Vous souvenez-vous du chapitre sur les “rôles” qu’on attribuait aux enfants, parfois involontairement ? De ces étiquettes dont ils avaient du mal à sortir ?
En bref, si on considère qu’un enfant est paresseux par exemple, et qu’on l’aborde ainsi, alors on ne sera pas déçu : il se montrera paresseux. Ne serait-ce que pour correspondre à ce qu’on attend de lui.
Alors, l’idee suggérée, pour faire sortir un enfant de son rôle, etait de le traiter déjà comme s’il était autrement.
Cet été, j’ai mis cette idée à l’epreuve.
Notre fils Léon (4 ans et demi) est considéré comme un pleureur, un colérique. Disons qu’il a une sensibilité à fleur de peau…
Au lieu de réagir là dessus – “J’en ai assez que tu pleures pour tout !” (Enfin… Je ne vais pas mentir en disant que ca ne m’arrive pas de dire des choses comme ça aussi…), j’ai décidé de mettre plutôt l’accent sur une autre de ses facettes : son enthousiasme et sa joie exprimée quand il est heureux ! Et dans ces moments là, je me mise à l’appeler “joli sourire”.
“Coucou, joli sourire ! Tu m’as l’air bien content !”
“Ah quel plaisir de voir ce joli sourire !”
C’est incroyable comme on a vu l’effet rapidement : en renforçant l’aspect content, on renforçait son contentement. Du coup, comme son père avant lui, il était juste “content d’être content” ! Il s’est clairement rendu compte qu’on le voyait aussi sous cet aspect là, et je sens que ça l’aidait vraiment à se sentir mieux.

Parfois, c’est lui qui m’appelait, pendant qu’il jouait, pour que je le regarde, et me disait “joli sourire…”, avant de se fendre justement d’un de ses sourires magnifiques…

Ce soir, nous avons une petite copine de Léon (4 ans et demi) à la maison. Léon est très content à l’idée de jouer avec elle, mais elle n’a pas tellement envie d’être avec lui… En fait, il voudrait construire un téléphérique, et elle ne veut pas.

Leon est bloqué, il pleure, pleure, pleure.

Je décide de suivre le guide.

Phase 0 : Je vais près de lui, j’essaye de l’entourer de tout mon amour, il me repousse.

Phase 1 : Je reste en face de lui, et le couve de mon regard tendre, en lui disant que je suis là pour le moment où il voudra me parler. Pour ne pas me laisser atteindre, j’imagine devant moi une coupe qui me permet de recevoir ses pleurs sans qu’ils me pénètrent, comme suggéré dans “Il me cherche !”.

Finalement, il me tend les bras, se blottit un moment contre moi, puis se dégage et m’explique qu’il voulait faire le téléphérique avec Pauline…

Phase 2 : l’écoute et la validation des sentiments

“Oui, je vois que tu te sens malheureux, tu voulais vraiment faire le téléphérique  et tu voulais vraiment le faire avec Pauline.. C’est triste qu’elle ne veuille pas le faire avec toi, parce que toi tu adores construire des choses…”

Phase 3 : celle que j’aime bien : concéder dans l’imaginaire
“Ce qui serait bien, ce serait d’avoir un copain qui adore construire comme toi ! Comme ça vous pourriez construire plein de choses ensemble…”

Phase 4 : le choix
“Voyons, qu’est-ce qui est le plus important pour toi ? Construire le téléphérique, ou être avec Pauline ?” Réponse : être avec Pauline.
“D’accord, on va lui demander ce qu’elle veut faire.” Réponse : dessiner.

