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Archive d’étiquettes pour : harcelement scolaire

Harcèlement scolaire

Paroles de héros : un jeu de répartie pour prévenir le harcèlement scolaire

Quand on parle de harcèlement scolaire, on pense souvent à ce qu’il faut faire lorsque la situation est déjà installée.
Mais peut-on agir avant ?
Peut-on aider les enfants à se sentir plus à l’aise dans leurs relations et à trouver leurs mots lorsqu’ils sont déstabilisés ?

➡️ Dans cette vidéo, j’échange avec Manon, cofondatrice de Ma Petite Fratrie et créatrice du jeu Paroles de Héros.

Son objectif : aider les enfants dès 6 ans à développer leur répartie et leur confiance relationnelle à travers le jeu.
Utilisé aussi bien par des parents que par des enseignants en école primaire, Paroles de Héros permet aux enfants de s’entraîner à répondre aux petites piques, aux moqueries et aux situations relationnelles délicates qu’ils peuvent rencontrer au quotidien.

Avec une approche ludique et concrète, ce jeu propose un terrain d’entraînement pour développer des compétences qui pourront leur être utiles tout au long de leur vie.

Une conversation autour de la prévention du harcèlement scolaire, des compétences psychosociales et de la manière dont nous pouvons accompagner les enfants à prendre confiance dans leurs interactions avec les autres.

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ AU PROGRAMME ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬
Dans cette vidéo, nous parlons notamment :
➡️ De la naissance du jeu Paroles de Héros
➡️ De l’importance de développer la répartie chez les enfants
➡️ Du lien entre confiance relationnelle et prévention du harcèlement scolaire
➡️ De la manière dont les enseignants utilisent le jeu en classe
➡️ Des situations concrètes auxquelles les enfants sont confrontés
➡️ De l’intérêt du jeu comme espace d’entraînement sans enjeu

▬▬▬▬▬▬▬▬ RESSOURCES ▬▬▬▬▬▬▬▬
🎲 Découvrir Paroles de Héros :
👉🏻 https://ma-petite-fratrie.fr/produit/paroles-de-heros/

▬▬▬▬▬▬▬▬ VOTRE AVIS COMPTE ▬▬▬▬▬▬▬▬

💬 Selon vous, qu’est-ce qui aide le plus un enfant à gagner en assurance dans ses relations avec les autres ? Dites-le-moi en commentaire.

Je lis vos retours avec attention, ils nourrissent les prochains contenus.

14 juillet 2026/0 Commentaires
https://i0.wp.com/les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2026/07/paroles-de-heros-jeu-educatif-harcelement-scolaire.png?fit=600%2C600&ssl=1 600 600 Coralie https://les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2020/07/logo-horizontal-small-300x218.png Coralie2026-07-14 13:54:292026-07-15 10:09:40Paroles de héros : un jeu de répartie pour prévenir le harcèlement scolaire
Harcèlement scolaire

Le harcèlement scolaire est un déséquilibre entre deux estimes fragiles, selon Catherine Verdier

Le harcèlement scolaire est souvent décrit comme un rapport de force : celui du « fort » contre le « faible ». Mais cette lecture, si elle traduit ce que l’on voit en surface, ne dit pas tout de la réalité psychologique à l’œuvre. Derrière les gestes d’intimidation, d’humiliation ou de rejet, il existe une mécanique beaucoup plus subtile, qui touche au cœur même de l’identité des enfants et des adolescents : l’estime de soi.

Selon la psychologue Catherine Verdier, « Le harceleur a une estime de lui-même très basse. Pour l’élever, il a besoin de rabaisser l’autre. Pendant qu’il rabaisse, l’estime de soi de la victime s’abîme, et la sienne augmente artificiellement : c’est un faux self, une fausse estime de soi. »

Autrement dit, le harcèlement est bien plus qu’une domination brutale : il est le résultat d’un déséquilibre entre deux estimes fragiles, qui se nourrissent l’une de l’autre dans un cercle vicieux.

Cet article reprend la vision de Catherine Verdier, d’après son intervention lors de la 2è édition du sommet du harcèlement scolaire.

Comprendre ce qu’est l’estime de soi

Avant d’aller plus loin, arrêtons-nous sur ce que recouvre l’expression « estime de soi ».

  • L’estime de soi, c’est la valeur que nous nous accordons. C’est la réponse intime à des questions comme : « Est-ce que je mérite d’être aimé ? », « Est-ce que je me sens à ma place ? », « Est-ce que j’ai de la valeur ? »
  • La confiance en soi, elle, désigne la croyance dans nos capacités à agir : « Est-ce que je crois pouvoir y arriver ? »
  • L’affirmation de soi correspond à la capacité à exprimer ses besoins, ses opinions, ses émotions sans écraser les autres ni s’écraser soi-même.

Ces trois dimensions sont liées, mais l’estime de soi est le socle.
Lorsqu’elle est fragile, tout vacille : la confiance s’érode, l’affirmation devient soit impossible (on se tait, on se soumet), soit agressive (on attaque pour masquer ses failles).

Le cercle vicieux du harcèlement

Le mécanisme décrit par Catherine Verdier éclaire la dynamique harceleur/harcelé.

  1. Le harceleur : il part souvent d’une estime de soi très basse. Ses humiliations, moqueries ou violences visent à créer une illusion de force. En rabaissant l’autre, il croit momentanément élever sa propre valeur.
    Mais c’est une illusion : ce n’est pas une vraie estime de soi, c’est un faux self.
    Pour se sentir exister, il doit recommencer sans cesse.
  2. La victime : elle peut avoir une estime de soi correcte au départ. Mais sous les coups répétés de la dévalorisation, son estime s’abîme, s’effrite.
    Peu à peu, elle intègre les humiliations et finit par croire qu’elles disent quelque chose de vrai sur elle.

Ce qui se joue, c’est donc une sorte de balance instable : l’un monte en rabaissant, l’autre descend sous le poids des attaques. Et ce faux équilibre est toxique pour l’un comme pour l’autre.
(C’est ce que, dans l’école de Palo Alto à laquelle se réfère Emmanuelle Piquet, on appelle « l’escalade complétaire ».)

