’attention du tout, ce qui, réfléchissons-y, sera encore plus fatigant pour nous !
Les tout petits ne peuvent comprendre que nous ne répondions pas de suite à leur besoin, pour les plus grands, la réponse peut être différée.

Il existe maintes manières de donner son attention. A nous de choisir de le faire de la façon qui nous convient, que ce soit simplement par un geste tendre, ou par une activité partagée, avant que l’enfant nous y oblige en tirant les cheveux de sa soeur…

Utiliser le parentage STAR

(Je rappelle que le parentage STAR est une méthode en 4 étapes développée par l’auteur de ce livre, Elizabeth Crary. Je l’ai découverte à la lecture de ce livre, et ai écrit un article spécifique à ce sujet.)

Dans cette partie, l’auteure brode à partir d’exemples pour appliquer la méthode STAR, tout en gardant en tête les compétences à développer, et le stade de développement de l’enfant.
Impossible de bien expliquer cela sans entrer dans les exemples eux-mêmes.

Premier exemple :
Le garçon qui enfonce son doigt dans le ventre de son petit frère bébé, jusqu’à le faire pleurer

S : Stop et mise au point
Ce garçon est dans une situation typique de manque d’attention, puisque ses parents sont tres pris par le bébé.

T : Trouver des idées
Eviter le conflit : ne pas laisser les enfants seuls ensemble
Remarquer et valoriser les comportements positifs : “J’ai remarqué que tu avais caressé le bras de ton frère, as-tu vu son sourire ?”
Décider de la manière dont je veux que l’enfant demande : “Si tu as besoin de moi, dis “câlin” et j’arrêterai ce que je fais pour t’en faire un.”
Proposer un choix : “Quand tu veux de l’attention, tu peux venir sur mes genoux, ou me montrer quelque chose”
Réduire les conflits en donnant de l’attention chaque jour : pendant la sieste du bébé par exemple.
Reconnaître sa frustration, son sentiment : “C’est frustrant de devoir me partager.” “Parfois, tu te sens mis de côté…”
Clarifier les limites : “Touche délicatement. Tu as le droit de vouloir être avec moi, ce n’est pas une raison pour embêter ton frère.”
Enoncer une conséquence : “Touche délicatement. Si tu fais pleurer ton frère, je le prendrai dans mes bras et quitterai la pièce.”

Ce qui m’a marquée dans cette étape, et qui m’a donné l’envie de la recopier ainsi, c’est le nombre d’idées et de pistes. Pour vraiment améliorer l’ambiance de la famille, il faut non seulement avoir développé des compétences et des habilités qui nous permettent d’avoir les bonnes idées, mais également se donner le temps de chercher les solutions, comme on l’avait déjà commenté.

Quelques notes personnelles à la lecture de cette liste d’idées
On retrouve ici certaines des habiletés apprises dans nos lectures précédentes (c’est rassurant, on ne part pas complètement de zéro !), en particulier : la validation des sentiments bien sûr (voir premier chapitre de Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent), le choix (voir chapitre 3, ou les choix, les choix, les choix), les limites sous la forme positive (voir des règles plutôt que des limites).

A : Agir concrètement
Il faut à présent mettre toutes ces idées en pratique. Pendant une période au moins, s’efforcer à vraiment lâcher ce qu’on fait pour répondre quand on entend “câlin”, valider le sentiment, donner de l’attention. On n’essaye pas encore d’entrer dans la méthode de la conséquence, on se donne d’abord la possibilité de supprimer la cause du problème.
Pendant cette période, il faudra être attentif à ce qui se passe, noter les changements, et bien sûr, faire en sorte de ne pas remettre les enfants en situation de conflit.

R : Revoir et corriger
Au bout d’environ une semaine, faire le point. Voir si ces changements d’attitude ont eu l’effet attendu. Si le problème perdure, cela ne veut pas dire qu’il faudra abandonner, mais ce sera le moment de mettre la conséquence en place.

J’aime le fait que l’auteur inclue cette dernière étape dans sa méthode, cela me fait penser à ce qu’on avait noté à propos de la démarche de résolution de problème, pour laquelle Faber et Mazlish avaient bien ajouté cette étape dans leur livre Parler aux ados pour qu’ils écoutent, les écouter pour qu’ils parlent, dans lequel figure un chapitre qui s’y consacre.

Deuxième exemple :
Le garçon qui dérange sa grande soeur en train de dessiner de façon répétitive.

