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Que faire si mon enfant tape ?

L’enfant qui tape… Voilà un des comportements les moins facilement acceptés par la société.

(On peut d’ailleurs s’interroger au passage sur cette société qui considère qu’un enfant qui tape se comporte mal, mais trouve au contraire normal qu’un parent tape son enfant pour lui apprendre à bien se comporter… Cette contradiction est évidemment à noter dans les bonnes raisons de ne pas taper son enfant.)

Seulement voilà, lorsque le cas se présente chez nous, que faire ?

Commençons déjà par nous interroger sur les causes. Il est toujours plus efficace de chercher la raison derrière le comportement que de s’adresser seulement à comportement lui-même, c’est à dire à la manifestation extérieure du problème.

Pourquoi tape-t-il ?

En général, quand on en arrive à frapper, c’est qu’on se sent démuni. Frapper, pour un enfant – comme pour un parent – est un aveu d’impuissance. Celui qui frappe croit qu’il n’a plus d’autre solution !

Plus l’enfant est jeune, moins il a eu le temps de développer des solutions alternatives. Il est donc assez logique pour lui de taper celui qui l’agresse (en tout cas selon son ressenti), c’est sa manière de se défendre.

C’est en grandissant que l’enfant va développer d’autres solutions, et nous pouvons l’y aider.

Le cerveau de l’enfant est encore en développement. Il apprend énormément, et a des capacités que nous, adultes, n’avons plus. A l’inverse, certains de ses circuits ne sont pas encore complètement mûrs. En particulier, toute la partie de gestion des émotions. Et voilà pourquoi un jeune enfant peut se jeter par terre pour hurler et taper des pieds quand il fait face à une trop grande frustration !

Si nous ne faisons jamais ça au bureau, c’est bien sûr parce que nous avons enregistré certaines règles sociales, mais pas seulement ! Nous avons aussi une capacité à gérer nos émotions que l’enfant n’a pas encore. Cette partie du cerveau ne sera complètement développée qu’à 25 ans…

Il revient donc au parent d’accompagner l’enfant dans sa gestion de l’émotion.

Pour cela, un outil central  : recevoir l’émotion en question !

Il est difficile de vivre sa colère, mais si en plus, la personne qui nous fait face nous commente : “Arrête de t’énerver !”, on va plutôt exploser ! Face à un enfant en colère, on commentera donc plutôt : “Je vois que tu es très énervé !”. Le simple fait de voir que l’émotion est perçue par l’entourage aidera à calmer l’enfant.

Si, comme dans le cas qui nous intéresse, l’enfant va jusqu’à en taper un autre (ou un parent), on peut également constater cela : “Tu es tellement énervé que tu n’as pu t’empêcher de me taper !”. Ce n’est pas la peine de le nier, c’est un fait. On l’observe, c’est tout. Ca ne veut pas dire qu’on est d’accord. On va au contraire passer le message à l’enfant que les émotions sont toutes permises, mais que les actes ne le sont pas : “Je vois que tu es très énervé ! En même temps, je ne peux pas te laisser taper ton frère. Il va falloir trouver d’autres façons d’exprimer ta colère !”

 

Le modèle

Un enfant reproduit ce qu’il observe. Donc, plus l’enfant verra autour de lui des adultes qui tapent, plus il tapera lui-même. Comme nous le disions en début d’article, si nous voulons que notre enfant apprenne à ne pas taper, le premier principe à suivre sera évidemment de ne pas le taper !! Jamais. C’est aussi simple que cela.

Et si nous sommes à court d’alternatives, passons le temps qu’il faudra à développer d’autres compétences, nous gagnerons bien plus de temps à long terme qu’en entrant dans un rapport de force qui va encourager sa rébellion.

 

Le temps de pause

L’outil le plus essentiel pour éviter d’exprimer sa colère de telle façon, c’est de prendre un temps de pause.
Là encore, cette méthode est valable autant pour les enfants que pour les parents.
Un temps de pause, cela signifie qu’il faut s’extraire un moment de la situation.

Attention cependant : nous ne sommes pas dans le schéma de l’isolement “pour y réfléchir”. Car, en étant submergé par la colère, on n’est pas capable de réfléchir !! Le vocabulaire utilisé, le ton, notre présentation des choses enfin, fera toute la différence.