Pourquoi Catherine Verdier parle-t-elle de deux estimes « fragiles » ?

Ce sont vraiment deux raisonnements différents.

D’un côté, on a le harceleur.
Ce harceleur pour lequel il se joue quelque chose, quelque chose qui le pousse à trouver le harcèlement comme stratégie.
Comme expliqué, Catherine Verdier l’explique par une estime fragile, et l’envie de se valoriser artificiellement.

D’un autre côté, on a la victime. Et de son côté aussi, on peut parler d’estime fragile.

  • Si son estime était solide et protégée, elle pourrait résister davantage aux humiliations. Elle saurait dire « stop », se tourner vers des soutiens, relativiser les attaques.
  • Mais lorsqu’elle est elle-même incertaine de sa valeur, la violence subie trouve un terrain favorable : elle se laisse envahir par la croyance qu’elle ne vaut rien, et se retrouve piégée.

C’est ce qui permet aux harceleurs d’identifier la « bonne » victime.

Attention : ça ne veut pas dire pour autant que la victime est coupable. C’est plutôt que le harceleur a trouvé quoi exploiter chez elle.

Ainsi, harceleur et victime se rejoignent dans leur fragilité, même si l’un cherche à compenser en dominant et l’autre en se soumettant.

D’où viennent ces fragilités ?

L’estime de soi ne se construit pas toute seule. Elle se forge dans les expériences de vie, et surtout dans le regard des autres.

  • Dans la famille : un enfant à qui l’on montre qu’il est écouté, respecté, aimé pour ce qu’il est, construit un socle solide.
    À l’inverse, l’humiliation, les étiquettes (« tu es nul », « tu es paresseux ») fragilisent durablement.
  • À l’école : la réussite ou l’échec scolaire influencent, mais aussi la manière dont les adultes parlent aux élèves.
    Une moquerie d’enseignant peut suffire à fissurer la confiance d’un enfant.
  • Dans le groupe de pairs : l’adolescent cherche à être reconnu par ses amis.
    Le rejet ou les rumeurs blessent plus encore à cet âge.
    D’où l’importance de faire attention à ces réflexions « pour rire »…

C’est pourquoi le harcèlement ne peut être compris sans ce contexte relationnel : il est l’expression d’une fragilité individuelle amplifiée par une fragilité collective.

Le rôle des témoins : un troisième acteur oublié

Souvent, on décrit le harcèlement comme une relation à deux : un harceleur et une victime.
Mais les recherches montrent qu’il s’agit en réalité d’un triangle, où les témoins jouent un rôle central.

  • Certains cautionnent, rient, applaudissent.
  • D’autres se taisent, par peur ou par indifférence.
  • Quelques-uns osent intervenir, soutenir, alerter.

Le silence ou la complicité des témoins renforcent la dynamique du harcèlement : ils confortent le harceleur dans son faux pouvoir, et isolent davantage la victime.

Ici encore, tout dépend de leur estime d’eux-mêmes : se sentir assez solide pour dire « non », assez légitime pour défendre, assez confiant pour dénoncer.

Note : dans certaines approches, telles que celles du système restauratif, on inclut même réellement toute la communauté autour des situations. C’est ce que présentera Max Tchung Ming dans la 3è édition du sommet du harcèlement scolaire, ne le ratez pas ! (vous pouvez vous inscrire pour être tenu au courant ici)

Quand l’adulte fragilise au lieu de protéger

François Cribier, autre intervenant du Sommet, rappelait combien le climat scolaire dépend d’abord des adultes.
Catherine Verdier le souligne également : les humiliations ne viennent pas seulement des pairs, mais parfois des enseignants ou des parents.

Une remarque moqueuse (« tu n’as pas de cerveau », « tu es invivable »), même dite sur le ton de l’humour, peut blesser profondément. Elle envoie le message : « Tu ne vaux rien ».

En affaiblissant ainsi l’estime de soi des enfants, les adultes préparent malgré eux le terrain du harcèlement scolaire.

Comment renforcer l’estime de soi pour prévenir le harcèlement scolaire ?

Dans le cadre de la méthode des 3E, Catherine Verdier propose de travailler l’estime de soi des enfants.

Car, la bonne nouvelle, c’est que l’estime de soi n’est pas figée.
Elle se construit, se nourrit, se répare. Voici quelques leviers concrets :

1. Nommer et accueillir les émotions

Un enfant qui sait dire ce qu’il ressent (« je suis triste », « je suis en colère ») prend conscience de sa vie intérieure. En étant entendu, il apprend qu’il a le droit d’exister tel qu’il est.

2. Valoriser sans surprotéger

Encourager les efforts, reconnaître les réussites, mais aussi montrer que l’échec fait partie de l’apprentissage.
Une estime solide se nourrit de réussites, mais aussi de la capacité à rebondir.

3. Développer l’empathie

Se mettre à la place de l’autre, comprendre ses émotions, c’est reconnaître la valeur de chacun. L’empathie est un ciment relationnel qui empêche la dévalorisation de s’installer.

4. Favoriser la coopération plutôt que la compétition

Les contextes où chacun doit être « meilleur que les autres » nourrissent l’insécurité.
Les projets collectifs, eux, permettent de ressentir que l’on a de la valeur parce qu’on contribue.
(Malheureusement, cela ne correspond pas bien à notre système scolaire…)

5. Montrer l’exemple en tant qu’adultes

Les enfants apprennent moins de ce que nous disons que de ce que nous faisons. Si nous nous parlons entre adultes avec respect, si nous savons demander pardon, écouter, coopérer, nous leur montrons qu’une autre voie est possible.

Un enjeu qui dépasse l’école

Le harcèlement ne s’arrête pas à la sortie de l’école. Catherine Verdier rappelle que les mêmes mécanismes se retrouvent dans les universités, puis dans le monde du travail. Des jeunes adultes bien formés, mais fragiles sur leur estime, deviennent des proies faciles pour des managers toxiques ou des collègues dominateurs.

C’est dire que travailler sur l’estime de soi dès l’enfance n’est pas un luxe, mais une nécessité pour préparer les adultes de demain.

