Il y a peu, j’écrivais la difficulté de juger si nous parvenions réellement à enseigner les compétences relationnelles à nos enfants, tout en observant un exemple qui me confortait sur ce chemin…
J’en ai eu un autre exemple ce matin !
Nos deux petits (Léon 5 ans et Anatole 3 ans) se lèvent toujours avant les autres le matin, et jouent tous les 2 en attendant que nous les rejoignions.
Ce matin, quand je me suis levée, je les ai entendus à l’autre bout du couloir :
“Léon, je peux entrer dans ta chambre ?
– Non, tu peux pas
– Léon, je veux entrer dans ta chambre
– Quand je suis dans ma chambre, tu peux entrer dans ma chambre ; mais quand je suis pas dans ma chambre, tu peux pas entrer dans ma chambre, alors là je suis pas dans ma chambre, donc tu peux pas aller dans ma chambre.
– Léon, tu peux aller dans ta chambre et que moi je vais dans ta chambre ?
– ok.”
J’ai été impressionnée ! Comme quoi, les conseils qu’on lit sur l’apprentissage de la négociation dans la fratrie (le chapitre sur Résoudre les problèmes de Arrête d’embêter ton frère, laisse ta soeur tranquille) nous servent effectivement !
Ici, ils ont su :
– Demander la permission
– Fixer les limites
– Donner la règle
– Entrer en négociation
– Trouver un accord
Quel bonheur de voir qu’on a pu leur transmettre ça !!
La semaine dernière, j’étais à l’aéroport avec mon fils Léon, de 5 ans.
Après 3 heures de vol, entre un livre, un jus d’orange, un peu de légos, un dessin, un livre encore… il en a un peu assez…
Nous marchons dans l’aéroport, et il ne me suit pas, il passe d’un côté à l’autre quand je lui demande de ne pas bloquer le chemin, il met la bretelle de son sac dans la bouche alors que je viens de lui indiquer qu’elle est sale… Je sens que je m’agace.
Heureusement, je réussis à ne pas laisser ça monter.
Je m’arrête, me mets à sa hauteur et lui dis calmement : “Mon Léon, je ne sais pas ce que tu cherches. Tu veux que je te voie ? Je te vois. Regarde (je le prends dans mes bras et le serre). Je te vois, je sais que tu es là, et je t’aime très fort.”
Il sourit, puis nous repartons, sans plus d’incident !
Comme quoi, c’est effectivement utile de poser un nouveau regard sur les comportements inappropriés…
Me préparer à animer des ateliers pour parents dans les mois qui ont passé et ceux qui vont venir m’a également permis de réviser… Entre autres choses, je suis retombée sur la notion de compliment descriptif.
C’est un principe selon lequel on aide mieux les enfants en leur faisant des compliments précis et descriptifs, qu’en leur faisant des compliments évaluatifs, et en général peu clairs (du type « bravo ! »). Le problème, c’est que ce n’est pas ce à quoi on est habitué, et c’est difficile de changer nos habitudes…
Cependant, comme expliqué dans Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent et dans Parents épanouis, enfants épanouis, le commentaire a beaucoup plus d’impact sur la confiance en soi de l’enfant si c’est lui qui en déduit le compliment à partir de notre description.
Je ne l’avais pas oublié, mais multiplier les exemples pour l’expliquer aux parents m’a permis de mieux le mettre en application avec les enfants depuis quelque temps.
Hier, nous étions tous à table, et Léon (5 ans) décide de se servir d’eau. Il prend la carafe en verre, qui était pleine, et se sert sans aucun problème. Je commente, en décrivant :
“Dis donc, cette carafe est tres lourde, et tu as réussi à la soulever et à te verser de l’eau sans l’appuyer sur le bord du verre pour ne pas le faire basculer…”
La réponse m’a bien confirmé qu’il avait déduit le compliment tout seul : “Oui, je suis tellement fort que je peux aussi la porter comme ça !” (en la re-soulevant)
Rien de tel que son exemple vécu pour se convaincre des méthodes…
Depuis, ça me vient de plus en plus facilement…
Ceux qui me lisent régulièrement savent que chez nous, l’imaginaire (méthode proposée par Faber et Mazlish dans Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent) fonctionne vraiment bien pour débloquer certaines situations.
