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Arrête d’embêter ton frère : compétence 3 – Les émotions

Nous abordons ici la 3è compétence clef présentée comme fondamentale par Elizabeth Crary dans Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille.

(Tout comme dans le résumé du chapitre précédent, je conseille aux lecteurs de commencer par lire l’article du livre, en lien ci-dessus, avant de s’attaquer à cet article-ci.)

Compétence relationnelle n 3 : Gérer les émotions

Ceux qui fréquentent déjà ce site savent que les émotions sont un sujet récurrent et fondamental. Fondamental au sens même de fondation, dans la relation que l’on cherche à mettre en place quand on chemine vers la parentalité positive. Je vais donc essayer de faire passer ici les idées comme elles sont dans le livre, tout en renvoyant à ce qu’on a déjà vu…

Voici donc ce qu’Elizabeth Crary dit sur “Ce que les enfants ont besoin de savoir sur les émotions” :

  • Un vocabulaire émotionnel

Dans le premier chapitre de Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, l’un des conseils donné pour valider les sentiments était de donner un mot au sentiment.
Plus le temps passe, et plus je me rends compte du pouvoir des mots.
Et savoir nommer ses émotions nécessite d’abord d’avoir du vocabulaire.
Il est difficile d’exprimer la différence entre du bleu roi et du bleu marine si personne ne nous a enseigné ce vocabulaire. Il en va de même pour les émotions.
Je me rends compte que c’est une de mes failles.
Certes, j’écoute l’émotion de mes enfants, mais je ne leur offre pas un vocabulaire varié en la matière. Anatole me dira “Mamaaaaaan, Léon m’a pris ma voiture et ça m’a rendu triste !”
“Triste” est devenu un mot un peu passe partout, pour dire qu’il ne se sent pas bien.
Pourtant, comme l’écrit ici Elizabeth Crary,  il y a bien des nuances dans les sentiments : on est embêté, énervé, ou furieux; on est hésitant, effrayé, ou pétrifié…
Essayons de leur donner la palette des couleurs, pour les aider à identifier ce qu’ils ressentent.
Peut-être faut-il pour ça commencer par savoir décrire ce que l’on ressent soi-même ?

  • Les émotions ne sont ni bonnes ni mauvaises

On l’a déjà vu : “L’ émotion est valable par le simple fait qu’elle existe” dit le Dr Haim Ginott.
Cette idée d’accepter l’émotion pour ce qu’elle est, sans la juger, me fait profondément penser aux principes de pleine conscience…
Pour Elizabeth Crary, l’émotion est une information. Par exemple, la peur peut nous renseigner sur le fait que le fait que nous devons être sur nos gardes…
Quand nous nions les sentiments “nous enseignons à l’enfant à ne pas avoir confiance en ce qu’il éprouve”. Je me souviens encore de la façon dont j’avais été marquée par le chapitre sur l’enfant qui se fait confiance, dans Parents épanouis, enfants épanouis.

  • Les sentiments changent

Les enfants vivent dans le présent. Ils n’ont pas encore bien conscience que ce qu’ils ressentent passera. Plus cette conscience progressera, plus il sera facile de faire face à leurs émotions.

  • Sentiment et action sont différents et à séparer

Comme on l’avait écrit dans le résumé du chapitre 2 de Parents épanouis, enfants épanouis, “tous les sentiments sont autorisés, les actions sont limitées.” Et c’est ce que les enfants vont devoir apprendre. Une émotion n’entraîne pas obligatoirement telle ou telle action. Plus l’enfant a d’options, mieux il saura faire face.

  • Il existe de nombreuses façons d’exprimer ses sentiments

Certaines sont utiles, d’autres font mal. La technique la plus fondamentale est probablement de savoir rétablir le calme en soi. Pour cela, on peut trouver plusieurs idées : des façons de bouger, de faire du bruit, de penser, de se réconforter, de créer (vous vous souvenez de l’idée du dessin ?), de faire de l’humour… Certaines idées viendront spontanément à l’enfant, d’autres devront lui être suggérées, ou montrées.

Elizabeth Crary a d’ailleurs écrit une série de petits livres à destination des enfants, remplis de différentes façons de réagir face à un sentiment. Léon et moi avons commencé à lire “I feel frustrated”, et c’est très bien fait. Ca n’existe malheureusement pas en français, mais c’est un bon moyen de proposer différentes réactions aux enfants. Je ferai un article dessus prochainement.

 

Le rôle des parents

Comme on peut s’y attendre, le rôle des parents suit les points précédents sur ce que les enfants doivent savoir sur les émotions.