Conclusion : restaurer la valeur de chacun

Dire que le harcèlement est un déséquilibre entre deux estimes fragiles, c’est changer notre regard.
Le harceleur n’est pas seulement un « bourreau », la victime n’est pas seulement une « cible ».

Ce sont deux jeunes en souffrance, pris dans un jeu de miroirs où chacun reflète la fragilité de l’autre.

La véritable prévention consiste à nourrir l’estime de soi de tous les enfants : leur apprendre à reconnaître leur valeur, à accueillir leurs émotions, à développer l’empathie, à coopérer.

C’est à cette condition que nous pourrons rompre le cycle de la domination et du rabaissement, et offrir aux enfants un autre modèle : non pas celui de « gagner contre », mais celui de grandir avec.

Curieuse de savoir ce que vous pensez de ce regard…

15 mai 2026/13 Commentaires
https://i0.wp.com/les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2026/05/Catherine-Verdier.png?fit=1080%2C1080&ssl=1 1080 1080 Coralie https://les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2020/07/logo-horizontal-small-300x218.png Coralie2026-05-15 10:12:282026-05-18 11:04:40Le harcèlement scolaire est un déséquilibre entre deux estimes fragiles, selon Catherine Verdier
Au fil de l'eau, Harcèlement scolaire

Quand les relations deviennent difficiles à l’école : réfléchir autrement à notre rôle d’adulte

À l’école, nos enfants développent de vraies amitiés, et heureusement ! Ils y vivent aussi des relations difficiles.
Il y a les désaccords, les tensions, les maladresses… et parfois des situations plus douloureuses, qui laissent les parents et les professionnels démunis.

Face à cela, une question revient souvent : que pouvons-nous vraiment faire, en tant qu’adultes, pour aider les enfants ?

Soutenir, évidemment. Mais plutôt pas intervenir…
Alors… comment accompagner sans faire à la place ?
Les relations difficiles à l’école sont inévitables : comment réagir pour éviter que cela s’aggrave, sans les protéger de tout, sans transmettre l’idée que l’enfant est impuissant ?

Un regard éducatif sur les relations entre enfants

C’est ce questionnement qui m’a conduite à m’intéresser au travail de Philippe Aïm.

Son approche des relations entre enfants – et notamment des situations de harcèlement scolaire – m’a particulièrement touchée.
Il rappelle une idée essentielle :
➡️ un enfant n’est jamais responsable de ce qu’il subit,
➡️ mais il peut apprendre des compétences relationnelles pour faire face aux interactions agressives.

Cette posture ne minimise pas la souffrance.
Elle remet simplement l’éducation au cœur de l’accompagnement.

Entre protection et autonomie : un équilibre délicat

Quand un enfant va mal, notre premier réflexe est souvent de vouloir “régler le problème”.
Pourtant, certaines situations ne peuvent pas être résolues uniquement par l’intervention des adultes.

Philippe Aïm insiste sur un point souvent oublié :
les enfants vivent les difficultés relationnelles précisément là où les adultes ne sont pas toujours présents.
D’où l’importance de leur transmettre des outils concrets, adaptés à leur âge, pour qu’ils puissent se sentir moins démunis.

Cette réflexion fait écho à des questions que l’on retrouve bien au-delà de l’école :
➡️ comment accompagner sans surprotéger ?
(question que j’avais déjà soulevée dans cet article : Doit-on toujours voler au secours de son enfant ? )
➡️ comment aider sans promettre l’impossible ?
➡️ comment soutenir sans prendre toute la place ?

Saturation mentale : un éclairage complémentaire

Dans son livre Je désature, co-écrit avec Alicia Sendon, Philippe Aïm explore un autre sujet très actuel : la saturation mentale.

Un trop-plein de pensées, d’injonctions, de préoccupations…
Chez les adultes, mais aussi chez les enfants et les adolescents.

Lorsqu’une difficulté relationnelle occupe une place importante dans la tête d’un enfant, elle peut envahir son espace mental, au détriment de tout le reste : apprentissages, relations familiales, confiance en soi.

Faire le lien entre relations difficiles et saturation mentale permet de mieux comprendre certains comportements et de porter un regard plus ajusté sur ce que vivent les enfants.

Une conversation pour prendre du recul

J’ai eu envie de réunir ces réflexions dans une conversation avec Philippe Aïm.
Pas pour apporter des solutions toutes faites, mais pour prendre du recul et penser autrement notre rôle d’adulte.

Vous pouvez découvrir cette discussion ici :

Cette vidéo est une porte d’entrée vers une réflexion plus large sur l’éducation, les relations et la manière dont nous accompagnons les enfants face aux difficultés.

D’autres contenus viendront approfondir plus spécifiquement les outils et approches éducatives autour du harcèlement scolaire.

28 janvier 2026/4 Commentaires
https://i0.wp.com/les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2026/01/vignette-article-philippe-aim.jpg?fit=1024%2C1024&ssl=1 1024 1024 Coralie https://les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2020/07/logo-horizontal-small-300x218.png Coralie2026-01-28 17:34:552026-01-28 17:34:56Quand les relations deviennent difficiles à l’école : réfléchir autrement à notre rôle d’adulte
Harcèlement scolaire

Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire : pourquoi elle nous concerne tous

Chaque année, le jeudi qui suit les vacances de la Toussaint, les écoles, collèges et lycées de France célèbrent la Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire. Instaurée en 2015 dans le cadre du programme pHARe, cette journée vise à sensibiliser les élèves à ce fléau qui touche encore trop d’enfants et d’adolescents.

Une belle idée… aux formes multiples

Dans les établissements, cette journée prend des visages très variés. Certains organisent des projections de courts-métrages réalisés par les élèves eux-mêmes, d’autres proposent des débats, des ateliers, des jeux, des chansons ou des pièces de théâtre.
L’objectif est toujours le même : ouvrir le dialogue. Permettre aux jeunes de comprendre ce qu’est le harcèlement, d’en parler, d’en reconnaître les signes, et d’oser témoigner.