(Pour ceux qui ne les ont pas lus, et que ça intéresse, vous pouvez voir mes différents articles à ce sujet en suivant ces liens-là :
Concéder dans l’imaginaire
L’imaginaire, une nouvelle compétence
Concéder dans l’imaginaire, encore
Vive l’imaginaire !
Imaginaire, encore et toujours)
D’autre part, j’avais récemment testé l’idée de la coupe pour recevoir les pleurs donnée par Isabelle Filliozat dans « Il me cherche ! ».
Cette fois, j’ai décidé de mélanger les 2 idées :
Anatole ne cessait de pleurer, pour une raison dont je ne me souviens même plus…
Je me suis alors assise face à lui, ai fait une coupe avec mes mains, et lui ai dit :
« Tiens, pleure là-dedans ! »
Un peu interloqué tout d’abord, il m’a bien regardée, et j’ai répété mon message.
Il a pleuré encore, j’ai laissé ma coupe juste devant lui, puis je lui ai dit
« Quand tu auras fini de pleurer, tu me diras pour qu’on puisse jeter tout ça. »
Après un bref moment, il se calme et me dit, hésitant, qu’il a terminé.
« Ah, super, alors maintenant, on va jeter les pleurs, d’accord ?
– d’accord ! »
Je fais le geste de jeter ce qu’il y a dans ma coupe et commente : « Ah, je suis bien contente qu’on se soit débarrassé de ces pleurs ! »
Décidément, l’imaginaire pour les jeunes enfants, c’est vraiment magique !
Je l’avais testé il y a un bon moment avec Léon, qui fait alors 3 ans, je continuais régulièrement, et en ai reparlé quand il en avait 4, jusqu’à ce que ça devienne même une corde à son arc.
Cela marche maintenant bien également avec Anatole, 2 ans et demi, comme en attestait mon dernier article à ce sujet.
Je sais d’expérience que c’est une compétence moins utile avec les plus grands, mais je ne sais pas encore à quel âge ils basculent…
En tout cas, je ne résiste pas à l’envie de vous conter une anecdote récente, qui montre que ça fonctionne encore bien avec mon Léon de 5 ans !
Nous étions allés dans une aire de jeux avec une amie, et après y avoir passé un moment, nous sommes partis déjeuner. Après le repas, Léon me demande de retourner aux jeux. Seulement, il n’y a plus le temps avant la sieste de son frère… Bien sûr, je fais face à des pleurs… Mais je bascule vite :
« Tu avais vraiment envie de retourner aux jeux… Sur quoi tu jouerais si on pouvait y aller ?
– Sur le bateau… enfin, sous le bateau ! Tu sais il y a un trou dessous !
– Ah oui, c’est vrai qu’il est chouette le bateau ! »
Et voilà mon Léon qui s’éloigne, satisfait d’avoir été écouté…
Mon amie et moi nous regardons en riant : « Je continue à avoir du mal à y croire… ! »
Lors d’un de mes ateliers, je partageais avec les parents le fait que « concéder dans l’imaginaire » était une technique qui fonctionnait bien avec mon Léon (utilisée depuis qu’il a 3 ans, il en a maintenant 5 – C’est une technique de validation des sentiments qui avait été suggérée dans Parler pour que les enfants écoutent…, et qui est même entrée dans ses propres compétences !).
La semaine suivante, une maman me racontait qu’elle s’en était inspirée lorsque sa fille réclamait ses lunettes de soleil à grands cris. Puisqu’elle n’arrivait pas à faire accepter à sa fille idée qu’elles n’avaient pas les lunettes avec elles, elle a fini par simplement faire le geste de mettre les lunettes… ça avait très bien fonctionné !
Alors, je m’en suis inspirée à mon tour.
Anatole (presque 3 ans) hurlait parce que j’avais mangé une noix de cajou qui était évidemment pile celle qu’il voulait !! Je commençais doucement à m’agacer… « Anatole, il y en a encore plein d’autres des noix de cajou, celle-là, je l’ai déjà mangée, qu’est-ce que tu veux que je fasse ?? Que je m’ouvre le ventre pour te la donner ? » Et là, l’idée !!