Le message : “Je vois que tu es trop énervé pour pouvoir parler pour l’instant. Je te propose de prendre un temps de pause, pour laisser la colère retomber.”

L’idée est qu’il prenne le temps de se reconnecter à lui-même. Alors seulement, il sera possible de parler de la situation.

L’idéal serait de pouvoir l’y aider, l’accompagner dans cette démarche. Surtout pour les plus jeunes.

Cependant, ce n’est pas toujours facile. Je suppose que cela dépend également du parent. De mon côté, je sais que je ne suis pas capable de faire face trop longtemps à une tempête émotionnelle : si je prends trop sur moi pour cela, je serai tellement tendue que c’est ensuite moi qui me mettrai à crier, ce qui n’est pas souhaitable non plus !! Alors, je m’écoute. Lorsque je suis sereine, je reçois et j’écoute tout en continuant à parler doucement. Parfois, je fais appel à l’image de la coupe pour recevoir les pleurs de l’enfant, qui me permet de m’en détacher.
Et puis, lorsque je sens que je ne le peux pas, que je dois également prendre soin de moi pour pouvoir prendre soin des enfants, je fais le choix de laisser le temps à l’enfant de son côté. “Je comprends que tu aies besoin de temps. Tu peux aller pleurer dans ta chambre, si tu veux.”

Jane Nelsen (auteur de la discipline positive) suggère même la création d’un endroit spécial pour le retour au bien être. Cet endroit peut avoir été conçu avec l’adulte en dehors d’un moment de colère. L’enfant peut alors décider d’y mettre un coussin, un livre, ce qu’il veut pour l’aider à se sentir mieux.

Cette méthode est également à utiliser lorsque les enfants se tapent entre eux : certes, il vaut mieux les séparer. Cependant, nous ne choisirons pas de les séparer avec des mots associés à la punition tels que “Chacun dans sa chambre ! Et vous n’en sortez pas avant que je vous le dise !”, mais plutôt : “Je vois deux enfants très énervés, je crois que vous avez besoin d’un moment de pause.”

 

Prévenir plutôt que guérir

Autant lorsque l’enfant est sous le coup de la colère, il est impossible de l’atteindre, autant en parler avec lui pendant un moment calme sera une bonne idée.

Plus nous parlerons avec l’enfant de ce que sont les émotions, mieux il pourra les comprendre et les contrôler.

Donnons-lui le vocabulaire qui convient pour qu’il puisse communiquer ce qu’il ressent, et cherchons des options avec lui :  “Ecoute, je vois que tu as encore du mal parfois à exprimer ta colère autrement qu’en frappant. Est-ce que tu voudrais qu’on réfléchisse ensemble à d’autres façons de réagir ? ”

Et les autres façons de réagir ne manquent pas :
respirer, dessiner sa colère, s’isoler (dans un coin de retour au calme conçu pour, comme évoqué précédemment, c’est encore mieux !), compter jusqu’à 10, courir autour de la table, aller crier dans le jardin…
Une bonne manière d’exposer ces alternatives peut être de construire avec l’enfant une roue des options !

Lorsque l’enfant tape, développer son empathie

Je me joins à Jane Nelsen pour dire que chaque erreur est une opportunité d’apprentissage.

Lorsque l’enfant tape, il fait une erreur. Ne lui tombons pas tout de suite dessus, il a besoin d’apprendre.

Que va-t-il apprendre cette fois ? L’empathie !

Lorsqu’il sera en mesure de nous écouter (inutile, je le répète, d’essayer de lui parler tant qu’il est sous le coup de la colère), nous pourrons l’encourager à essayer de se mettre à la place de l’autre : “Je crois que tu as fait mal à ton copain. As-tu vu qu’il s’est mis à pleurer ? Sais-tu pourquoi ?”

Un exemple incroyable d’accompagnement de l’enfant vers l’empathie après un épisode où un enfant tape l’autre :  celui du blog Happynaiss avec ses filles.

 

Et si l’enfant nous tape ? Poser nos limites.

