Non, on ne va pas acheter ça !

Etude de cas pratique !

Nous sommes dans un magasin, et notre petit s’intéresse de très près à ce lion en peluche… Comment faire pour éviter la crise ??

D’abord, rappelons-nous que le fait qu’il s’y intéresse ne veut pas forcément dire qu’il le veut. “Montrer n’est pas vouloir”, comme le disait Isabelle Filliozat.

Nous commencerons donc par réagir en partageant son enthousiasme : “Dis donc, il est gros, ce lion !”

Si l’enfant continue à vouloir le regarder, ou qu’il nous demande clairement de l’acheter, on passe à la phase suivante :
“Il te donne envie, je comprends. Si tu veux, tu peux le regarder encore un peu avant qu’on continue nos courses.”
(oui, nous étions un peu pressés, mais nous perdrons moins de temps à regarder le lion une minute qu’à nous battre contre un enfant qui pleure parce qu’on n’a pas daigné écouter son envie. D’ailleurs, si le magasin n’est pas trop grand, on pourrait même le laisser seul devant le lion pendant qu’on va cherche notre yaourt…)
Si c’est le fait de le toucher qui l’attire vraiment, on peut décider plutôt de réagir ainsi : “Tu voudrais le prendre dans tes bras pendant qu’on fait les courses et revenir le reposer avant qu’on passe à la caisse ?”

D’ailleurs, ces deux options pourront nous servir pour lui donner un choix dans nos limites s’il répète qu’il veut qu’on le lui achète : “Ecoute, tu peux le regarder une minute, ou bien le prendre dans tes bras pendant les courses. Pendant que tu décides, j’avance vers le pain, tu me rejoins dès que tu es prêt.”
(Ca c’est important aussi, dans notre attitude : on avance comme si la cause était déjà gagnée, ainsi, on refuse de rentrer dans un jeu de pouvoir)

On évite d’ailleurs de rentrer dans le jeu de l’enfant qui insiste en ne se répétant pas trop. Si l’enfant redemande l’achat du lion, nous répondrons sobrement : “Tu connais déjà la réponse à cette question.” Mais on peut avoir, comme le suggérait Catherine Dumontheil-Kremer dans Poser des limites à son enfant, au  chapitre sur le fait de refuser, un petit carnet pour les envies, et lui suggérer de dessiner un lion dessus !

Ou bien, ce sera peut-être le moment de lui concéder dans l’imaginaire :
“Qu’est-ce que tu ferais si on pouvait acheter ce lion ?” tout en lui prenant la main pour le faire avancer… Il entrera alors dans sa description de sa façon de jouer avec le lion, et on pourra sourire et participer, jusqu’à ce qu’on arrive à lui montrer autre chose.

Encore mieux que la distraction visuelle : impliquer notre enfant en lui demandant de l’aide. “Tu pourrais aller me chercher une baguette ? Elles sont là, regarde, dans ce panier.”

Il y a fort à parier que toutes ces méthodes vous permettront de couper à bien des problèmes d’envie dans les magasins. Cependant, il y aura toujours les cas (surtout si l’enfant est fatigué) où rien ne fonctionnera, et où on se retrouvera simplement face à un enfant hurlant, malgré tous nos essais…

Ne le prenons pas personnellement. Souvenons-nous, il est petit, son néo-cortex n’est pas encore complètement développé, il ne sait pas bien gérer ses émotions. Alors, nous recevrons l’émotion, en essayant de rester détachés (c’est parfois difficile pour nous aussi, surtout si nous sommes fatigués !), et en oubliant le regard des autres : “Oui, je sais, tu voulais vraiment acheter ce lion…”, et dès que ce sera possible, essayer de baisser la charge émotionnelle en l’aidant à revenir à l’instant présent : “Est-ce que tu vois quelque chose de bleu ?”, “Entends-tu la musique qui passe ?”.

Dans tous les cas, notre enfant aura grandi : car il aura fait face à sa frustration.

Il l’aura traversée, plus ou moins facilement, et cela l’aidera à y refaire face quand elle se représentera.

Car l’occasion d’être frustré se représentera, c’est sûr. Nous n’aidons pas nos enfants en les en protégeant. Alors prenons cette difficulté du moment comme une opportunité : l’opportunité de les accompagner dans cet apprentissage. De les aider à grandir.

 

 

 

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4 réponses
  1. Gwen
    Gwen dit :

    Chat ch’est un beau pachage en revue de toutes les habiletés utiles dans pareil cas !!
    J’utilise beaucoup le “tu me rejoins dès que tu es prêt”
    et au niveau de l’imaginaire et du choix, je trouve que même, demander à l’enfant quel lion il prendrait (pour reprendre ton exemple) constitue également une manière de faire efficace : “tu prendrais le petit, le moyen ou le gros ?” / “celui avec la crinière toute ébourriffée ou celui avec les grosses pattes ?” et hop on devise sur les avantages comparés des uns et des autres tout en s’éloignant de la zone de conflits…

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    • Coralie
      Coralie dit :

      Merci Gwen.
      Oui, on n’est jamais mieux préparé que quand on se prépare, n’est-ce pas ? C’est pourquoi j’ai aimé réfléchir ainsi à un cas concret…
      Pour le “tu me rejoins dès que tu es prêt”, ma foi, il est même possible qu’il me soit venu par lecture de tes exemples, on s’enrichit quand on lit !
      Enfin, effectivement, ton idée de discussion sur le choix du lion est une bonne option aussi. C’est marrant comme on est influencé par un cadre : je m’imaginais un seul modèle de lion dans le magasin, donc ton idée ne pouvait pas me venir !

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  2. Giorgia
    Giorgia dit :

    Super article et titre très parlant! C’est le type de post que j’aime le plus: cas concret avec plein d’outils très pratiques prêts à l’emploi! Et en plus, je peut témoigner que ça marche: j’ai eu le cas avec ma fille, qui s’est baladée avec on pelouche dans un petit magasin, en le posant à sa place à la fin des courses!

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    • Coralie
      Coralie dit :

      Merci Giorgia ! Je note que tu aimes ce type d’articles. C’est probablement la meilleure manière de comprendre les outils : les mettre en situation de manière concrète.

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