S : Stop et mise au point
Je note que ce comportement n’est là que depuis que la grande soeur va à l’école : elle a envie d’un moment tranquille quand elle rentre, et son frère au contraire, l’a tellement attendue qu’il veut jouer avec elle de suite.

T : Trouver des idées
Reconnaitre les sentiments
Jouer avec le petit frère à l’heure de retour de l’école
Lui proposer d’inviter un ami ou d’appeler sa grand-mère
Rappeler la règle : Chacun respecte les besoins des autres.
Donner l’exemple (“Ma fille, j’aimerais bien passer un moment avec toi, tu voudrais jouer aux billes avec moi ?”)
Rappeler qu’il faut respecter la réponse
Peut-être leur demander si un système type 15 minutes seuls, puis 15 minutes ensemble leur conviendrait.

Note : La seule idée que je décide ici de ne pas recopier, c’est celle qui consiste à récompenser le garçon quand il n’embête pas sa soeur. J’ai lu maintenant pas mal de choses contre les méthodes de récompenses. Je sauterai donc systématiquement ce qui s’y rapportera dans ce livre.

On peut également soulever le cas du renforcement positif : ne pas oublier de saisir les opportunités de noter le comportement respectueux du garçon lorsqu’il apparait : “J’ai vu que tu avais très envie de jouer avec ta grande soeur, et que tu l’avais quand même laissée faire son dessin sans la déranger. Ca n’a pas dû être facile, cela requiert de la volonté !”  Sur ce thème, je commence à me poser de plus en plus de questions. Pour être honnête, c’est une méthode que l’utilise encore, mais je m’interroge.  Je pense que c’est en fait très subtil, et j’attends d’en apprendre plus pour en parler mieux.

Et bien sûr, ne pas oublier les dernières étapes :
A : Agir concrètement
R : Revoir et corriger

Retour à l’article du livre

Je suis persuadée que le titre du livre vous attire déjà ! Car qui n’a jamais dit « arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille » ? Et vous avez confiance de faire confiance à ce livre pour aider à ce que les choses changent.

Premier de la collection parents + présentée par Isabelle Filliozat, il est super carré, parfait pour un ingénieur comme moi.

(Note : cliquer ici pour voir les autres livres de ma bibliothèque)

L’auteure expose son idée, puis la déroule directement avec des exemples précis, et des analyses de cas concrets.
Elizabeth Crary, l’auteure donc, veut s’éloigner de l’idée que la plupart des disputes dans les familles sont liées à des questions de rivalité et de jalousie.

C’est un chemin un peu inverse à celui de Faber et Mazlish dans Frères et soeurs sans rivalité, qui exposait justement tous nos comportements de parents qui encourageaient les jalousies, et fomentaient ainsi des conflits.
De fait, ces 2 livres se complètent bien.

Elizabeth Crary part de l’hypothèse que bien des conflits dans la fratrie sont simplement liés  aux étapes de développement de chaque enfant.

Le rôle des parents est donc de développer les compétences relationnelles de leurs enfants.
Selon l’auteure, 4 compétences clefs peuvent être mises en avant :

  • Se sentir appartenir
  • Etablir des limites personnelles
  • Gérer leurs émotions
  • Résoudre les problèmes

Chaque enfant, selon son âge et son étape de croissance va devoir développer plus particulièrement l’une ou l’autre de ces compétences.
Un conflit est souvent l’occasion de développer des compétences différentes pour chaque enfant.

Ainsi, pour aider au développement de ces compétences, il faut encore avoir en tête :

1- le paramètre de l’étape de croissance que traverse chaque enfant 

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2- la méthode d’approche du problème en tant que parent : le parentage STAR

Là encore, une méthode carrée et claire pour aborder tout problème qui se présente. Elizabeth Crary est en fait d’abord connue aux US pour avoir inventé le principe du parentage STAR. Elle a écrit des livres expliquant cette méthode, sur lesquels je vais probablement me pencher.

Je découvre donc que ce livre n’est pas du tout son plus célèbre.
Cependant, elle y applique sa méthode dans le contexte précis de la fratrie, qui m’intéresse évidemment, et y ajoute les compétences clefs listées ci-dessus.

Ce livre présente donc des exemples d’application du parentage STAR pour aider au développement de chacune des 4 compétences relationnelles clefs présentées plus haut.

Et voilà qu’on arrive au « dur ».