Si l’enfant nous tape, c’est encore une opportunité ! L’opportunité de lui donner l’exemple de ce que l’on peut faire lorsque quelqu’un nous tape. Parce que l’enfant apprend par l’exemple, notre façon de réagir l’inspirera le jour où cela lui arrivera. Cela peut nous aider à décider comment nous réagirons face à lui, conscients de l’exemple que nous sommes en train de lui donner.

Pour cela, prenons le temps d’y réfléchir : imaginons qu’un camarade lui donne des coups. Comment voudrait-on qu’il réagisse ? C’est probablement de là qu’il faut partir pour décider comment nous réagirons face à lui.

Je ne sais pas quelle sera votre réponse face à cette question. Chacun la sienne.

De mon côté, je n’ai pas envie qu’il réagisse en rendant les coups (à son petit frère qui n’aura pas encore appris à se contrôler par exemple), ni pour autant qu’il accepte juste de recevoir des coups.
Non, je voudrais qu’il sache poser ses limites, et communiquer le fait qu’il n’est pas d’accord.

Alors, c’est ce que je vais faire.

Je ne le laisse pas me taper, et je le lui dis clairement : “Je sais que c’est difficile pour toi. En même temps, je ne peux pas accepter de me laisser frapper.” ou bien, comme le suggère Anne-Caroline en commentaire : “Je sais que c’est difficile pour toi. En même temps, je refuse de me laisser frapper.” , ce qui permet de garder une formulation positive.
Ainsi, je reçois sa colère, je ne l’humilie pas, je suis juste ferme sur ma position. Et si cela ne suffit pas, j’agirai, en m’éloignant, et en restant hors de portée.

Après l’épisode, et pour que ce soit clair, j’en parlerai avec mon enfant.

Je chercherai d’abord à “prévenir plutôt que guérir”, comme évoqué plus haut : “Je vois que parfois, tu es tellement enerve que tu as envie de me taper. Tu as le droit d’être d’énervé, mais pas de me frapper. On peut chercher ensemble d’autres moyens d’exprimer ta colère si tu veux.” , mais je le préviendrai également de la conséquence dans le cas où il n’y parviendrait pas : “Si à un moment où tu n’y arrives pas, tu recommences à me frapper, je changerai de pièce. Je serai ravi(e) de revenir te parler et t’écouter si tu le veux lorsque tu seras prêt à communiquer avec moi sans me taper.”
Ainsi, si cela recommence, effectivement changer de pièce, simplement. Sans trop commenter.
Soit en disant juste : “Tu es énervé. Je ne suis pas d’accord pour que tu me frappes.”, soit même en ne disant rien, puisqu’il le sait déjà. S’en aller, simplement.
S’il se calme et revient, parfait.
S’il hurle, à nous de revenir au bout d’une minute, et demander : “Je voudrais bien t’aider. Es-tu prêt à ne plus me frapper ?” Simplement.

Parce que c’est bien ce que je voudrais que mon enfant fasse si quelqu’un le tape. Qu’il s’en aille. Pas qu’il se laisse taper. Je lui donne ainsi le modèle de comment poser ses limites physiques. Je me respecte moi-même et lui montre comment faire.

 

La courbe d’apprentissage

Dans cet apprentissage, comme pour n’importe lequel, le temps est clef. Rome ne s’est pas faite en un jour.

Chez nous, à un moment, on répétait : “on ne tape pas, on ne pousse pas, on exprime sa colère avec des mots”. Parce que mon 3e tapait régulièrement mon 4e. Et je ne voulais pas qu’on crie non plus. Puis j’ai compris qu’il fallait laisser le temps de l’apprentissage, alors j’ai accepté les cris. Parce qu’il valait mieux qu’il crie plutôt qu’il tape !

Parfois, il faut savoir gérer les priorités, ne pas s’attaquer à tout à la fois.

Et sur son chemin, l’enfant a également besoin de se construire. De construire une image de lui-même selon laquelle il est capable de réagir sans taper. Alors, plutôt que d’insister sur le fait de ne pas taper lorsque cela lui arrive, remarquons plutôt les moments où cela se passe bien.