Mais selon les établissements, la qualité des actions varie beaucoup.
Les élèves peuvent parfois se lasser de conférences descendantes où on leur “explique encore” ce qu’est le harcèlement. En revanche, lorsque des jeunes viennent témoigner de leur vécu, ou que l’échange se fait dans un cadre vivant et interactif, la parole se libère. Ces moments deviennent alors de véritables opportunités d’écoute et de compréhension – pour les élèves, mais aussi pour les adultes.

Et les adultes dans tout ça ?

Car c’est bien là une limite encore fréquente : la plupart des actions de prévention s’adressent aux élèves.
On leur apprend à parler, à réagir, à alerter. Mais parler n’a de sens que si, en face, il y a des adultes capables d’entendre, de comprendre et d’agir.
Et sur ce point, les besoins restent immenses.

De plus en plus d’enseignants, de personnels scolaires et d’intervenants extérieurs sont formés à la prévention et à la gestion du harcèlement, mais il reste encore beaucoup à faire.
Les parents, eux aussi, ont un rôle essentiel : dans leur posture, dans la façon dont ils communiquent et réagissent, ils transmettent à leurs enfants des modèles de relations humaines, respectueuses, ou non.

Un phénomène systémique

Le harcèlement scolaire ne naît pas dans le vide. C’est un phénomène de société, un miroir de certaines violences que les enfants observent ailleurs : dans la famille, les médias, ou la sphère sociale.
C’est pourquoi cette question est vraiment reliée à celle de l’éducation positive.
Accompagner les parents vers une posture de respect mutuel, de confiance et d’estime de soi, c’est aussi agir à la racine du harcèlement.
Plus les enfants apprennent à se sentir légitimes, écoutés et capables d’exprimer leurs émotions, moins ils auront besoin d’écraser l’autre pour exister.

Un sommet pour agir ensemble

C’est dans cet esprit qu’est né le Sommet du Harcèlement Scolaire, un événement en ligne qui réunit chaque année plusieurs milliers de participants — enseignants, personnels éducatifs, psychologues, coachs, thérapeutes, et bien sûr parents.
L’objectif : outiller tous les adultes qui entourent les enfants pour que la prévention soit plus efficace, et les réactions plus justes.

Cette année encore, à l’occasion de la Journée nationale, certaines conférences issues des deux éditions du Sommet seront rediffusées gratuitement les 6, 7 et 8 novembre, avec deux conférences différentes chaque jour. Une belle manière de prolonger la réflexion et de continuer à faire évoluer les pratiques.

On en parle d’ailleurs sur France Inter à 12h30 dans « carnets de campagne » !

Parce que la lutte contre le harcèlement scolaire ne se joue pas seulement à l’école, mais dans la société tout entière.
Et qu’ensemble, adultes et enfants, nous pouvons construire un monde où le respect de chacun devient la norme.

👉🏻 lien pour accéder aux rediffusions

4 novembre 2025/0 Commentaires
https://i0.wp.com/les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2025/11/MiniYT-JL25.png?fit=1280%2C720&ssl=1 720 1280 Coralie https://les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2020/07/logo-horizontal-small-300x218.png Coralie2025-11-04 17:09:342025-11-05 12:59:41Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire : pourquoi elle nous concerne tous
Harcèlement scolaire

Mieux comprendre le harcèlement scolaire à travers la notion de réputation, avec Margot Déage

Lors du sommet du harcèlement scolaire 2025, j’ai eu la chance d’interviewer Margot Déage, maîtresse de conférences à l’Université Grenoble Alpes, autrice du livre À l’école des mauvaises réputations.
Son intervention, passionnante et éclairante, propose un regard sociologique sur le harcèlement scolaire – un regard qui dépasse les faits individuels pour comprendre les mécanismes collectifs à l’œuvre dans les relations entre élèves.

(Retrouvez toute l’intervention de Margot Déage en bas de cet article)

Une chercheuse au plus près du terrain

Margot Déage n’a pas seulement étudié le harcèlement scolaire dans les livres.
Sa thèse, soutenue en 2020, s’appuie sur deux années d’immersion dans plusieurs collèges. Elle y a observé la vie quotidienne des élèves, leurs interactions, leurs discussions, leurs gestes et a interagi avec de nombreux collégiens, qui se sont confiés à elle sur les dynamiques relationnelles en jeu dans leur vie quotidienne.

Cette proximité lui a permis de saisir ce que les statistiques ne montrent pas toujours : les logiques sociales, les jeux de pouvoir, les non-dits qui structurent la vie adolescente.

Son constat est clair :

Le harcèlement ne naît pas de “monstres” isolés, mais d’un système social où la réputation et la hiérarchie des statuts prennent une importance considérable.

La réputation, clé de lecture du phénomène du harcèlement scolaire

Au cœur de son analyse se trouve la notion de réputation.
Au collège, la réputation n’est pas un simple “bruit de couloir” : elle détermine la place de chacun dans le groupe.
C’est un capital social fragile, construit à travers les jugements, les rumeurs, les attitudes, et même les silences des pairs.

Les adolescents n’ayant pas encore de repères stables (ni métier, ni statut social), ils s’appuient sur ce qu’ils peuvent contrôler : leur apparence, leur manière de parler, leur humour, leurs fréquentations.

Une “bonne réputation” ouvre les portes de l’appartenance.
Une “mauvaise réputation” conduit à l’isolement – et l’isolement, dans ce contexte, expose au harcèlement.

Margot Déage montre que dans l’imaginaire adolescent, “être sans amis” équivaut à “être victime”.
La peur du rejet pousse alors chacun à se conformer, parfois au prix de la bienveillance.

Le poids du genre dans la construction des réputations

Un autre apport essentiel de ses travaux concerne le rôle des normes de genre.
L’adolescence est un moment où filles et garçons apprennent à “jouer leur rôle” dans la société, et ce jeu n’est pas sans conséquences.