Ca a mis un peu de temps ? Oui, mais avant d’en arriver là, il fallait bien comprendre les dynamiques de cette relation frère/soeur. Et c’est seulement maintenant qu’on a mieux compris les points précédents qu’on est armé pour bien réagir en cas de dispute…

Disputes qui, d’ailleurs, devraient être moins fréquentes rien que par le fait que nos autres changements ont encouragé une relation plus harmonieuse.

Ainsi, si la relation entre les enfants est bonne, ils se disputent moins, et savent mieux gérer leurs conflits.

En général, on essayera donc de ne pas intervenir dans les conflits, et de les laisser développer leurs propres méthodes de résolution.
Il y aura évidemment toujours des cas où notre intervention s’avèrera nécessaire.
Dans ce cas, essayer de suivre les étapes suivantes :

1- Commencer par reconnaitre la colère de chacun envers l’autre, ça devrait déjà calmer un peu le jeu

2- Ecouter chaque version avec respect

3- Montrer qu’on s’aperçoit de la difficulté de la situation

4- Exprimer sa confiance dans le fait qu’ils puissent résoudre le problème seuls, et trouver une solution qui soit juste pour chacun d’eux (Si nécessaire, faire quelques suggestions)

5- Les laisser seuls faire les choix qui leur conviennent

Si on arrive au moment où ça dégénère déjà, on peut adopter une approche un peu plus interventionniste, d’abord en se renseignant : « Etes-vous en train de jouer ou de réellement vous battre ? », puis en rappelant la règle : « Ce n’est un jeu que par consentement mutuel. », et enfin, éventuellement : « Je comprends que vous jouez, mais c’est trop brutal pour moi. J’aimerais que vous trouviez une autre activité. »

Parfois, il faut intervenir plus fortement parce qu’on est déjà à un niveau avancé de la dispute, par exemple quand l’un est sur le point de taper sur l’autre !

Alors,
1- Ca peut paraître ridicule mais commençons par décrire la situation. Ça aide de se voir de l’extérieur pour se rendre compte de ce qu’on fait…
« Je vois un garçon qui s’apprête à taper sur l’autre !! »
2- Poser les limites
« Il n’est pas question de se faire mal ! »
3- Séparer les enfants pour les laisser respirer
« Je pense que vous avez besoin d’un moment de séparation pour vous calmer… »

Cela fait déjà pas mal de compétences à tester, et à mettre en place.

Le chapitre cependant ne s’arrête pas là. En fait, ça donne envie de séparer en plusieurs chapitres, parce que les situations sont multiples, et on trouve beaucoup de bons conseils ici.

Abordons donc ce que je vais appeler la

partie 2 : la situation récurrente

Ex : « Elle n’est jamais prête à l’heure de partir pour l’école.. »

Alors là, on peut commencer une démarche de resolution de conflit, dont les étapes proposées sont :
1- Organiser une réunion entre les protagonistes. Expliquer les raisons de la réunion et les règles de discussion.
2- Ecrire les sentiments de chacun, et ses récriminations, puis les lire à haute voix.
3- Laisser le temps à chacun de réagir à ce que l’autre a exprimé.
4- Inviter chacun à inventer des solutions. Tout écrire sans jugement.
5- Décider des solutions qui conviennent à tous.
6- Revenir dessus plus tard pour voir si ça a fonctionné.

Ça nous est déjà arrivé de mettre ça en place (On l’a fait dans cet exemple-là justement. Discutant avec Oscar -13 ans- et Alice -8 ans- de l’heure de départ pour l’école, du besoin de chacun, et comment l’autre peut s’adapter ou pas) et bien sûr, ça marche beaucoup mieux de parler du problème à froid, de prendre des décisions ensemble, et qu’ensuite chacun sache qu’elles sont les limites acceptables pour l’autre.

En revanche, on est très mauvais pour le suivi. Est-ce grave ? Je ne sais pas… Si le problème ne surgit plus, on peut penser qu’on n’a pas besoin de revenir dessus, mais en fait je trouve que
– il vaut mieux vérifier quand même après usage que les parties concernées sont satisfaites de l’aménagement, avant que le même problème ne se repose, ce qui peut être très frustrant !
– si le sujet ne surgit vraiment plus, ça vaut quand même la peine de prendre le temps de le noter, de féliciter les enfants, et de leur donner l’opportunité de se rendre que la méthode de résolution de conflit a fonctionné !

Rq : cette méthode est en fait la même que celle qu’on avait vue dans la fin du chapitre sur les alternatives aux punitions dans Parler pour que les enfants écoutent…

Partie 3 : au lieu de prendre partie…

Encore une fois, c’est aux enfants de résoudre la question. C’est sacrément difficile au quotidien, mais il faudrait que ce ne soit pas le parent qui impose, sinon, il est certain que l’un au moins va se sentir lésé (parfois les deux), et donc énervé et aigri, envers le parent, et envers l’autre enfant.

