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“Tu es comme tu es” – Olivier Clerc

Nous avons déjà évoqué le fait qu’au fur et à mesure de notre avancée sur le chemin de la parentalité positive, nous sentions le besoin de modifier un peu l’environnement. La littérature jeunesse est l’un des domaines dans lequel cela se ressent le plus. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de choisir de retirer des livres de notre bibliothèque. Des livres que j’avais pourtant lus à mes aînés sans qu’ils ne me posent problème. Ma conscience s’est éveillée, et je ne les lis plus de la même manière. Je fais plus attention aux exemples que je donne à mes enfants. Évidemment, cela soulève donc une autre question : où trouver des livres adaptés à nos principes ? Une littérature jeunesse qui ne se contente pas de ne pas nous heurter mais qui soutient notre démarche.

Le livre que je veux vous présenter aujourd’hui entre dans ce cadre.

L’histoire de « Tu es comme tu es. »

Nous ne sommes pas ici dans le roman d’aventures ! L’histoire est très simple. C’est celle d’un petit lapin, de ses échanges avec son entourage, et de ses questionnements. L’accent est donc plutôt mis sur les sentiments de ce petit lapin, et le regard qu’il pose sur le monde.

Au départ, il s’agit simplement de rencontres successives avec une souris, et un cheval, qui le trouve l’un grand, l’autre petit. Le lapin, un peu perdu, ne comprend pas comment il peut être simultanément grand et petit… et s’en ouvre à sa maman, qui lui  explique un peu la question de référentiel, et termine par cette réponse un peu obscure : « Tu es comme tu es, et je t’aime comme tu es. »

Le lapin n’est pas sûr de bien comprendre, mais il reçoit le message d’amour inconditionnel.

Pour l’instant, cela parait un peu simpliste, mais… vous allez voir que ça ne l’est pas autant que ce que l’on croit !

Le jour suivant, le lapin est successivement qualifié de méchant, et de gentil. De nouveau dérouté, il en parle à son papa, qui lui répond, je vous le donne en mille : « Tu es comme tu es, et je t’aime comme tu es. »

Cette réponse ne vient pas seule. Le papa prend le temps d’écouter, d’expliquer d’où vient le jugement de chacun. D’aider son fils à comprendre ce qui a pu se passer pour chacun de ses interlocuteurs.

Grâce à cette nouvelle compréhension, le petit lapin va pouvoir vivre une amitié qui partait mal…

Le message au coeur du livre

Lorsque le papa aborde la question de la perspective de chacun sur le jugement de “méchant” ou “gentil”, on comprend déjà mieux pourquoi l’auteur a commencé par les notions de grand et petit. L’enseignement du référentiel est tellement clair lorsque l’on parle de taille, que cela aide à mieux le comprendre ensuite.

Puis, le papa livre au lapin un puissant secret :

« Quand quelqu’un te dit quelque chose sur toi, il te révèle toujours quelque chose sur lui-même en même temps. »
« Par exemple, quand Ronald affirme que tu es méchant, il te fait également savoir qu’il est triste et fâché. »

Et là, on touche à un point plus délicat ! Comprendre d’où viennent les mots de l’autre peuvent nous aider à comprendre ce qu’il nous dit de lui-même. Comprendre ce qui est vivant chez lui.

C’est compliqué dans la pratique, et le petit lapin se retrouve dans une situation courante : il se retrouve “attaqué” par le copain qui lui dit qu’il est méchant, il a évidemment envie de réagir vivement.

Le lien avec la CNV

Nous sommes ici au coeur de la Communication Non Violente (=CNV). Réussir à écouter l’autre avec le coeur, au lieu de prendre les choses personnellement. C’est souvent difficile, bien sûr ! Comment ouvrir son coeur lorsque l’on se sent attaqué ?

La CNV parle de 4 modes d’écoute : les oreilles “chacal” ou les oreilles “girafe”, et dans chaque cas, tournées vers l’intérieur ou vers l’extérieur.

Ici, le message propose de mettre des oreilles girafe vers l’extérieur, pour bien entendre ce que vit l’autre. Comprendre que lorsqu’il nous dit quelque chose sur nous, il nous dit également quelque chose sur lui-même. Puis choisir, en conscience, de réagir à ce message caché de lui-même, plutôt qu’au plus direct.

Un livre qui soutient mes valeurs

Vous l’aurez compris : ce livre correspond exactement au genre de chose que j’ai envie de lire à mes enfants au quotidien. Parce qu’il soutient les valeurs que je cherche à leur transmettre (et à développer moi-même d’ailleurs..). Parce qu’il me permet d’illustrer facilement l’apprentissage que je leur souhaite.

Je vous le recommande donc chaleureusement.

Pour quel âge ?