« Ok, tiens, je m’ouvre le ventre (geste d’ouvrir), je sors la noix de cajou, je te la donne. Tiens. »
Il s’arrête instantanément de pleurer, « prend » la noix que je lui tends, fait le geste de la manger, puis va en prendre une autre, consolé.
J’étais stupéfaite !
Il y a 2 jours, il nous est arrivé à peu de choses près la même anecdote, lorsque son père a mangé la fin de quiche de son assiette, qu’il avait clairement refusée. Une fois avalée par son père, la quiche redevenait intéressante, et il se met à hurler… Nico commence à s’agacer, comme moi le jour de la noix de cajou, mais comme j’ai déjà vécu ça, je réagis plus vite !
Je fais donc semblant d’ouvrir le ventre de Nico, lui rend la quiche, il la prend, la mange, et tout est réglé !
C’est parfois plus facile qu’on ne le croit de changer l’ambiance…
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L’écoute emphatique, au coeur de la réception des émotions.
Il est donc naturel qu’Isabelle Filliozat en parle dans Au coeur des émotions de l’enfant.
On est ici dans l’intersection entre la parentalité positive et la communication non violente, avec la technique de reformulation, expliquée ainsi :
« En reformulant, vous ne jugez pas, vous ne commentez pas, vous n’intervenez pas, vous accueillez simplement le sentiment de l’enfant. Il se sent alors reconnu, validé. Il acquiert le sentiment qu’il a le droit de sentir par lui-même, d’exprimer, et qu’il peut faire confiance à son ressenti. »
Alors que je viens de lire cette phrase, Anatole (presque 3 ans), qui était aux toilettes, s’approche de moi :
« J’ai pas envie de me laver les mains. ».
Tiens… il tombe bien ! J’essaye la reformulation :
« Ah oui je vois, tu n’as pas envie de te laver les mains…
– non.
– Tu préfères garder les saletés sur tes mains ?
– oui
– Je vois… Cependant, quand on fait pipi, après on se lave les mains. »
(Juste un rappel de la règle générale, sans entrer dans l’ordre de ce qu’il doit faire.)
Magique : Anatole repart se laver les mains.
Merci Isabelle !
« Pourquoi on tombe ? Pour apprendre à se relever ! »
En voilà une phrase inspirante !
Seulement voilà, je commence à me demander si nous sommes en danger de ne plus apprendre… Parce qu’on ne laisse plus les enfants tomber…
Il y a une dizaine de jours, j’ai voulu organiser un dimanche matin sympa pour les enfants, parce que leur papa était en déplacement. J’ai donc pris mes 4 petits (et grands) sous le bras (enfin… puis-je encore dire ça, même de façon imagée, quand le grand est plus en position de me prendre sous le bras que le contraire ? Bref), et les ai amenés au nouveau parc super chouette qui s’est ouvert il y a quelques mois pas très loin de chez nous !
J’y étais déjà allée avec les petits, mais on était resté avec quelques amis dans une certaine zone du parc. Cette fois, je pensais que tous allaient y trouvaient leur compte.
Dès le départ, c’est surprenant : il y a du personnel pour surveiller la façon dont ça se déroule à chaque installation… L’installation phare, c’est la grosse « toile d’araignée », à laquelle les enfants grimpent. Je me souviens avoir amené Oscar à une installation similaire il y a des années à Paris (peut-être au jardin d’acclimatation ?). Enfin, les enfants sont bien sûr attirés par les cordages !
Autour de cette toile, il n’y a pas moins de 3 personnes qui surveillent ! (qui ne surveillent pour l’instant personne, parce que comme nous sommes venus à l’ouverture, le parc est encore vide, elles sont donc très disponibles pour se focaliser sur mes enfants.)
Léon s’attaque aux cordages du bas.
Le personnel l’arrête : interdit ! Il faut avoir 8 ans pour grimper !
8 ans ??? Mais il y a des cordes super basses ?? C’est parfait justement pour que les plus jeunes essayent !! (Surtout que le sol est de ces nouveaux sols un peu mous qu’ils mettent dans les parcs, alors ils ne risquent pas de se faire bien mal en tombant de bas…)
Alice commence à grimper de son côté.