Si on se retrouve dans une situation où l’on nous demande de prendre partie, il vaut mieux énoncer la règle qui va leur permettre de conclure seuls :
« Si je comprends bien, Thomas, tu as besoin des crayons pour tes devoirs, et toi, tu voudrais finir de colorier.
Les devoirs ont toujours la priorité, mais Thomas, si tu veux trouver un arrangement avec ta soeur, tu peux. »
ou bien : « Tu voudrais emprunter cette chemise pour ta soirée, mais toi, tu ne veux pas la lui prêter parce que tu as peur qu’il l’abîme. Ecoute, c’est ta chemise et donc ta décision, c’est ton choix de discuter les choses avec ton frère. »

Bon, dans la pratique, je trouve que ça marche peu… Mais au moins ça permet de donner notre « décision » simplement en rappelant la raison, et les laisser la comprendre, plutôt qu’en l’imposant…

Partie 4 : Autres points intéressants

Comment encourager le partage ?
Puisque selon le point précédent, on ne force pas le partage, comment l’encourager ?
– en mettant les enfants en charge du partage quand on distribue quelque chose
– en mettant en valeur les avantages du partage
– en laissant le temps à l’enfant d’intégrer l’idée (« Il te dira quand il sera prêt à partager » – Ca ça marche pas mal !)
– en montrant son appréciation quand le partage vient spontanément
– en le modelant !

Décourager le fait de rapporter
Qu’un enfant rapporte les bêtises de l’autre ne peut pas contribuer à leur entente…
(On parle ici d’une bêtise qui n’embête pas l’autre)
Il vaut mieux ne pas l’encourager.
« Il a fait ça ? Dis-lui de venir me voir ! » n’est donc pas la bonne réaction : non seulement, ça donne satisfaction au rapporteur, mais en plus, ça l’implique dans un rôle qui n’est pas le sien !
Une réponse adéquate serait plutôt de lutter contre son instinct, et de dire :
« Je n’ai pas tellement envie de discuter avec toi de ce que ton frère fait ou ne fait pas… mais si tu veux me parler de toi, je serai ravie de t’ecouter ! »

Dans le cas où on doit voter, valider la frustration
Parfois, quand le groupe ne se décide pas, on procède à un vote. Pas de problème de fond, mais ça peut être une bonne idée de faire remarquer à tous : « Ok, voilà donc la décision, nous savons cependant que l’un de nous reste déçu parce qu’il avait vraiment envie d’autre chose. »

Encourager l’équipe
Et ce sera le dernier point : ne pas hésiter à remarquer les moments où les enfants fonctionnent bien ensemble !
« Vous avez fait ça ensemble ? Vous faites une sacrée équipe ! »
Comme quand Oscar et Alice ont fabriqué les déguisements d’halloween de leurs petits frères… Ils ont fait un boulot fantastique ! Comme quoi, c’est possible, ne pas en douter !

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Le concept du « rôle »

Voilà un thème que je reconnais bien à présent, et pour lequel je n’ai plus besoin d’être convaincue. En français, on peut appeler ça « le poids de l’étiquette ».

Plus on « labelle » une personne, plus cette personne endosera le rôle qu’on lui prête, négatif ou positif.
Bien évidemment, nous ne voudrions pas renforcer un trait négatif. Mais, en fait, positif non plus : parce que ça impose un standard stressant (on ne peut pas être un super héros, acceptons notre imperfection !).
On avait déjà parlé de ça dans Parents épanouis, enfants épanouis, au chapitre 7 : Les rôles qu’on leur fait jouer

D’où viennent ces rôles ?

Parfois, ils viennent des parents, parce que c’est naturel, parce que nous connaissons si bien nos enfants, parce que nous sommes agacés par la répétition (qu’est-ce qu’il est distrait !), parce que nous sommes peut être tentés de booster leur égo… Il vaut mieux pourtant essayer de les éviter, et laisser l’enfant se faire sa propre idée de lui-même.
Parfois, le rôle donné par les parents découle simplement de la place dans la fratrie : le plus grand doit être plus responsable, le plus petit est plus fragile… moi, je considère que le grand frère embête sa petite sœur parce que mon grand frère m’embêtait… (oui, je travaille là-dessus !)
Parfois, ils viennent des enfants eux-mêmes, en tout cas, ils sont renforcés par les enfants, qui y voient leur intérêt,
parfois, ils sont imposés par un frère, qui répète que l’autre enfant est… (Compléter par ce qu’on veut ! faible, chouineur, lent, idiot…)
Dans tous les cas, l’enfant se retrouve dans une situation dans laquelle il a du mal à se voir différemment de l’image qu’on lui donne de lui.
Encore une fois, on rejoint un thème déjà discuté.
Mais ici, on insiste sur l’impact dans la fratrie : comment reconnaître les traits de caractère sans que ce soit fait aux dépends des autres ?

