Encourager les enfants à contribuer à la maison

– Note : cet article “Encourager les enfants à contribuer à la maison” est d’abord paru dans Grandir Autrement, numéro 69 de mars/avril 2018 –

 

La vie quotidienne d’une famille, nombreuse ou non, n’est pas toujours facile. Dans notre société où le rythme s’accélère sans cesse, nous courons après le temps, et la gestion du foyer semble toujours en prendre trop. 
Attendons-nous de nos enfants qu’ils participent à toutes ces tâches ? Il n’est pas toujours facile d’atteindre cet objectif sans dispute ! 
Pourtant, il y va de l’interêt de tous, et en particulier du leur. 
C’est ce que nous allons voir ici : pourquoi et comment encourager les enfants à contribuer à la maison. 

La participation des enfants à la vie du foyer dépend principalement de ce que nous leur demandons, et de la manière dont nous le leur demandons. 
D’une certaine façon, tout comme la parentalité positive consiste à trouver l’alternative, à la fois à l’autoritarisme et à la permissivité, ou, pour reprendre les termes de la discipline positive, à allier fermeté et bienveillance ; de même l’implication demandée à nos enfants et la manière de procéder pour cela peut refléter une attitude parentale en ligne avec notre projet de parents ou non. 

Dans ce cadre, cet article n’a pas pour ambition de juger ce qu’il faut ou ne faut pas faire, mais plutôt d’encourager la réflexion pour vérifier justement que nous sommes en ligne avec notre projet. 

Scénario 1 : on impose à l’enfant de participer 

Dans les familles dans lesquelles le style d’éducation traditionnel, c’est à dire autoritaire, persiste, il n’est pas question que les enfants ne participent pas. Et s’ils n’en ont pas l’inclinaison naturellement, nous le leur imposons, simplement. 

Cela peut se faire de manière plus ou moins conflictuelle. Il est probable que les conflits surgissent plus avec un enfant qu’avec l’autre, car chacun a son caractère et sa propre résistance à l’autorité. 

La méthode varie également : on peut choisir de laisser un rôle précis à chacun, ou bien que les rôles tournent. 
Cependant le dénominateur commun est le suivant : le système est imposé par le parent, et, si l’enfant ne suit pas les instructions, le parent bascule régulièrement dans les cris, les menaces, les chantages et autres punitions.

Il est fort probable que cela ne soit pas le cas dans votre maison, compte-tenu du contexte de cet article. Cependant, l’alternative à cette manière de fonctionner n’est pas unique. 

Scénario 2 : L’enfant ne participe pas, ou quasiment pas. 

Dans d’autres familles, dans lesquelles le bien-être de l’enfant est (trop) pris en compte, il est possible de tomber dans l’extrême inverse, celui qui nous fait frôler la permissivité. 

Cette fois,  la contribution des enfants est à peine sollicitée, le raisonnement étant le suivant : 
L’enfant est un être plein de joie. Il apprend en jouant, et le laisser jouer aidera à son développement (ce qui est tout à fait exact). Il a encore le temps de découvrir les contraintes que la vie lui imposera, et nous ne voudrions pas les lui imposer trop tôt. 
De plus, c’est notre rôle de parents de l’aider, de lui rendre la vie plus agréable. Il est donc naturel que nous prenions en charge la maison, et que nous leur facilitions la vie le plus possible. 

Je précise ici que malheureusement, ce raisonnement est souvent l’apanage des femmes, qui se retrouvent à gérer seules la maison. L’une d’elle m’a un jour précisé : “J’ai le temps de le faire, pourquoi les mettrais-je à contribution alors que je n’en ai pas vraiment besoin ?”

En effet, pourquoi ? Quels problèmes cela pose-t-il ?
Nous pouvons répondre à cette question selon deux perspectives différentes : la position du parent, et celle de l’enfant.