Ainsi, dans cette période évoquée ci-dessus, je notais : “Dis donc, je t’ai entendu crier, tu étais très enervé !! Et tu as réussi à le dire sans frapper.” Pas besoin de compliment, rien que le fait que vous l’ayez noté suffit ! Ca aide l’enfant à changer l’image qu’il a de lui-même. Parce que si on passe trop de temps à lui dire tout ce qui ne va pas, il ne voit plus qu’il sait faire autrement.
Plus tard, on a travaillé sur les cris…

La clef donc : ne pas se désespérer, persévérer, et surtout, surtout, avoir confiance. Votre enfant apprendra. C’est certain.

 

Note : L’on m’a fait le commentaire, tout à fait exact, que ce cas traite particulièrement de l’enfant qui tape sous l’effet de la colère, et omet celui de l’enfant qui tape parce qu’il déborde d’enthousiasme.
Pour ce dernier cas, je vous conseille de voir cette vidéo de Charlotte, de Cool Parents Make Happy Kids.

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6 bonnes raisons de ne pas taper son enfant

L’éducation traditionnelle a encore du mal à s’éloigner des VEO (ou Violences Educatives Ordinaires) – taper les enfants, les humilier…  Le débat soulevé lorsqu’il a été question de mettre en place en France une loi “anti-fessée” (qui recouvrait en fait bien plus que la question des fessées) montre bien l’intensité de la polémique sur le sujet.

Réponse classique : “J’ai pris des fessées quand j’étais petit, je n’en suis pas mort…”
Mon ambition pour mon enfant va au-delà de sa survie, mais je comprends que ce que veut dire celui qui dit cela, c’est : “Je ne m’en porte pas plus mal.”
Or, je ne pense pas que l’on puisse affirmer cela. Peut-on vraiment mesurer l’impact sur sa confiance en lui, sur sa faculté à prendre des risques, à essayer ? Sur sa manière de percevoir le rôle de l’autorité, de l’obéissance ? D’ailleurs… cette personne est devenu quelqu’un qui considère qu’il est normal de taper un enfant…
Je me perds, je m’enflamme, et vais donc de suite m’interrompre pour me recentrer sur l’objet de cet article !

6 bonnes raisons de ne pas taper son enfant :

 1. Taper son enfant lui fait mal

Rien que ceci devrait être une raison suffisante ! Il est rare qu’un parent ait vraiment envie de faire mal à son enfant. Nous aurions même plutôt l’élan de nier leurs moments douloureux, d’où notre tendance à nier leurs sentiments difficiles.

Ecoutons-nous, et épargnons-leur une douleur venue directement du parent.

A cette idée, certains répondent au contraire que c’est le but : s’il a mal, il n’aura pas envie de recommencer ! Oui, mais cela crée une vraie détresse pour l’enfant. Sa famille est théoriquement l’endroit où il se sent en sécurité. Il a une grande confiance en ses parents, en particulier pour ce qui est de le protéger. Si ses parents le frappent (en précisant même parfois que c’est “pour son bien”), comment l’enfant peut-il vraiment ressentir de la sécurité, fondamentale pourtant pour qu’il donne le meilleur de lui-même.

 2. Cela lui montre que frapper est un acte autorisé

L’éducation passe majoritairement par l’exemple. Nos enfants reçoivent bien moins ce que nous leur disons que ce que nous faisons.

Ainsi, taper sur la main d’un bébé est malheureusement la meilleure manière de lui enseigner que taper fait partie des options possibles…

Si nous frappons l’enfant qui se comporte “mal”, il n’y a pas lieu d’être surpris du fait qu’il se mette lui-même à frapper son camarade qui ne se comporte pas comme il le voudrait. C’est ce que nous lui avons enseigné.

Note : il existe des alternatives dans nos réactions face à l’enfant qui tape.

 3. Taper un enfant rompt notre relation avec lui

Lorsque nous tapons l’enfant, nous rompons le lien affectif. Il se met automatiquement en position de repli, de rancoeur, de colère. Il aura évidemment encore moins envie de coopérer.

On se comporte mieux quand on se sent bien. Si nous ne cultivons pas le lien avec notre enfant, on voit nos chances de coopération s’amenuiser fortement…

4. Cela ne lui enseigne rien

Taper l’enfant pour corriger un comportement, c’est axer l’enseignement sur un réflexe pavlovien : “quand je fais ça, ça me fait mal, donc je ne vais plus le faire.” Ca marche peut-être sur les chiens (encore que, d’après ce que j’ai entendu dire, cette méthode de dressage de animaux soit également en train d’évoluer…), mais dans la démarche, notre enfant ne comprend pas pourquoi le comportement en question est inapproprié. Il pourra d’autant moins le comprendre que nous éliminons par nos gestes toute possibilité d’y réfléchir : notre tape lui aura donné une distraction mentale. Il ne pensera plus qu’à cela.