Le personnel l’arrête : interdit ! Il faut avoir des chaussures fermées !
Oscar grimpe. Ouf… A 14 ans, avec des tennis, il a le droit.
Oui, mais quand il arrive en haut…
Le personnel l’arrête : interdit ! Il ne faut pas dépasser la dernière plate-forme !
Je deviens tendue… Rien ne bloque physiquement l’accès après la dernière « plate-forme »… Il n’y a même pas un panneau qui indiquerait cette limite… Le personnel du parc va donc passer la journée à regarder les enfants qui grimpent et leur crier de ne pas atteindre le haut ??
Bon… après une petite conversation avec la surveillante, je préfère changer d’endroit.
Nous arrivons sur des balançoires en forme de soucoupes.
Oui mais… Léon se met debout dessus (en se tenant aux cordes), pour tester le mouvement.
Le personnel l’arrête : interdit ! On doit rester assis !
Je n’en peux plus… S’ensuit toute une conversation sur les risques pris par les enfants, la surprotection, comment font-ils avec les tout petits qui apprennent à marcher ? Leur disent-ils de rester assis pour être sûr qu’ils ne tombent pas ???
Une chose est sûre : je ne reviendrai pas dans ce parc !
La semaine dernière, j’ai écrit une petite anecdote sur la page Facebook des 6 doigts de la main, une de ces anecdotes qui me ramène encore à la raison pour laquelle je me suis lancée dans cette aventure de partager tout ce cheminement avec vous !
Je ne pensais pas que ça intéresserait tant de personnes, mais il y a eu en fait beaucoup de réactions. J’ai donc décidé de le recopier ici, pour le garder… (et pour ceux qui n’ont pas Facebook)
Pourquoi je fais ça….
Ce matin, je suis posée au Starbucks pour travailler. (Je suis en train de (re)lire un livre d’Elizabeth Crary, pour en faire le compte-rendu détaillé sur le blog.)
A côté de moi, une famille. La mère, 3 enfants, et les grands-parents. Le jeune garçon semble incontrôlable. Il parle tres fort, cherche à partir, sa grand-mère lui dit fermement « Sit ! » (Ils sont américains). Sa mère le rappelle: « Stay here! »
Rien n’y fait…
Bien sûr, le bruit me dérange, mais surtout, je remarque, encore une fois, qu’être parent n’est pas une compétence innée. Cette mère est clairement débordée, elle ne sait pas comment faire face à son garçon, n’a pas appris d’autres compétences que celle de donner des ordres.
Mais remettons les choses en place : est-il raisonnable de demander à cet enfant (3 ans..) de rester en place sur sa chaise pendant qu’elle consulte infiniment son téléphone ?
(Je passe sur le modèle que ça donne pour les enfants : elle est avec ses propres parents, mais elle ne parle pas avec eux, elle chatte avec ses amis…)
En est-il seulement capable ? Cet enfant s’ennuie clairement !
Alors, parce que les cris me pèsent, me tendent, tant pour lui que pour elle, je m’approche du garçon avec un papier et un stylo. Je lui demande s’il sait écrire une lettre. Il prend le stylo, dessine un bâton, et un carré.
Je décris : « Ah, tu fais un bâton, tu fais un carré. Et je vois que tu te sers de ton autre main pour tenir le papier, pour qu’il ne bouge pas pendant que tu écris. »
Il continue, fait 5 petits caractères (qui n’ont rien à voir avec des lettres, mais qu’importe…), et me tend le papier. Je m’intéresse, lui demande : « Laquelle tu préfères ? ». Il est content.
Je lui propose de garder le papier. Il acquiesce. Je pose le stylo à côté de lui, et lui dis : « Je le laisse, comme ça, si tu veux, tu peux encore t’en servir. » Et je retourne travailler.
Le petit prend le stylo, se penche sur son papier, et s’absorbe dans sa nouvelle tache. Le calme est revenu.
J’aimerais pouvoir donner une carte de visite à cette maman ! J’aimerais pouvoir l’aider à prendre du recul sur la situation !
En tout cas, de nouveau, je sais pourquoi je me suis lancée dans cette aventure de vouloir partager mon cheminement ! On a tous tellement à apprendre…