Phase 5 : recherche de solutions (venant de moi, mais c’est mieux que rien !)
“Alors, j’ai plusieurs idées de ce que vous pourriez faire :
Tu pourrais dessiner avec elle ; ou bien tu pourrais construire ton téléphérique dans le salon, pendant qu’elle dessine à côté, comme ça, vous seriez ensemble en faisant chacun ce que vous voulez ; ou encore tu pourrais lui demander si elle veut dessiner sur ton téléphérique…”

Finalement, c’est la 3è solution qui a été adoptée, et ils jouent tous les deux très bien ensemble !
Je me sens toute contente de moi…

Dans “Il me cherche !”Isabelle Filliozat fait une remarque par rapport à nos échanges avec nos enfants : Parfois, nous cherchons à les faire parler d’eux, sans vraiment y parvenir.
“Comment ça s’est passé ?” reçoit la réponse “bien”.  C’est laconique pour le moins !
Il existe bien des manières d’ouvrir autrement la conversation pour un meilleur résultat, mais ce qui m’interesse ici, c’est l’idee qu’on encourage mieux son enfant en partageant ce qu’on a soi-même vécu. On peut prendre l’initiative de créer l’intimité !

Je l’ai constaté de première main :
Hier soir, nous sommes allés au restaurant avec nos 2 grands (14 et 9 ans), et Nicolas a dit avec un grand sourire (et sans même avoir lu ce livre) “Aujourd’hui, on a enfin envoyé une première version du budget au siège !” Ça ne leur parlait pas, ils ne savaient pas qu’il était question d’envoyer un budget, mais ils étaient contents de voir leur père content, et ont tout de suite enchaîné avec des anecdotes de leur journée !

Une petite anecdote de cet été, qui met en valeur le fait d’enseigner à nos enfants à être en charge d’eux-mêmes.
Nous nous baladions le long d’un canal, dont la rive opposée n’était pas loin, mais pentue.

Oscar (14 ans depuis quelques jours) s’imagine sauter au dessus, se rattraper comme un chef, puis trouver un endroit pour retraverser (alors que plus de place pour prendre son élan…) plus loin, et franchir le canal comme un héros !
Je souris juste.

Il me demande :
“Mais… Tu ne me l’interdis pas ?
– Ben non, c’est à toi de savoir si tu peux le faire ou pas
– Mais… Mince, je suis dégouté !”

Je réalise que c’était confortable pour lui de s’imaginer le faire, sans en prendre le risque, tout en pensant que s’il ne le faisait pas, c’était parce que sa maman le lui interdisait, pas parce qu’il s’y refusait seul…
“Mon grand, un jour, il va falloir que tu prennes le volant, tu dois pouvoir évaluer le risque seul, et savoir prendre la bonne décision, que je sois là ou pas !”
Je le vois qui hésite, qui observe, me regarde plein d’espoir, pèse le pour et le contre… puis saute ! Il arrive tant bien que mal à s’accrocher, sans tomber dans le petit canal (assez peu profond de toute façon, on n’est pas dans un grand risque…) Puis, de l’autre côté, il cherche où retraverser… En vain.
Son père et moi l’observons, Nico commence à lui donner des conseils : “Tu devrais descendre le plus possible.” C’est aussi ce que je pense mais je glisse à Nico : “Laisse-le trouver sa propre solution.”
Et voilà qu’Oscar sort un grand tronc d’arbre, se constitue une sorte de pont, le teste, le consolide avec une autre branche… et traverse, ne mouillant qu’une chaussure !
Sa main est écorchée, mais il a testé et trouvé sa limite !

On a parlé précédemment de l’expression des sentiments devant la personne d’attachement.
J’en ai eu un exemple clair hier.
Alice (9 ans) avait rdv chez la dentiste. C’est une dentiste qui ne fait entrer que les enfants, laissant les parents dans la salle d’attente.
Hier donc, la dentiste lui a arraché une dent de lait pour faire de la place à la suivante… et j’ai vu entre 2 portes, avec des larmes qui coulaient sans bruit sur ses joues…
Ca m’a fait de la peine.
Elle n’a rien dit à la dentiste, a tout supporté sans commentaire.
Une fois sortie, elle a pleuré dans mes bras. Elle était enfin dans le bon entourage pour s’exprimer…

C’est incroyable comme cette méthode de validation des sentiments fonctionne bien avec Léon (4 ans et demi) !

Je l’avais tout d’abord apprise dans Parler pour que les enfants… Puis déjà appliquée, et je continue.