J’en veux pour preuve cet épisode qui nous a permis de constater à quel point une “simple” tape de son grand-père est encore présente, même émotionnellement, dans l’esprit de notre fils de 3 ans, un an après les faits… La raison de la tape a, elle, disparu !

 5. Taper encourage au mensonge

Si l’enfant n’a pas compris pourquoi son comportement nécessitait correction (!), il comprend au moins que ce n’est pas à notre goût. Donc, s’il n’est pas prêt à y renoncer, il s’attachera en revanche à faire en sorte que nous ne soyons pas au courant, afin d’éviter nos gestes brutaux.

C’est alors un vrai choix : faire passer l’aspect “éducatif” d’abord, ou la confiance entre l’adulte et l’enfant.

 6. Cela peut détruire son estime de lui-même

Comme nous le soulignions au point 1, un jeune enfant a une grande confiance en ses parents. Il cherchera souvent à justifier leur comportement. Donc, une partie de lui-même est en colère, et vengeur, et, en même temps, une autre internalise que si le parent frappe, c’est qu’il le méritait. Il a donc vraiment mal agi, il est mauvais… Et c’est alors l’image qu’il aura de lui-même… à long terme !

 

Mon frère, qui faisait partie du groupe “J’ai pris des fessées, je n’en suis pas mort !”, me dit qu’il ne lui a pas fallu plus d’un quart d’heure pour changer d’avis, en ayant pris le temps d’y réfléchir ainsi.

Et vous ? Cela vous parle-t-il ?

“C’était juste une petite tape !” ou l’impact de nos gestes sur un enfant…

Juste avant l’été, nous avons été surpris par l’épisode suivant, qui nous a permis de toucher du doigt l’impact de nos gestes sur un enfant, même lorsqu’il ne s’agit que d’une “petite tape”.

Nous étions au téléphone avec le père de mon mari. Nous allons bientôt les voir et loger chez eux quelques jours, et nous en discutons.

Anatole (3 ans) demande à parler à son papy.
A ce moment-là, il est très tranquille, et rien ne laisse présager ce qui va suivre.
Il lui dit “Papy ? Bonjour ! Ca va ?”
Puis demande : “Papy, tu te souviens quand j’étais chez toi et que tu m’as tapé sur la main ?”
Nicolas et moi nous regardons… nous n’avons aucune connaissance de cet épisode.
Je suis sidérée qu’Anatole puisse s’en souvenir, alors qu’on n’a pas vu ses grands-parents depuis près d’un an, il avait donc 2 ans 1/2…
Le-dit papy répond qu’il ne s’en souvient pas non plus, ce que je n’ai aucun mal à croire.
Anatole complète : “Quand je va venir chez toi, est-ce que tu vas encore me taper la main ?”
Avant même que son papy ne réponde, je vois les coins de sa bouche qui s’affaissent…
En reparler l’a projeté dans l’émotion de ce moment-là… Il me regarde, et se met carrément à pleurer !!
Il a franchement peur que ça se produise de nouveau !!!

J’ai trouvé cet épisode très fort, et riche d’enseignement.
Car je n’ai aucun doute que la tape donnée par son grand-père l’a été sans méchanceté, seulement parce que cela fait partie des méthodes éducatives classiques, reçues et apprises.

J’ai tendance à vouloir accorder le bénéfice du doute à ceux qui utilisent encore des méthodes de violence éducative ordinaire (ou VEO), parce que je sais que dans la plupart des cas, ce n’est qu’une question d’ignorance.
Dans cette catégorie de VEO, on range aussi bien les violences physiques, que les humiliations, insultes, punitions… (Si le sujet vous intéresse, le site OVEO vous en dira plus.)
Mais comment remettre en cause tout ce qu’on nous a appris ?