Arrivé à ce stade, la question fréquente concerne l’âge des enfants auxquels le livre s’adresse. Je l’ai testé avec mes deux plus jeunes, qui ont 5 et 7 ans. Les deux l’ont trouvé super, et sont vraiment en plein dans l’âge cible. Je dirai que l’on peut commencer à 4 ans (pas avant, car il est un petit peu long), et probablement l’étirer jusqu’à 8, ne serait-ce que pour encourager l’échange sur ce thème.

Prolongement

Pour terminer, je voudrais juste ajouter que j’apprécie particulièrement les livres dont je sens qu’ils sont facilement intégrés par les enfants. Et cela se voit facilement lorsqu’ils y font référence.

Quand j’entends Anatole me dire : “Je sais ce que tu peux me répondre, maman… tu peux me dire “Tu es comme tu es” !”, je vois que le livre fait son effet !

A votre tour… aimez-vous semer des graines par les lectures du soir ?

La coopération, c’est l’exercice d’un pouvoir AVEC vos enfants

Ce n’est pas la première fois qu’en avançant sur ce chemin de la parentalité positive, j’y trouve ces mots de pouvoir, de respect, de coopération.

C’est cependant la première fois qu’ils sont présentés de manière si explicite, dans la première partie de parents respectueux, enfants respectueux.

Pourtant, cela fait un moment que ces notions dansent en moi.
Nous avons déjà réfléchi à la notion parfois toute relative du respect, et nous avons également parlé du pouvoir, et du modèle que nous donnons à nos enfants en l’utilisant de manière autoritaire.

Ici, les auteurs creusent cette idée qui fait partie des fondements de la parentalité positive, de l’exercice d’un pouvoir avec nos enfants. Nous entrons alors dans la coopération.
“La coopération est une voie à double sens.”
Et oui, comme nous le disions à propos du respect, il arrive que ces mots soient utilisés plutôt à sens unique : certains adultes attendent que les enfants “coopèrent” en agissant selon les instructions données par l’adulte, sans se plaindre, tandis que les parents n’ont, eux, pas besoin de coopérer.
Dans la coopération, il y a l’idée d’écouter les besoins de chacun pour trouver une solution qui convient à tous.
C’est ce que nous cherchons à leur enseigner pour régler leurs disputes, alors la première étape devrait bien être de chercher à leur en donner l’exemple !

Je ne dis pas que c’est facile, non. Parce qu’entre nos désirs profonds et les situtations de vie réelles, il y a toujours un écart…

Dans cet article, je vous propose donc de voir ensemble comment avancer vers plus de coopération ?

1 – En réfléchissant à la notion de respect

Oui, si, suite au lien ci-dessus, vous n’avez pas été relire  l’article sur le respect, je vous encourage à le faire, comme je l’ai fait en écrivant celui-ci, car c’est toujours important de se reposer ces questions. Et nous pouvons même échanger sur ce thème avec les enfants, s’ils sont en âge de le faire.
Que signifie le respect ?
Qu’attend quelqu’un qui demande du respect ?
Est-ce toujours mutuel ?
Faites vous bien la différence entre le respect pour la personne et le respect de l’instruction, c’est à dire l’obéissance ? (On dit d’ailleurs “respect des consignes”, mais ce n’est pas du tout le même respect !!)
Le respect des valeurs, comment le vivre ?

Dans cette partie du livre, il est dit que dans l’étymologie du mot respect, il y a l’idée de regarder. Ainsi, pour les auteurs du livre, “respecter l’autre, c’est regarder ce qu’il vit, en particulier ses sentiments et besoins dans le moment présent.”
J’aime bien cette définition. On devient observateur, on cherche à prendre l’autre en compte, pas à le changer…

2 – En arrêtant de se braquer sur les mauvais comportements

Oui, nous avons cette tendance. Nous ne passons pas facilement leurs erreurs à nos enfants, nous voudrions que tout fonctionne toujours bien.
N’oublions pas cependant que tout apprentissage demande du temps, et que montrer ce qui est réussi fonctionnera toujours mieux que d’insister sur ce qui ne l’est pas. Parce que ça changera l’image que l’enfant aura de lui-même.

Ainsi, je suis déçue les matins où, après avoir accompagné les petits à l’école, je m’aperçois que les grands n’ont pas vidé le lave-vaisselle et nettoyé le plan de travail ; mais je savoure les jours où c’est le contraire, et je mettrai ces jours-là plus en valeur, jusqu’à ce qu’ils soient plus fréquents.