  • Pour les filles, la réputation repose souvent sur la retenue, la conformité aux attentes scolaires et sociales, et le respect des codes de féminité. Celles qui s’en écartent risquent la stigmatisation : elles deviennent la cible de rumeurs, jugées “trop” expressives, “trop” visibles, “trop” libres.
  • Pour les garçons, au contraire, la valorisation passe par la transgression. Être fort, drôle (l’humour est parfois intégrante du harcèlement scolaire), parfois provocateur, peut être un signe de reconnaissance. L’agressivité, dans certaines limites, devient une façon d’exister. En revanche, pas question de s’éloigner de la norme du mâle hétérosexuel…

Je dois dire que de voir à quel point les normes imposées par le groupe étaient encore si fortement liées aux codes du patriarcat m’a vraiment touchée…

Cette asymétrie dans les attentes explique que le harcèlement n’ait pas les mêmes formes ni les mêmes effets selon le genre :

  • Les filles subissent davantage de violences relationnelles (rumeurs, isolement, dénigrement).
  • Les garçons sont plus souvent impliqués dans des formes de violence physique ou verbale, parfois encouragées par la culture de la virilité.

L’école comme espace de contrôle social

L’école, sans le vouloir, peut renforcer ces mécanismes.
Margot Déage souligne que les règlements scolaires et les outils de mesure du harcèlement valorisent les formes visibles et bruyantes de violence – souvent masculines – et ignorent les violences plus diffuses, relationnelles ou symboliques.

Les sanctions tombent majoritairement sur les garçons, ce qui conforte l’idée que transgresser est “masculin”.
Les filles, elles, sont souvent invisibilisées dans ces analyses, alors même qu’elles souffrent de manière silencieuse.

De plus, les dispositifs institutionnels, en cherchant à “mesurer” le harcèlement, passent à côté de ce qui le rend si douloureux : la dimension de l’humiliation publique.
Dans une société où l’image (en ligne comme hors ligne) a tant d’importance, perdre la face, c’est perdre son statut.

Le rôle du groupe et la figure de la “chèvre émissaire »

Dans chaque établissement qu’elle a étudié, Margot Déage a retrouvé la même mécanique : un ou une élève devient le point focal du rejet collectif.
Cette “chèvre émissaire” concentre les angoisses, les moqueries et les rumeurs.

Souvent, il s’agit de filles issues de milieux populaires ou racisées, perçues comme “différentes”.
Le groupe se renforce en la stigmatisant : en la désignant comme “celle qui ne correspond pas aux codes”, il consolide ses propres frontières.
Cela permet aussi à chacun de relativiser son propre comportement. Un autre point de référentiel existe, et cela m’offre une certaine liberté.

La question du suicide et du traitement médiatique du harcèlement scolaire

Margot Déage met en garde contre la surmédiatisation des cas de suicides liés au harcèlement scolaire.
Ces histoires bouleversantes éveillent les consciences, mais elles donnent parfois l’impression que le suicide est l’unique issue pour les victimes.

Or, cette représentation peut être dangereuse :

  • D’abord parce qu’elle invisibilise les nombreuses situations de souffrance chronique mais non fatale.
  • Ensuite parce qu’elle risque d’installer chez les jeunes l’idée qu’“on ne peut pas s’en sortir autrement”.

Elle plaide pour qu’on mette aussi en avant les histoires de reconstruction : celles d’élèves qui ont trouvé de l’aide, qui ont pu rebondir, et qui témoignent que le harcèlement n’est pas une fatalité.

Un message d’espoir et de responsabilité

Malgré la dureté du constat, l’intervention de Margot Déage se conclut sur une note d’espoir.
Les consciences évoluent. Les enseignants, les parents et les institutions prennent peu à peu la mesure de l’ampleur du problème.

Elle invite à une vigilance collective :

Comprendre le harcèlement, c’est d’abord comprendre nos propres normes.
Car tant que certaines humiliations restent “acceptables”, elles continueront de se reproduire.

Changer les regards, interroger nos réflexes, encourager la diversité des comportements et des expressions : voilà les pistes qu’elle ouvre pour transformer l’école en un espace réellement inclusif.

En résumé

L’intervention de Margot Déage nous aide à voir le harcèlement non pas comme une somme de “cas individuels”, mais comme le reflet d’un système social où la réputation, le regard des autres et les normes de genre se croisent.

Elle nous rappelle que la prévention passe par une éducation au vivre-ensemble, à la différence, et à la bienveillance.

Son travail est précieux, parce qu’il met des mots et des chiffres sur des réalités que beaucoup d’adolescents vivent dans le silence.
Et surtout, selon moi, il ouvre une voie : celle d’une école où la reconnaissance et l’amitié remplaceraient enfin la peur et la mise à l’écart.

Le lien vers l’intervention de Margot Déage

Retrouvez ci-dessous toute l’intervention de Margot Déage sur le lien entre harcèlement scolaire et réputation :

21 octobre 2025/0 Commentaires
https://i0.wp.com/les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2025/10/Margot-Deage-Harcelement-scolaire-et-reputation.png?fit=1080%2C1080&ssl=1 1080 1080 Coralie https://les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2020/07/logo-horizontal-small-300x218.png Coralie2025-10-21 12:58:442025-10-21 12:59:47Mieux comprendre le harcèlement scolaire à travers la notion de réputation, avec Margot Déage
Harcèlement scolaire

Harcèlement scolaire et humour : quand la blague devient une arme sociale

Difficile de voir l’humour comme quelque chose de négatif… L’humour, c’est plutôt une qualité : non seulement parce que c’est un mot qui évoque immédiatement le sourire, la joie, mais aussi parce que c’est un atout social !
L’humour rapproche, crée du lien, détend. Que du bon !
D’ailleurs, si l’humour est de mauvais goût, on en conclura que « ce n’est pas drôle », et donc… on ne parle plus d’humour.
Aussi simple que cela.

Sauf que… sauf qu’on ne rit pas tous des mêmes choses. Donc… ça peut effectivement être de l’humour pour certains… et pas pour d’autres. Et voilà comment, dans certaines situations, notamment à l’école et au collège, l’humour peut avoir un côté sombre. Il devient alors un outil de moquerie, de mise à l’écart, voire une arme de harcèlement scolaire.

C’est ce que met en lumière le travail de Lucie Tamarelle, doctorante en psychologie, qui consacre sa thèse à la question de l’humour dans le harcèlement scolaire.

Dans le cadre de la 2e édition du Sommet du Harcèlement scolaire, elle partage ses recherches et explique pourquoi les “blagues” entre élèves ne sont pas toujours anodines.