La semaine dernière, il m’explique que son camp d’été à l’école ne lui plait pas, parce que dans la salle où ils sont, il n’y a pas de table comme dans sa salle de classe habituelle, et ils n’ont donc pas l’autorisation de manger quelque chose en arrivant. (Ce qui était visiblement sa façon de prendre le temps d’entrer dans l’environnement.)
Je lui commente : “Tu sais ce qui serait chouette ? S’il y avait un trou dans le mur de ta classe, comme ça, tu pourrais te glisser dedans pour aller prendre ton snack sur les tables que tu aimes bien !”
Problème terminé.

Ce matin, nous arrivons à l’ėcole quand je remarque que nous avons oublié le jeu que l’on devait apporter pour partager. Pas de problème, Léon m’explique que je n’ai qu’à retourner le chercher et revenir le lui apporter. Ah non, je ne vais pas faire ça, ça me prendrait trop de temps… Il pleure.
Je ne me démonte pas : “Ce qui serait chouette, ce serait que notre appartement soit juste en face de l’école ici, comme ça, là, je pourrais vite retourner le chercher et te l’apporter, ce ne serait pas trop long !” Ça l’a fait rire, parce qu’en face de l’école, c’est un hôpital !
Fin du problème.

Je continue à être émerveillée par cette technique toute simple !

Il est rare que l’on exprime clairement ce qu’on ressent.
Parfois, c’est pour ne pas blesser l’autre, parfois, c’est une norme sociale.
L’enfant nous regarde et comprend qu’il ne faut pas.
Il ne faut pas avoir envie que disparaisse ce petit frère qui prend tant de temps à sa maman, il ne faut pas avoir envie de taper le copain qui lui a pris son jouet…

Pourtant, tous ces sentiments sont valables. Il est bien sûr fondamental en revanche de faire la différence entre l’envie et la réalisation de cette envie.
Les sentiments sont valides rien que parce qu’ils sont, comme on l’a déjà dit dans Parents épanouis, enfants épanouis. (chapitre 2 : leurs sentiments sont bien réels)
Dans Au cœur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat revient sur ce point. Empêcher l’enfant de ressentir, c’est brimer sa confiance en soi, son estime : il a tort de ressentir ce qu’il ressent, il doit le réprimer, il est mauvais…
Non, expliquons-lui au contraire qu’il est normal de ressentir : “Tu dois être triste qu’elle te dise ça  !”, on peut même lui montrer qu’on l’accepte avec ses sentiments : “Je comprends que tu sois en colère et je t’aime tout pareil.” (Citation Isabelle Filliozat)

 

Ce matin justement, on en parlait avec Léon (4 ans). Nous traversons une période où son petit frère (2 ans) ne cesse de le taper. Je sais que ça passera, mais en attendant… Pfff… Disons que j’ai hâte que ça passe !
En tout cas, je parlais avec Léon, lui commentant justement qu’on avait hâte qu’Anatole apprenne à ne plus taper, et il m’a fait cette réflexion si juste : “Moi aussi parfois j’ai envie de le taper. Mais je ne le fais pas.” Je suis ravie de constater que cette différence est claire pour lui !
Quant à l’expression de ses sentiments, parfois il dit aussi : “J’ai envie de jeter Anatole dans un volcan !” Le message est clair…

Hier, j’étais en train de cuisiner, tandis que les 2 petits (4 ans et demi et 2 ans) étaient dans le salon.

Pas en train de jouer, en train de se chercher. L’un ne voulait pas que l’autre touche à cette voiture, mais dès que l’autre commençait autre chose, lui voulait changer aussi… Ça faisait 3 ou 4 fois que je sortais de la cuisine pour essayer de remettre les choses sur les rails, ayant même essayé le “J’ai l’impression que vous avez besoin d’un moment séparés : Anatole, va donc jouer un peu dans ta chambre.” (ce qui dura environ 3 minutes) et je me sentais de plus en plus énervée, frustrée de ne pas pouvoir avoir 10 minutes tranquilles pour cuisiner un peu.
Voilà que j’entends encore des cris, et que je les retrouve en train de se disputer un livre souple, sur le point de se déchirer, chacun tirant un bout !
De suite, j’interviens “Stop, stop STOP, STOOOP !!!”
Là, les 2 lâchent le livre, et se mettent à pleurer, Léon avec en plus les mains sur les oreilles !
Je m’arrête de suite, me mets à leur hauteur et demande :
” Je vous ai fait peur ?
– Ouiiii…”
J’en étais désolée, mais même a posteriori, je ne sais pas comment j’aurais pu réagir autrement…

“Chaque enfant est unique, il ne s’agit pas d’appliquer des règles théoriques” explique Isabelle Filliozat en parlant du maternage (premier chapitre de Au cœur des émotions de l’enfant ), en en particulier du fait de laisser le bébé dormir dans le lit des parents.