  • utiliser un vocabulaire émotionnel, tant pour partager ce que nous ressentons que pour refléter ce qu’ils semblent ressentir.
  • faire la différence entre sentiment et comportement
  • clarifier les limites
  • enseigner des compétences pour gérer les émotions

 

Utiliser le parentage STAR
(Pour savoir ce qu’est le parentage STAR, voir cet article)

Comme pour les premières compétences (l’appartenance et les limites), l’auteur applique la méthode STAR à des exemples, en gardant bien en tête la compétence à développer, et l’étape de développement de l’enfant.

Je vais développer ici, pour plus de clarté, un des exemples :
Jean-Marc part à un camp scout avec son père. Son petit frère, Antoine, a très envie d’y aller aussi. Il insiste, sans succès. Tandis que Jean-Marc prend ses chaussures, Antoine subtilise la lampe de poche. Jean-Marc, ne la trouvant, va voir sa mère et accuse Antoine de l’avoir prise.

S : Stop et mise au point
Antoine est visiblement déçu, mais les choses s’améliorent : il n’a ni frappé, ni cassé quoi que ce soit. il s’agit donc de travailler sur la déception.

T : Trouver des idées
Refléter les sentiments : “Tu es déçu de que ton frère parte camper et pas toi.”
Clarifier les règles : “Je comprends que tu sois déçu, mais tu peux trouver une autre manière d’exprimer tes sentiments”
Donner le choix entre 2 options : “Quand tu te sens déçu, au lieu de cacher les affaires des autres, tu peux faire une activité que tu aimes, ou bien parler à quelqu’un de ce que tu ressens.”
Remarquer les améliorations : « Antoine, j’ai remarqué que tu étais énervé, mais tu t’es souvenu de ne pas frapper. Tu gagnes en maîtrise de soi ! » Note : Pour être efficace, mieux vaut éviter de commenter le mauvais comportement au même moment.
Eviter que le problème ne se pose : Je pourrais organiser des activités sympas pour Antoine, pour qu’il ne se sente pas aussi déçu.
Montrer l’exemple, mettre des mots sur ses propres émotions : « je suis triste que ton papa et Jean-Marc partent camper. Ils vont me manquer. Mais je vais écouter beaucoup de jazz ce week-end parce qu’on ton papa n’aime pas du tout ça, et moi j’adore ! »
Enseigner à Antoine à penser positivement : « Tu peux te sentir déçu de ne pas aller camper, ou content que nous puissions passer du temps ensemble toi et moi»
Rappeler à Antoine qu’il est responsable de ses sentiments : « Tu peux choisir de rester déçu ou de te sentir heureux. Les sentiments changent naturellement si tu les laisses évoluer. C’est ton choix. »

Encore une fois, à la lecture de toutes ces idées, on voit qu’on navigue partiellement en terrain connu, avec la validation des sentiments, le choix, les règles… Mais j’aime voir tous ces exemples, parce que ça donne une perspective bien concrète de ce à quoi on peut arriver quand on prend le temps d’y réfléchir. Comme quoi, encore une fois, c’est bien ça le secret : prendre le temps d’y réfléchir !

A : Agir concrètement
Je vais reconnaitre les sentiments d’Antoine et partager ce que je fais dans une situation semblable. Je lui rappellerai qu’il es responsable de ses sentiments.

R : Revoir et corriger
Le jour suivant, je verrai comment aura évolué la situation. Si Antoine se sent toujours déçu, je clarifierai ses options et lui proposerai de l’aide : “Je vois que tu veux toujours être en colère. Si tu veux changer de sentiment, tu peux me demander des idées.”

 

Là encore, le chapitre présente 2 autres exemples, qui sont tout aussi intéressants.

Dans tous les cas, il est important de se rappeler l’étape de développement de l’enfant, de lui laisser la responsabilité de ses sentiments, et de modeler. Encore une fois, modeler ne signifie pas qu’on ne s’énerve jamais, mais on prend la responsabilité de ses émotions.
Il y a ainsi une différence forte entre “Vous me mettez en colère. Je ne peux pas réfléchir quand vous faites autant de bruit.” et “Je me sens en colère quand j’ai besoin de silence et que mes enfants sont en train de se chamailler.”… Vous la voyez ?

Mais le livre ne se termine pas là : s’il est important de voir gérer les émotions générées par certaines situations, il faut également faire face aux situations elles-mêmes !
Et pour cela, le dernier chapitre : compétence 4 – résoudre les problèmes.

 

Retour à l’article du livre.

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2 réponses
  1. Gwen
    Gwen dit :

    Rhalala cette série d’articles est vraiment très intéressante et donne envie de creuser!
    QUI va encore devoir rajouter quelque chose sur sa liste de lecture?!
    Je ne te dis pas merci!!
    (Mais en fait si)

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    • Coralie
      Coralie dit :

      Je suis ravie qu’ils te plaisent Gwen! Et ce sont des compétences qu’on prend plus de temps à intégrer, mais vraiment, quel plaisir de constater les résultats après…

      Répondre

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