Le problème pour le parent

Se sacrifier pour son enfant, cela fait partie du rôle du parent, il n’y a pas de doute là-dessus. Sacrifier son sommeil dans les premiers mois, sacrifier une bonne partie de son temps libre ensuite, sacrifier parfois ses soirées en amoureux… Mais tout cela n’est pas considéré comme un sacrifice, parce que c’est amplement compensé par tout le bonheur que nous retirons du temps passé avec nos enfants. 
Ou du moins… est-ce ce dont nous tentons de nous persuader. 

Seulement, il existe un équilibre entre nos besoins et ceux de nos enfants. Les cas de burn-out parental se multiplient, parce que certains parents se sont coupés de leurs besoins, en cherchant tellement à être à l’écoute de leur(s) enfant(s). 

Cependant, mettre un voile sur nos envies et besoins ne les fera pas disparaitre. Ce sacrifice finira par générer du ressentiment à l’égard de nos enfants. Et, malgré toutes nos bonnes intentions, nous risquons de ne plus être capables de nous montrer agréables envers eux, alors même que nous avons choisi un sacrifice qu’ils ne nous ont pas demandé…

Enfin, évoquons un cas particulier mais réel : lorsque le parent néglige ses besoins personnels au point que son rôle de parent devient tout ce qui nous définit. Il entretiendra alors la dépendance de son enfant, de peur que ce rôle ne disparaisse. N’oublions pas de nous recentrer sur notre objectif de parent à long terme : celui d’accompagner nos enfants vers l’indépendance ! 

Le problème pour l’enfant

Depuis son plus jeune âge, l’enfant aime faire, et aime faire seul. “Moi tout seul !”, dit-il très vite. Parce que lorsque l’on fait pour soi-même, on apprend, on se sent capable, et on avance vers l’autonomie et l’indépendance. 

Lorsque nous “rendons le service” de tout faire pour notre enfant, nous risquons de lui faire passer le message qu’il n’est pas capable. 

Or l’enfant, comme tout être humain, a besoin de se sentir capable, et utile. 

Un soir, j’étais chez des amis, qui me recevaient pour plusieurs jours. Je désirais contribuer, ce qui est toujours difficile dans une maison dont on ne connait pas les habitudes. Un soir, je sors le sac poubelle, et demande où je dois le mettre. La grande fille de mes amis me le prend aimablement des mains. “Ne t’inquiète pas, je vais le faire.” Je la remercie, je sais qu’elle le fait dans un élan de générosité, mais je suis mal à l’aise : je me sens inutile. Je veux vraiment contribuer !!

Il en va de même pour nos enfants. En ne les incluant pas dans le fonctionnement de la maison, nous ne leur enseignons pas le bonheur de l’appartenance au groupe, de l’utilité pour ce groupe de les avoir en son sein, alors même que cela pourrait leur apporter tellement de satisfaction.

Scénario 3 : nous impliquons l’enfant – une vraie contribution

Le modèle auquel j’aspire, celui proposé par la parentalité positive, est celui de la coopération.

“La coopération, c’est l’exercice d’un pouvoir avec vos enfants.”  (Sura Hart et Victoria Kindle Hodson, Parents respectueux, enfants respectueux)

L’idée est de prendre en compte les besoins de chacun, et de trouver ensemble un fonctionnement qui convienne à tous. En effet, si les besoins des enfants sont écoutés, et que ceux-ci sont impliqués dans l’organisation, dans les décisions du fonctionnement, ils seront plus disposés à participer. De même, lorsque nous communiquons sur nos besoins en les exprimant, ils seront plus facilement pris en compte. 

Comment faire cela ? 

Pour commencer, on peut tout simplement mettre en place une réunion de travail. 

Ainsi, lorsque j’ai présenté à mes plus grands enfants la liste de tout ce que je faisais à la maison, non en les accusant de ne pas participer, mais en leur disant que j’avais besoin d’aide, chacun a pu choisir dans la liste les tâches qui lui convenaient. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas eu besoin de le leur rappeler dans les jours – pardon, semaines – qui suivirent, mais il suffisait d’un mot, pas d’une discussion.