Ca me fait réfléchir.
On entend souvent qu’il ne faut surtout pas, que c’est une très mauvaise habitude ! Et effectivement, c’est ce que nous avons pensé quand nos petits étaient bébés.
C’est très peu arrivé. Il est arrivé évidemment qu’un de nos enfants finisse la nuit dans notre lit le premier mois, simplement parce que je me rendormais pendant qu’il têtait, mais nous n’avons jamais installé l’enfant dans notre lit. Pourquoi ? Peut être parce qu’on savait qu’on ne devait pas le faire, mais surtout parce que j’avais besoin de bien dormir. J’étais épuisée, et les bruits du bébé dans la chambre me réveillaient, même quand lui ne faisait que bouger un peu. Un sommeil réparateur était nécessaire pour moi, et si je devais avoir un autre enfant aujourd’hui, je le mettrais encore à dormir dans une autre pièce.
Cependant, je trouve la réflexion intéressante : c’était la meilleure solution pour nous, mais pas forcément pour d’autres parents, d’autres enfants…


Ça me fait oui ou ça me fait non ?” (La manière canadienne de poser la question, selon l’auteur)
Moi ça me faisait non, mais ce ne sera pas le cas de tous.

Le week-end dernier, je discutais avec un couple d’amis qui a du mal à faire en sorte que leur petite de 2 ans s’endorme le soir. Elle veut une présence à ses côtés. Je plaisantais : “Laissez-la moi une semaine, plus de problème, elle s’endormira à 20h !”
Oui, pour moi c’est important que les petits comprennent que l’heure après le coucher est celle de leurs parents, mais c’est parce que j’en ai besoin, tout simplement.
Maintenant je m’interroge : ces parents-là en ont peut être moins besoin que moi ? Cette petite a peut être des raisons d’avoir besoin d’être rassurée ? (On rejoint une des questions à se poser : “Quel est son vécu ?” En l’occurrence un changement de pays récent, donc un univers chamboulé !).
Ces parents arrivent peut être à trouver un meilleur équilibre que ce que je pouvais faire entre ce dont leur fille a besoin et ce qu’ils sont capables de lui donner…
Il faudra que je le leur demande : “Ca leur fait oui, ou ça leur fait non ?”

 

Retour vers l’article du livre

Dans “J’ai tout essayé !”, un des petits articles est intitulé “Elle fait exactement ce que je viens de lui interdire, et en me regardant dans les yeux !”
Ca nous est tous arrivé, et c’est vrai que c’est énervant !!
Mais Isabelle Filliozat explique que le tout-petit a une intelligence principalement “sensori-motrice”, qui passe pour le mouvement et les sensations physiques. Refaire ce qu’on vient de lui interdire est donc pour l’enfant sa manière d’intégrer le geste interdit, pas de nous provoquer.

 

Dans les jours qui suivent la lecture de cet article, j’en ai des exemples concrets : 
Anatole (2 ans) pose sa brosse à dents par terre. Je lui explique qu’il ne faut pas le faire, et la pose sur le bord du lavabo. Il la reprend, la repose par terre, et me dit “là non”, puis la pose sur le lavabo et reprend “là oui”.
Quelques jours plus tard, nous sommes dans une salle d’attente. Il est assis sur mes genoux pour me faire un câlin, mais la position ne lui convient pas. Il en change puis m’explique : “Comme ça non – en se remettant dans la première position -, comme ça oui.”

 

C’est tellement clair que je me demande comment j’ai pu ne pas me rendre compte de ce besoin avant…