Popularité vs appréciation : une distinction clé dans le harcèlement scolaire

L’une des idées fortes de son intervention est la différence entre être apprécié et être populaire.

  • Être apprécié, c’est être aimé pour sa gentillesse, son attention aux autres, sa bienveillance.
  • Être populaire, c’est rechercher visibilité et pouvoir. Cela suppose d’occuper une position dominante dans le groupe, parfois en clivant.

Or, au collège, environ 10 à 15 % des élèves sont en quête de popularité.
Et les recherches de Lucie Tamarelle montrent un lien direct entre cette quête et des comportements agressifs.

En d’autres termes : plus un adolescent cherche à être populaire, plus il risque d’adopter des conduites qui alimentent le harcèlement scolaire – et l’humour moqueur devient alors une stratégie privilégiée.

Humour et harcèlement scolaire : une stratégie de domination

Pourquoi l’humour est-il si présent dans les situations de harcèlement scolaire ?

Parce qu’il cumule deux fonctions puissantes :

  1. Il peut blesser et rabaisser la victime.
  2. Il valorise le harceleur, qui apparaît drôle, spirituel, visible.

La moquerie est ainsi l’une des formes les plus répandues de harcèlement scolaire. Contrairement à une insulte frontale, elle passe pour une blague et devient difficile à dénoncer.

Combien de fois, lorsque la victime se plaint de la blague, il reçoit simplement un :
« Ça va, c’était pour rire ! » ou « T’as pas d’humour… »

Oh… l’insulte suprème..

Alors, on fait semblant de rire, pour ne pas passer pour celui qui n’a pas d’humour… et la situation s’installe.

Cette phrase « c’était pour rire » remplit en fait deux fonctions :

  • Protéger le harceleur en minimisant la portée de son acte.
  • Entretenir une ambivalence sociale : le groupe rit, la victime souffre, et le harceleur s’en sort en invoquant l’humour.

Dans ce contexte, l’humour n’est pas innocent. Il devient un outil de domination sociale qui permet au harceleur de renforcer sa popularité tout en échappant aux reproches.

Victimes de harcèlement scolaire : comprendre le rôle de l’humour

Pour les victimes, comprendre ce mécanisme est essentiel.

Être visé par une “blague” ne veut pas dire avoir fait quelque chose de mal. Cela ne dit rien de la valeur de la victime, mais beaucoup de la stratégie de celui qui cherche à dominer.

Les adolescents qui utilisent l’humour de manière blessante savent très bien manier les codes sociaux. Ils maîtrisent l’art de la moquerie, choisissent le moment, le public, et utilisent la dynamique de groupe pour asseoir leur pouvoir.

Mettre des mots sur cette mécanique permet aux victimes de désamorcer la culpabilité et de réaliser que la blague n’était pas “juste pour rire” : elle servait un objectif de domination.

Primaire vs collège : deux réalités dans le harcèlement scolaire

Lucie Tamarelle distingue également l’usage de l’humour selon l’âge.

  • À l’école primaire, les situations de harcèlement scolaire existent, mais elles reposent moins sur des stratégies sociales complexes.
  • Au collège, en revanche, la quête de popularité devient centrale. Entre 12 et 15 ans, les adolescents utilisent l’humour comme un outil stratégique de pouvoir, pour exister et s’imposer dans le groupe.

Le passage du primaire au collège marque donc une évolution importante : le harcèlement scolaire par l’humour se structure et devient plus calculé.

De la 6e à la 3e : une progression dans la perception de l’humour

Un autre point marquant est la différence entre la 6e et la 3e.

En 6e, les élèves rient de l’humour sans toujours percevoir son ambivalence. Ils voient surtout le côté “drôle”, sans réfléchir à l’impact que cela peut avoir sur l’autre.

En 3e, la conscience de cette ambivalence est plus forte. Les adolescents savent qu’une blague peut être blessante, mais certains l’utilisent malgré tout, voire s’en servent de manière encore plus stratégique.
L’argument du « c’était pour rire » devient alors une arme de plus dans leur jeu social.

Cette évolution montre que l’usage de l’humour dans le harcèlement scolaire est appris et perfectionné au fil des années de collège.

Sanctionner un harceleur : un risque de renforcer sa popularité

Qu’on soit clair : je crois qu’on ne le répète jamais assez, sanctionner un harceleur n’est pas efficace, dans la plupart des cas. Oh… on peut trouver des contre-exemples, mais la littérature présente plus de cas où la sanction aggrave les choses.

Cela s’explique par plusieurs raisons, dont celles du ressentiment de l’intimidateur.

Mais si on en reste à la question de la popularité : on pourrait croire qu’en sanctionnant un harceleur, on réduit son influence.
En fait, Lucie Tamarelle souligne que dans certains cas, la sanction peut augmenter la popularité du harceleur.
Être perçu comme celui qui défie l’autorité, qui “ose”, peut renforcer son statut auprès du groupe.

Cela met en évidence la complexité de la lutte contre le harcèlement scolaire.
Plutôt que de punir ou sanctionner, il s’agit de travailler sur les dynamiques sociales qui valorisent certains comportements.

Nous en avions un peu parlé lorsque je vous présentais les méthodes de lutte contre le harcèlement scolaire en général.

Quelles pistes pour agir face au harcèlement scolaire par l’humour ?

Pour prolonger un peu cette analyse, j’ai envie de proposer ces quelques pistes :

  • Sensibiliser les enfants et adolescents à l’ambivalence de l’humour : ce qui fait rire certains peut en faire souffrir d’autres.
  • Donner la parole aux personnes cibles, pour qu’elles puissent exprimer l’effet réel des moqueries.
  • Valoriser d’autres formes de reconnaissance : montrer que l’on peut être apprécié et reconnu sans passer par la domination.

Ces pistes ne résolvent pas tout, mais elles ouvrent la voie à une éducation au vivre ensemble qui dépasse la simple logique punitive.

Pour aller plus loin

Cet article ne fait qu’effleurer la richesse des propos de Lucie Tamarelle. Ses analyses montrent combien l’humour, loin d’être anodin, joue un rôle central dans certaines formes de harcèlement scolaire.