C’est vrai, certaines personnes affirment depuis longtemps déjà qu’on n’aide pas les enfants à grandir en ayant confiance en eux avec de telles méthodes.
Mais ce n’est que récemment que les neurosciences ont démontré à quel point ces violences pouvaient avoir un effet néfaste sur le développement du cerveau…

Pour se comporter bien, un enfant doit se sentir bien.
Et nous l’avons bien constaté lors de cette conversation : une “petite tape” peut être beaucoup plus conséquente que ce que nous croyons. Au point qu’un an plus tard, Anatole l’a tant intégrée, qu’elle lui provoque encore de la détresse, et de la peur à l’idée de revoir son grand-père !

Et voilà entre autres pourquoi nous cherchons d’autres méthodes éducatives…

Avez-vous déjà vécu un épisode similaire ?

Pour ou contre la punition ?

Je remonte enfin mes manches pour aborder vraiment la question de la punition. Se faire son avis sur ce point n’est pas toujours évident. Et pourtant, je vais le formuler simplement : êtes-vous pour ou contre la punition ?

La première fois que j’ai écrit ici sur le sujet, c’était il y a près de 2 ans, en résumant le chapitre sur la punition de Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent.

C’est drôle pour moi de relire cet article, parce que j’y notais que mon mari et moi n’étions pas encore bien en ligne, et que je ne croyais plus à la punition.

Depuis, ma croyance s’est affirmée, et mon mari est devenu également convaincu ! Nous avons avancé ensemble sur ce chemin. Je vous invite ici à mieux comprendre pourquoi.

 

Tout d’abord, nous pourrions commencer par nous poser la question suivante :

Pourquoi punissons-nous ?

C’est vrai, ça, pourquoi ? C’est étrange quand on y pense : lorsque nous abordions les raisons pour lesquelles nous nions les sentiments des enfants, nous avons parlé de notre tendance à vouloir leur éviter les expériences négatives,  à les protéger de leurs moments de détresse… et pourtant, nous n’hésitons pas à les faire se sentir mal pour les encourager à se comporter bien… bizarre…

Enfin, cette remarque mise de côté, je vous encourage surtout à vous retourner sur les cas dans lesquels vous êtes tentés par cette solution. Quels sont les moments où vous avez recours à la punition ?

Ayant déjà posé cette question à de nombreux parents, je sais que la réponse la plus fréquente est : “quand je ne trouve plus d’autre solution”.

Voilà, tout est là. En fait, punir un enfant, c’est avouer qu’à ce moment-là, on est incompétent ! On ne sait pas quoi faire d’autre, on est désemparé !!

Bon.

Mais arrivons alors à la question suivante : la punition fonctionne-t-elle ?

Après tout, on pourrait dire que si la punition atteignait son but, même si elle n’est pas agréable, elle est nécessaire, et c’est une méthode à employer. Cependant, est-ce le cas ? La punition d’un comportement inadéquat permet-elle de corriger ce comportement ?

Oui. Souvent, l’enfant cesse. La punition fonctionne. A court terme.

Oui, c’est bien ce que j’ai écrit : à court terme. Parce que finalement, dans la majeure partie des cas, le comportement en question revient. Ou bien, pour que ça continue à marcher, il faut punir plus fort. Et on entre dans un cercle vicieux…

Ce n’est pas tout à fait vrai, il est également possible que ça fonctionne à plus long terme si on réagit de façon vraiment forte. Si l’enfant a vraiment peur de nous, et que nos réactions lui font passer le message qu’il ne vaut rien. Du coup, il n’essaye plus, il entre en mode de soumission complète, avec une confiance en lui complètement anéantie. Hum. Je ne peux même pas m’attarder sur ce cas qui me brise le coeur.

Revenons donc au cas plus courant de la punition à court terme.

Question suivante :

Que ressent un enfant qui est puni ?