3- En se concentrant sur les besoins

Ceux de nos enfants, et les nôtres.
Nous avons une fâcheuse tendance à ne voir les choses que de notre point de vue. Mais, soyons clairs : lorsque notre enfant fait quelque chose qui nous déplait, il est rare que ce soit pour nous déplaire. En général, il le fait plutôt pour répondre à son propre besoin, et c’est à ce besoin qu’il faudrait s’attacher plutôt que de se sentir visé.
(Là encore, je sais, plus facile à dire qu’à faire…)
Pour mieux comprendre leurs comportements, et savoir s’ils répondent à un besoin d’attention ou autre, la perspective exposée par la discipline positive sur les comportements inappropriés peut aider. Car, si l’on en croit les principes d’Adler, un enfant qui se comporte mal est un enfant découragé.

Quant à nos besoins, savoir les écouter, c’est également faire preuve de respect : respect de soi dans ce cas, et en donner le modèle aux enfants. Ce point-là mérite bien d’être creusé, et cela sera fait dans un article spécifique : Les parents aussi ont des besoins.

Pour acheter Parents respectueux, enfants respectueux en format poche (il existe également au format broché, mais j’aime mieux les formats faciles à emporter !)

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Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) – Marshall Rosenberg

Ce livre n’est pas un livre d’éducation, mais il n’en est pas moins fondamental, et très proche des notions de respect que nous cherchons à développer en parentalité positive ou bienveillante.

(Note : cliquer ici pour voir les autres livres de ma bibliothèque)

Marshall Rosenberg est un psychologue américain qui a développé dans les années 60 la notion de communication non violente (CNV), une manière de communiquer qui se défait des jugements et des critiques pour être plus sincère et vraie. Il a écrit de nombreux ouvrages et a beaucoup travaillé dans la gestion de conflits, appliquant sa méthode avec un succès qui perdure et se développe encore aujourd’hui, après sa mort (en 2015).

Ca fait bien longtemps que j’ai envie de me pencher plus avant sur des thèmes de communication non violente.

Je me souviens avoir expliqué l’année dernière que je voyais certains thèmes comme emmêlés dans une pelote : la parentalité positive, la communication non violente, la pleine conscience… En tirant un fil, on tombe régulièrement sur un des autres thèmes, on y trouve des similitudes. (D’ailleurs, certains principes de son écoute emphatique avaient été abordés dans mon stage de grammaire des émotions de l’été dernier).
Seulement voilà, on ne peut pas tout tirer à la fois, c’est déjà difficile de se focaliser sur son thème ! Alors, j’avais choisi de tirer d’abord le fil de la parentalité positive, parce que c’était celui qui me tenait le plus à coeur.

Seulement, cette idée d’approfondir le peu de notion de CNV que j’avais ne me quittait pas, et, il y a quelques mois, je me suis enfin attaquée, tout doucement, à ce livre d’initiation de Marshall Rosenberg lui-même : Les mots sont des fenêtres.

Bien m’en a pris ! Rares sont les livres qui inspirent autant !

Franchement, la CNV devrait être au programme des écoles, le monde serait alors probablement plus facile à vivre !

En attendant, et à mon échelle, ce livre m’aide régulièrement à mieux communiquer mes sentiments et mes besoins ; ainsi qu’à recentrer mon attention sur ce que l’autre me dit.

Tout doucement. Parce que c’est un exercice difficile !

Mais comme je tiens à mieux maîtriser la chose, je me suis inscrite à une formation de 4 jours en juillet ! Je vous raconterai…

En attendant, je cherche à mieux m’écouter. Parce que pour pouvoir dire ce qu’on ressent, et ce dont on a besoin, il faut déjà savoir ce qu’on ressent et ce dont on a besoin ! Or, on passe beaucoup de temps à ne pas savoir ce qu’on ressent…

Ces derniers temps, j’essaye d’y prêter plus attention. Et je découvre des choses sur moi-même, je réalise que je nourris parfois certaines rancunes que je n’ai jamais explicitées !

Je sais qu’en continuant, et en relisant et relisant ce livre, je deviendrai une meilleure personne.

Je n’ai pas encore pris le temps de faire des résumés de ce livre, mais je le ferai.

En attendant, je vous encourage grandement à le lire vous-même, c’est une perle de vie !!

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Elever nos enfants dans la bienveillance – Marshall Rosenberg

(Note : cliquer ici pour voir les autres livres de ma bibliothèque)

Un livre très court de celui qui a créé la communication non violente, mais ne pas s’y fier : s’il se lit très vite, il peut engendrer de plus longues réflexions, car on sent que Marshall Rosenberg a déjà parcouru un sacré chemin, et il touche en quelques pages à plusieurs thèmes centraux :
les punitions et les récompenses, mais également le respect, le mode de communication, l’usage de la force, l’amour inconditionnel…

Un livre qui ne s’adresse pas à ceux qui commencent seulement à emprunter le chemin de la parentalité positive, mais, si on est prêt à s’ouvrir, il est très inspirant !!

 

Articles inspirés par ce livre :
Etre un “enfant”, le poids de l’étiquette
– Autres à venir –