👉🏻 Pour découvrir son intervention complète et approfondir ces réflexions, vous pouvez retrouver toute son intervention dans la 2e édition du Sommet du Harcèlement scolaire :
https://sommets.les6doigtsdelamain.com/inscription-sommet-harcelement-2025

22 septembre 2025/6 Commentaires
https://i0.wp.com/les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2025/09/cetait-pour-rire.png?fit=1024%2C1024&ssl=1 1024 1024 Coralie https://les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2020/07/logo-horizontal-small-300x218.png Coralie2025-09-22 15:38:572025-11-14 17:33:16Harcèlement scolaire et humour : quand la blague devient une arme sociale
Harcèlement scolaire

Parler du harcèlement scolaire au long de l’année – Le colloque de L’APEL

On parle de plus en plus du harcèlement scolaire. Et heureusement.
En France, le sujet a longtemps été minimisé, voire ignoré. Mais ces dernières années, les lignes bougent.
Il y a désormais un véritable mouvement collectif qui émerge, à la fois sur le terrain, dans les familles, et au sein des institutions.

Bien sûr, la journée nationale de début novembre joue un rôle important pour éveiller les consciences.
Mais ce qui me réjouit, c’est que le sujet ne se limite plus à cette seule date.
Des initiatives voient le jour tout au long de l’année, et elles se font écho les unes aux autres.

🎤 Le 15 mars dernier, j’ai eu la chance de participer au colloque organisé par l’APEL Orléans-Tours sur le harcèlement scolaire.

L’APEL = Association des Parents d’élèves de l’Enseignement Libre, comprendre les parents de l’enseignement Catholique en fait. L’association a été créée en 1930, peut-être que c’était le terme en vigueur à l’époque, je n’ai pas été chercher.

En tout cas, ce colloque avait pour but d’aider les parents et professionnels des écoles catholiques de la région à comprendre et réagir au harcèlement.

La journée était franchement bien organisée, avec tout d’abord une conférence de Béatrice Kammerer – journaliste scientifique, que vous connaissez sûrement pour son livre « L’éducation vraiment positive », puis des ateliers.
En fin de journée, une table ronde, une mise en scène… et chacun a pu rejoindre ses pénates.

La conférence de Béatrice Kammerer : le harcèlement scolaire, mieux comprendre pour mieux agir

Je connaissais déjà Béatrice… même si elle ne se souvenait pas de moi.

En 2017, j’avais écrit un article pour son site, les vendredis intellos.
Ça s’appelait : Comment nos choix éducatifs peuvent contribuer à rendre le monde meilleur.
On constate que j’avais déjà cet élan d’aller plus loin que la « simple » amélioration de la vie familiale !

Et depuis, je l’avais écoutée dans des podcasts. Celui de la Matrescence par exemple, qui a eu, je crois, beaucoup d’écoutes.

Beatrice Kammerer au colloque de l'APEL sur le harcèlement scolaire

Lors de cette conférence, elle a su redéfinir le contexte de la lutte contre le harcèlement scolaire en France.
Quand ça a commencé, quelles méthodes existent, si elles sont efficaces, etc…

Une chose que j’ai notée, et qui confirme bien mon idée que le harcèlement est systémique, c’est le fait que le harcèlement scolaire dépasse le cadre de l’école. Qu’il s’agit en fait plus globalement de comment on adresse la question du bien vivre ensemble. Selon Béatrice Kammerer : « Le harcèlement n’est qu’un symptôme ».

Les ateliers

Après cette conférence, les participants sont allés rejoindre les ateliers auxquels ils s’étaient pré-inscrits.

Nous étions une quinzaine d’intervenants d’horizons différents (dont plusieurs qui figuraient au programme de la première édition du sommet du harcèlement scolaire, d’ailleurs !)
Chacun avec son approche et ses outils.

Chacun d’entre nous a accueilli une douzaine de participants, pour un atelier le matin et un autre l’après-midi.

Mon atelier s’adressait particulièrement aux parents, et portait sur le thème :
« Parents, leçons de pouvoir : accompagner sans dominer »

Il s’agissait d’encourager les parents à revisiter leur posture éducative et en particulier leur relation au pouvoir, afin de prendre conscience de ce que cela pouvait engendrer chez leurs enfants.

Ce thème du pouvoir parental n’est pas nouveau pour moi, et je sens bien à quel point il est au coeur des interrogations qu’on peut avoir sur nos relations avec nos enfants.

Ici, bien sûr, on a fait le lien avec les situations de harcèlement.

Je pourrai, si cela vous intéresse, vous en reparler dans un prochain partage.

Vidéo de synthèse

En tout cas, ce que l’APEL a réussi à créer ce jour-là est remarquable :
elle a su créer un espace pour sensibiliser, éveiller, croiser les regards, partager des pistes concrètes, entendre la parole d’experts…

Bien sûr, je ne peux pas vous résumer toute la richesse de cette journée en peu de mots, mais…

📺 L’APEL a publié une vidéo à propos de cette journée, dans laquelle plusieurs messages essentiels résonnent :

🔹 “Tout est prétexte à harcèlement.” – Catherine Verdier
🔹 “Ne jamais minimiser.” – Agnès Boutry
🔹 “Il connaît bien mieux la situation que vous.” – Marie-Laure de Blic

Des phrases simples, mais fortes.
Des phrases qui bouleversent parfois nos réflexes : quand on veut “bien faire”, quand on veut “rassurer”, ou même “protéger”.
Des phrases qui nous invitent à ajuster notre posture, à écouter autrement, à prendre au sérieux ce que les enfants vivent et nous disent.

👉🏻 Vous pouvez voir la vidéo ici :
https://www.apel.fr/actualites/harcelement-scolaire-des-conseils-pour-y-faire-face


Le lien avec le sommet du harcèlement scolaire

Cette journée fait écho à l’esprit du Sommet du Harcèlement Scolaire, que j’ai lancé pour contribuer à ce travail de sensibilisation, et permettre à chacun, parent ou professionnel, de mieux comprendre pour mieux agir.