D’abord, évidemment, il est en colère contre le parent qui lui a posé la punition ! Ca lui donne de la rancoeur, ça encourage son désir de vengeance…

Je fais ici appel à votre imagination : vous êtes au travail, et vous avez oublié de rendre le document que votre responsable attendait de vous. Il vous en fait le reproche, puis décide que puisque c’est comme ça, vous resterez 1h de plus tous les soirs de la semaine suivante. Comment vous sentez-vous ?
Ca vous parait logique, juste ? Ca vous donne envie de mieux collaborer avec lui la prochaine fois ?
D’un certain côté, un peu, parce que vous avez peur que ça vous arrive de nouveau, mais le ferez-vous de gaieté de coeur ? Essayerez-vous de rendre le meilleur travail possible ? Ou serez-vous tellement rancunier qu’à la première occasion, vous essayerez de lui mettre des bâtons dans les roues ? Mais attention : sans vous faire prendre !
Donc, en plus de la rancoeur et du désir de vengeance, ça encourage aussi un désir de dissimulation !!

La prochaine erreur ne sera pas assumée, elle sera cachée, simplement.
Nous pouvons abandonner nos espoir d’enseignement du sens des responsabilités…

Toute connexion est donc brisée, et toute démarche de coopération tuée dans l’oeuf…

Car, comme le dit Jane Nelsen, il est nécessaire de connecter avant d’enseigner. (Au passage, quelques pistes pour connecter dans cet article)

Arrivé à ce stade de la réflexion, normalement, on commence à comprendre que la punition n’est pas seulement inefficace, mais carrément contre-productive. 

Mais ce n’est pas fini. Car le raisonnement peut aller plus loin.

Marshall Rosenberg (le créateur de la CNV – Communication Non Violente) suggère de se poser 2 questions quand on fait face à un comportement inadéquat de l’enfant :
“Que voulez-vous que votre enfant fasse différemment ?”
“Quelle motivation souhaitez-vous que votre enfant ait pour faire ce que vous lui demandez ?”

Et c’est cette deuxième question clef qui change tout : si la réponse est “la peur de la punition”, alors on peut continuer à punir. Toute autre réponse nous aide à remettre la punition en cause, parce qu'”elle l’empêche d’agir pour les raisons que nous aimerions qu’il ait.”

Oui, elle l’empêche. Car, comme le disait le Dr Ginott (le mentor de Faber&Mazlish), en le punissant, nous offrons à l’enfant une distraction : au lieu de réfléchir à ce qu’il a fait, il rumine sa colère contre nous !

En fait, la punition est simplement une forme de contrôle extérieur. Nous ne développons pas en punissant la motivation interne mais l’obéissance à la personne qui a le pouvoir.

Mais j’ai des raisons de ne pas vouloir d’enfant obéissant, et je ne veux pas leur donner ce modèle de l’usage du pouvoir positionnel.

Voilà pourquoi la punition n’existe plus chez nous.

 

Ce qui nous amène à la dernière question de cet article, celle que vous attendiez avec impatience :

Sans punition, comment faire ?

D’abord, commençons par discuter du problème. Car parler vaut mieux qu’une punition !

Cherchons à comprendre ce qu’il s’est passé, en leur accordant le bénéfice du doute. Nous aiderons ainsi nos enfants à avancer, en leur enseignant la valeur de l’erreur, opportunité d’apprentissage (comme nous l’avions évoqué quand nous avons exposé les principes adlériens, fondateurs de la discipline positive).

Ensuite, si la situation se répète, nous entrerons avec lui dans une démarche de recherche de solution.

Vous en trouverez la description dans le chapitre 4 de Parler aux ados pour qu’ils écoutent, les écouter pour qu’ils parlent, et son application ne se limite absolument pas aux ados.
(Voici d’ailleurs des exemples qui vous inspireront peut-être :
avec Léon, 3 ans, qui nous réveillait le matin
avec Léon et Anatole, 5 et 3 ans, pour savoir qui aurait le premier câlin
avec les enfants de mon amie, 11 et 5 ans, qui sautaient sur le trampoline)

Enfin, si la recherche de solution ne donne rien, ne fonctionne pas (ou pas encore), on pourra penser à mettre les enfants face à leurs responsabilités en imposant des conséquences.
Pas des punitions, des conséquences.

Ainsi, nous éloignant enfin de cette VEO (Violence Educative Ordinaire) qu’est la punition, nous entrerons enfin dans une relation plus respectueuse avec notre enfant, (le respect ne sera plus une notion toute relative), et nous lui passerons le message que nous sommes dans son équipe. Que nous sommes son guide pour l’aider à grandir, et à se développer, comme une personne responsable, et capable de trouver sa propre motivation. Ayons confiance.