Illustration du rôle dans la fratrie

Un exemple du livre traite d’une petite fille qui apprend le piano. Elle peine, puis s’aperçoit que sa petite soeur sait jouer le morceau sur lequel elle travaillait elle-même, sans avoir pris de cours, juste pour l’avoir écoutée travailler.. Elle a alors le sentiment qu’il vaut mieux arrêter les leçons, elle n’a pas le talent voulu.
Je sais exactement ce que j’aurais répondu dans ce cas : « Oui, ta sœur est sûrement plus douée pour le piano, chacun a ses forces et ses faiblesses, tu es meilleure à (…). Mais ce n’est pas grave, il ne faut pas te désespérer, joue à ton niveau sans t’en préoccuper. »
Cependant, si on regarde bien, je crée par cette réponse une certaine compétition entre les enfants : « Elle est meilleure à… Tu es meilleure à… »
J’aime mieux la réponse suggérée dans le livre : « J’imagine comme ça doit être décourageant d’entendre ta sœur jouer ton morceau, mais la façon dont joue ta sœur n’a rien à voir avec toi. Peu importe la vitesse à laquelle on peut apprendre à jouer. Ce qui est important, c’est la façon dont TU interprètes le morceau, de savoir si tu aimes le jouer, si ça te procure du plaisir. Il serait dommage de te priver de ce plaisir ! »

Et là, on ne nie pas le talent de la sœur, mais on déconnecte les choses, on ne reste pas sur un mode comparatif, on recentre sur l’enfant lui-même.
Serai-je capable d’apprendre à réagir comme ça ?

Le rôle du frère renforce le rôle de l’enfant

Parfois, l’enfant ne peut maintenir son rôle qu’au détriment de son frère/soeur. Et cela explique que ce thème trouve aussi bien sa place dans ce livre.  D’ailleurs, le rôle de chacun a une influence sur l’autre. On ne porte une étiquette que par rapport à un référentiel, donc par comparaison !
Ainsi, on trouve évidemment les rôles qui se répondent, type agresseur/victime, mais on peut aussi voir des schémas plus simples qui vivent quand même par comparaison, comme « je suis celle qui n’oublie pas mes affaires » (exemple personnel qui avait résonné en moi à la lecture du chapitre 3 sur la comparaison)

Alors, comment sortir l’enfant de son rôle ?

Réponse : le traiter comme s’il était déjà comme on souhaite qu’il devienne !
Ainsi, au « distrait », l’on confiera la tâche de se rappeler d’emporter tout ce qui est nécessaire ; à « l’agresseur », l’on dira qu’on sait très bien qu’il sait obtenir quelque chose sans taper.
On peut même le lui dire au cœur de l’action : « Je sais que tu as la capacité d’être gentil, sers-t-en ! »
Et la façon dont on le voit doit changer non seulement pour lui, mais aussi pour l’entourage : « Tu es fâché que ton frère t’ait arraché le jouet ? Je comprends ça ! Pourtant, il sait très bien être gentil et demander le jouet quand il en a envie. »

Dans chaque famille…

Oui, je devine que dans chaque famille, il en est de même : chaque enfant a son rôle…

Chez nous, on trouve le le rôle de victime chez Alice (8 ans) face à Oscar (13 ans), agresseur. En lisant ce chapitre, je m’aperçois que je ne réponds pas toujours bien ce qu’il faudrait… J’ai même plutôt tendance à renforcer le rôle en commentant : « Oscar, arrête d’embêter ta soeur ! », leur enseignant ainsi que je considère qu’il l’embête trop, et qu’elle a besoin de moi pour y mettre le holà… hum.