On peut également leur proposer quelque chose de particulier (et ne pas insister -au moins dans un premier temps- s’ils le refusent) : “Les enfants, je me rends compte que la logistique des repas au quotidien est lourde pour moi. Est-ce que vous seriez d’accord pour prendre en charge un dîner par semaine chacun ?” (Cette question s’adressait à mes 2 plus grands, âgés à ce moment-là de 14 et 9 ans, pas à leurs petits frères de 5 et 3…).

Ou bien, comme je l’ai fait quelques mois plus tard : “Je pense que vous seriez capables de laver vos propres draps, qu’en pensez-vous ?”. S’en est suivi une consultation entre eux sur le mode de fonctionnement que cela pourrait avoir, sachant que ma fille ne peut atteindre le sèche-linge. Répartition des rôles, le rythme, comment s’en souvenir, etc.  En procédant ainsi, nous leur enseignons également le travail en équipe, la prise de décision… 

Ils sont alors contents de leur implication : ils ont le contrôle de ces moments-là, et sont tellement fiers de se prendre en charge, et de nourrir la famille ! 

Et cette démarche peut commencer dès le plus jeune âge : encourageons-les à participer à la préparation du repas, au nettoyage de la table (même si elle en sort plus salie que lavée), au rangement des courses… Les occasions de les impliquer sont nombreuses, et toujours des opportunités de nourrir leur besoin de contribution.

Le préalable : le lien ! 

Une clef cependant fondamentale :  pour qu’une démarche de coopération puisse être mise en place dans une famille, il faut d’abord avoir tissé un lien entre les membres de la famille. Si nous n’avons pas une vraie connexion avec notre enfant, il sera vain de lui expliquer que nous avons besoin d’aide, car cela le laissera de marbre. 

Ce sera donc toujours la première étape : se connecter avec notre enfant, partager des moments avec lui, l’écouter, le respecter. Et parfois, accepter qu’il refuse, ce qui n’est pas facile. 

Je me souviens d’un exemple donné par Marshall Rosenberg pour illustrer la différence entre une demande et une exigence, touchant justement à la contribution aux tâches de la maison : il s’était rendu compte que, si le refus de son fils à sortir la poubelle le mettait en colère, c’est bien parce qu’il l’exprimait lui-même comme une exigence et non comme une demande. C’est alors un cercle vicieux, car l’enfant réagit mal à l’exigence

L’une des manières les plus efficaces de créer ce lien sera également de les amener vers l’empathie. Et pour cela, il nous faut apprendre à parler de nous. Communiquer nos sentiments et nos besoins, comme nous écoutons les leurs : sans accusation ni jugement. 

Ainsi, reprenant les étapes OSBD (Observation -Sentiment – Besoin – Demande) proposées par la CNV, dire : “Lorsque je rentre à la maison, et que je vois que le petit-déjeuner n’a pas été débarrassé, je me sens frustrée, parce que j’ai besoin de considération. Mon temps a autant de valeur que le vôtre. Seriez-vous d’accord pour laisser une table propre avant l’école ?” sera probablement la meilleure méthode (testée) d’obtenir leur coopération sur ce point !

Et en attendant… ?

Pour terminer, et rester réaliste, si vous avez un besoin urgent que vos enfants participent, qui ne peut attendre que ce travail sur le lien entre vous porte ses fruits, vous pouvez penser à mettre en place, pour certains points, des conséquences (et non des punitions), étroitement liées au comportement à encourager. 

Exemple : “Les enfants, je voudrais vous informer du fait que j’ai décidé de ne plus laver les vêtements qui ne seront pas dans le panier.” ou bien : “Les jouets qui n’ont pas été rangés le soir seront considérés comme des jouets en trop, et seront mis de côté, le temps que l’on trouve la quantité qui rend le rangement possible.”

Cependant, si vous choisissez de commencer par cette dernière option, ne surtout pas oublier de travailler en parallèle sur le lien, l’expression de vos sentiments, l’écoute des leurs, et la prise de décision en commun… et pour tout cela, car Rome ne s’est pas faite en un jour : laissons le temps à l’apprentissage !!

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