Faut-il laisser un enfant pleurer ?
Beaucoup de parents culpabilisent dès que leur enfant exprime une émotion en pleurant , surtout lorsqu’on souhaite pratiquer une parentalité bienveillante.
Entre accueillir les émotions et poser une limite, l’équilibre est parfois difficile à trouver.
À travers une situation vécue, je vous partage comment j’ai choisi d’accompagner les pleurs de mon enfant au moment du coucher… sans céder, ni crier.
La parentalité positive n’est pas une éducation permissive
Nous avons beaucoup parlé récemment de la différence entre le fait d’appliquer la parentalité positive et celui d’accepter tout de nos enfants…
Non, je le répète, parentalité positive ne veut pas dire éducation permissive !
Et cependant, je comprends que certains parents n’arrivent pas à trouver le bon équilibre, parce que face à la résistance de leurs petits, ils ne peuvent les laisser seuls.
Cela amène souvent la question suivante : laisser pleurer un enfant est-ce vraiment contraire à la bienveillance ?
Accueillir les émotions, y compris celles du parent
Oui, la bienveillance nous enseigne à recevoir les émotions, et je pourrais le répéter beaucoup, mais il est aussi important de recevoir les nôtres !!
Donner l’opportunité à nos enfants d’écouter notre émotion, c’est aussi les respecter.
Ainsi, il n’est pas rare que je dise à Anatole, 3 ans : « Moi, j’aime bien qu’on me parle gentiment. », et, en général, ça suffit pour qu’il cesse de geindre et reformule sur un ton plus agréable… Ce à quoi je réponds : « Ah, c’est agréable quand tu me parles comme ça ! »
Mais parfois, ça ne marche pas bien, comme dans certains moments d’opposition de l’enfant et il faut savoir résister à plus. C’est souvent là que poser une limite en parentalité positive devient difficile pour l’adulte.
Je crois quand même que c’est nécessaire, et c’est pourquoi je voudrais partager cette anecdote.
La situation concrète du coucher
C’est l’heure du coucher , un moment classique de tensions dans les familles. Je suis dans la chambre d’Anatole, qui joue. Je lui indique que c’est l’heure de mettre le pyjama, mais il ne sourcille pas. J’essaye différentes méthodes : le choix, l’appeler, le lâcher-prise, rien ne marche.
Au bout d’un moment, comme je sens mon propre agacement monter (ouf, je commence enfin à savoir m’écouter un peu !), je déclare :
« Bon, voilà ce que je vais faire. Je vais aller dans le salon lire un livre avec Alice, tu pourras nous rejoindre quand tu auras mis ton pyjama. » et je sors.
Anatole, bien sûr, se met à pleurer…. « Noooon… je veux que tu me mettes le pyjamaaaa… »
Mais je ne sourcille pas, ne dis rien, et continue mon chemin . Ce sont sont des pleurs de frustration face à une limite, pas un abandon. J’essaye d’accompagner ses émotions sans céder à la demande.
Peut-on laisser un enfant pleurer sans le blesser ?
Et je sais que c’est le moment où je perds certain(e)s d’entre vous : il ne faut pas laisser un enfant pleurer !!
J’ai cependant 2 remarques importantes à faire, avant que vous lisiez la suite :
1- Il ne va pas mal, il est seulement contrarié. A cet âge, pleurer est simplement une façon de d’exprimer son émotion de frustration , ce que je le laisse faire, évidemment. On touche ici à la validation des sentiments : quand on cherche à ce qu’il ne pleure plus, c’est qu’on voudrait « régler le problème ». Mais il est des problèmes qui ne se règlent pas immédiatement, l’émotion peut être vécue et traversée. En tant qu’adulte, nous avons du mal avec les pleurs comme moyen d’expression, et c’est probablement une des raisons pour lesquelles nous avons tendance à nier les sentiments.
2- Vaudrait-il vraiment mieux, comme je le vois souvent, que je remballe encore mon agacement montant pour faire face, jusqu’au moment où je ne le peux plus et que je me mets à hurler ? Ca ne me semble pas beaucoup plus bienveillant….
Poser une limite ET rester présent
Alors je l’ai laissé, et je me suis mise dans le canapé avec ma fille pour lire un livre (parce qu’après tout, elle aussi elle a le droit à une maman détendue !).
Les pleurs d’Anatole ont duré environ 1 minute. Puis, on ne l’a plus entendu.
Jusqu’à ce qu’il accoure, un grand sourire aux lèvres, en pyjama, claironnant : « Je suis prêt ! », et que je l’accueille sur le canapé pour continuer l’histoire avec nous !
Faut-il laisser un enfant pleurer ?
La question n’est pas vraiment de savoir s’il faut ou non laisser pleurer un enfant, mais pourquoi il pleure et comment l’adulte reste présent.
Un enfant peut pleurer parce qu’il est en détresse… ou parce qu’il vit une frustration face à une limite nécessaire. Dans ce second cas, empêcher absolument les pleurs reviendrait surtout à éviter l’émotion, pas à accompagner l’enfant.
Ici, je n’ai pas ignoré mon enfant : j’ai maintenu un cadre tout en restant disponible pour l’accueillir ensuite.
Non laisser un enfant vivre sa frustration quelques instants n’est pas incompatible avec la parentalité positive. Cela montre à l’enfant qu’il a les ressources pour traverser une émotion. C’est parfois aussi ce qui permet d’éviter cris, luttes de pouvoir et épuisement parental.
C’est la présence de l’adulte pendant l’apprentissage des limites.
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FAQ — Les pleurs de l’enfant et la parentalité positive
Faut-il intervenir immédiatement quand un enfant pleure ?
Pas toujours. Tout dépend de la raison des pleurs.
Un enfant qui a peur ou qui souffre a besoin d’une réponse rapide. En revanche, un enfant frustré par une limite peut pleurer tout en restant accompagné par la présence et la sécurité de l’adulte.
Laisser pleurer un enfant peut-il créer un traumatisme ?
Un traumatisme apparaît lorsque l’enfant est seul, ignoré ou en détresse prolongée.
Des pleurs courts liés à la frustration, avec un parent disponible ensuite, ne produisent pas le même effet : l’enfant expérimente une émotion et apprend qu’il peut la traverser.
Comment accompagner les émotions sans céder ?
On peut reconnaître l’émotion tout en maintenant la limite :
“Je vois que tu es en colère, mais c’est l’heure de dormir.”
L’enfant n’a pas besoin que la règle disparaisse, il a besoin que son ressenti soit compris.
Pourquoi mon enfant pleure davantage quand je pose un cadre ?
Parce qu’il exprime la frustration de ne pas obtenir ce qu’il souhaite.
Les pleurs sont souvent le signe que la limite est réelle et claire, ce qui aide l’enfant à construire ses repères.
Faut-il éviter toute frustration en parentalité positive ?
Non. La parentalité positive ne consiste pas à supprimer les frustrations mais à aider l’enfant à les vivre sans peur ni humiliation.
L’apprentissage des limites passe forcément par des émotions parfois intenses.