Mais on a aussi et surtout le problème de l’étiquette pour Léon (tout juste 4 ans)
« Léon est un enfant difficile ! » (Idée qui est passée dans notre famille au sens large, non sans fondement…) Bon sang, plus on le répète, plus ce sera vrai !
Mais Léon est également un enfant sensible, un enfant intelligent, un enfant qui aime se lancer des défis, un enfant qui cherche à aller plus loin, un enfant curieux, un enfant créatif…
Comment développer ces aspects-là ?
Comment faire pour ne plus lui renvoyer l’image du garçon qui se met en colère « pour un rien » ?
Pas évident… Surtout que plus c’est le cas, et moins on a l’énergie qu’il faut pour l’aider à montrer son autre visage…
(Note postérieure : nous avons quand même réussi à lui parler de son joli sourire…)

Et vous, quels sont les rôles dans votre famille ?

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« Bien qu’ils semblent vouloir avoir exactement les mêmes choses, ils ne le veulent pas vraiment. »
On est bien dans la suite du chapitre précédent sur la comparaison, puisque le concept même d’égalité ne peut que découler d’une comparaison !
Premier exemple du livre, qui me semble très bon :

Le père donne des pancakes (eh oui, c’est un livre américain !) à ses garçons.
L’un se plaint :
« Tu lui en as donné plus qu’à moi !
– Non, je vous ai donné chacun 4 pancakes.
– Oui, mais les siens sont plus gros !
– Non, ils ne le sont pas. Je les ai fait exactement de la même taille. »
On a tous vécu ça… Essayer en vain de convaincre l’enfant qu’il a la même chose que son frère/soeur !
Ici, l’idée c’est de se défaire complètement des comparaisons, et de se focaliser sur les besoins de chacun :
« Tu lui en as donné plus qu’à moi !
– Tu as encore faim ?
– Oui… un peu
– Tu veux un demi supplémentaire, ou tu as assez faim pour un entier ? »
Et s’il n’y a plus de pancakes : montrer qu’on met une note sur le frigo : « acheter de quoi faire plus de pancakes la prochaine fois. » Au moins, l’enfant se sent écouté, et on lui a bien montré que la question de son envie n’avait rien à voir avec ce qu’il y avait dans l’assiette de son frère !

Avec une remarque supplémentaire pour le cas où la scène tourne en dispute entre frères, et qu’on veut transmettre sa mauvaise humeur face à ces disputes :
« Si quelqu’un trouve qu’il n’en a pas assez, voici comment j’aime qu’on me demande : « Maman, quand tu auras un moment, je pourrais en avoir plus s’il te plait ? » »

Et quand on parle d’égalité en termes d’amour…
En fait, là encore, il n’y a pas égalité, chacun est unique, c’est ça le message !!

On aura donc un message plus fort en remplaçant notre « Je vous aime tous autant » par « Chacun de vous est spécial pour moi. Personne n’a ton sourire, tes idées ! Je suis si contente de t’avoir ! »

Enfin, un dernier exemple, qui me fait tellement penser à ce que dit souvent mon beau-père (sans toujours savoir le mettre en pratique) : « A chacun selon ses besoins ! »

On voit une maman en train d’écouter sa fille pour planifier son anniversaire, et le petit frère qui demande de l’attention, parce que la conversation se prolonge.
La mère, cherchant à consacrer autant de temps à chacun, s’interrompt, et la fille, non seulement se sent mal, mais en veut, bien sûr, à son petit frère !
Les auteures proposent de réagir différemment, en expliquant les besoins au petit frère : « C’est vrai, j’ai déjà passé beaucoup de temps avec ta soeur. C’est que nous sommes en train d’organiser sa fête d’anniversaire ! C’est important, et c’est beaucoup de travail, il faut choisir les invités, les activités, et j’ai vraiment besoin d’être concentrée. Je sais que ce n’est pas facile pour toi. Quand nous aurons terminé, j’aimerais bien que tu me racontes ce que tu as fait pendant ce temps. »
En agissant ainsi, non seulement on répond toujours au besoin de la fille, mais on fait aussi passer le message au petit frère qu’on est présent quand l’un des enfants a besoin de nous !

Le problème intervient bien sûr quand la somme des besoins de chacun dépasse ce qu’on peut offrir… Et avec 4 enfants, c’est une situation qu’on connait. Mais ça fait aussi partie de l’apprentissage de la fratrie…
Théoriquement, et c’est là qu’il est important qu’ils s’entendent bien, ils gagnent en fratrie ce qu’ils perdent en parents…

Alors pour bien savoir ce dont chacun a besoin sans comparer avec l’autre, refusons la comparaison :
« Il a le droit de… , il a fait…
– Ca ne m’interesse pas de parler de ce qu’a fait ton frère, je veux parler de toi ! »

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