Je mesure vraiment à quel point ces espaces de partages sont précieux.
Parce que les solutions ne sont jamais simples ni toutes faites.
Mais parce que chaque échange, chaque prise de conscience, chaque nouvelle information nous rapproche d’un mieux.

Si vous ne connaissez pas encore le Sommet, vous pouvez en savoir plus ici :
👉🏻 https://sommets.les6doigtsdelamain.com/

Merci à l’APEL pour cette initiative essentielle autour du harcèlement scolaire.
Merci à tous ceux et celles qui s’engagent, chacun à leur manière, pour que l’école soit un lieu de sécurité, et de mieux vivre ensemble.

Ah… et si vous voulez être informé du prochain sommet, inscrivez-vous sur ma liste « harcèlement » ici.

9 juin 2025/5 Commentaires
https://i0.wp.com/les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2025/06/APEL-vignette-video-colloque-scaled.png?fit=2048%2C1147&ssl=1 1147 2048 Coralie https://les6doigtsdelamain.com/wp-content/uploads/2020/07/logo-horizontal-small-300x218.png Coralie2025-06-09 16:57:552025-06-09 16:57:57Parler du harcèlement scolaire au long de l’année – Le colloque de L’APEL
Harcèlement scolaire

HarcelKido : un jeu pour parler du harcèlement scolaire

Le harcèlement scolaire est un sujet sensible et délicat à aborder avec les enfants. Pourtant, il est crucial d’ouvrir le dialogue pour les aider à exprimer ce qu’ils ressentent et à trouver des solutions adaptées. C’est précisément ce que permet le jeu HarcelKido, conçu spécifiquement pour faciliter les échanges autour de cette thématique.

Un jeu pour libérer la parole autour du harcèlement scolaire

HarcelKido se compose de cartes réparties en quatre catégories :

  1. Les situations — Elles illustrent différents contextes que les enfants peuvent rencontrer à l’école, allant des moqueries aux agressions plus graves.
  2. Les émotions — Elles aident les enfants à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent : colère, peur, injustice, impuissance…
  3. Les réactions — Elles permettent d’explorer comment l’enfant réagit face à ces situations : se bagarrer, minimiser, demander de l’aide, etc.
  4. Les ressources — Elles offrent des pistes pour trouver du soutien, que ce soit en s’appuyant sur des amis, en participant à une médiation ou en utilisant des stratégies personnelles comme dessiner.

Ces cartes permettent aux enfants d’aborder des sujets difficiles sans se sentir obligés de parler directement de leur propre vécu. Elles ouvrent un espace de discussion en douceur, où l’enfant peut exprimer ses émotions sans pression.

Un outil adapté à tous les enfants

Le jeu ne se limite pas aux cas de harcèlement avérés, mais aborde également les tensions plus légères que les enfants peuvent rencontrer au quotidien. Ainsi, les moqueries ou les surnoms blessants font partie des cas soulevés. (C’est d’ailleurs souvent ainsi que commence le harcèlement…)
C’est pourquoi il est recommandé d’introduire Harcel’kido en précisant que le jeu parle des difficultés à l’école, sans insister d’emblée sur le terme ‘harcèlement’.

Enfin, une carte dédiée définit ce qu’est le harcèlement scolaire et mentionne le numéro d’appel anonyme 30 18, pour offrir une ressource concrète aux familles qui en auraient besoin.

Pourquoi utiliser HarcelKido ?

  1. Faciliter la parole : Les enfants parlent plus facilement en passant par le jeu.
  2. Renforcer la confiance : La confiance se construit dans l’échange. L’enfant peut ici partager ses expériences. Sans oublier de bien lui dire « Je ne ferai rien sans ton accord”.
  3. Explorer les solutions : Grâce aux cartes ressources, l’enfant découvre qu’il a des moyens d’agir, seul ou avec de l’aide.

Harcel’kido est donc un excellent outil pour les parents comme pour les enseignants, afin d’aborder le sujet du harcèlement scolaire de manière ludique et bienveillante.
👉🏻 Découvrez le jeu HarcelKido

Et vous, avez-vous déjà utilisé des jeux pour parler de sujets délicats avec vos enfants ? Partagez votre expérience en commentaire !

Et pour aller plus loin sur le thème du harcèlement,

👉🏻 Ne manquez pas le sommet du harcèlement scolaire !

4 mars 2025/0 Commentaires
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Harcèlement scolaire, Interview, Podcasts

Emmanuelle Piquet : la méthode à 180° pour se sortir du harcèlement scolaire

Le harcèlement scolaire est une réalité douloureuse pour de nombreux enfants. Dans cet article, je vous propose de découvrir la méthode à 180° développée par Emmanuelle Piquet, une approche innovante pour aider les victimes à reprendre le contrôle de la situation. Je vous ai déjà parlé d’Emmanuelle Piquet dans mon article sur la lutte contre le harcèlement scolaire. Si sa méthode est à contre-courant, c’est principalement parce qu’il s’agit de travailler avec la victime.
En effet, les réponses traditionnelles, telles que l’intervention des adultes ou l’évitement, ne sont souvent pas suffisantes.
Emmanuelle Piquet, psychopraticienne spécialisée dans l’accompagnement des victimes de harcèlement, a développé une approche innovante et efficace : la méthode à 180°. Cette méthode propose une réponse inattendue et stratégique pour permettre aux victimes de reprendre le contrôle de la situation.

Présentation de la méthode à 180°

Comment est née la méthode à 180° d’Emmanuelle Piquet ?

La méthode à 180° est née des observations d’Emmanuelle Piquet lors de ses consultations avec des jeunes victimes de harcèlement. Elle s’est rendu compte que les solutions courantes – telles que fuir ou demander de l’aide extérieure – pouvaient renforcer le sentiment d’impuissance des victimes.

En effet, si l’enfant, ou l’adolescent, ne peut se défendre sans aide extérieure, cela confirme son rôle de victime, à ses yeux comme à celui de l’agresseur.

L’école de Palo Alto, d’où est issue Emmanuelle Piquet, encourage à observer le système dans son ensemble et ce qui y contribue. Dans le cas du harcèlement, certaines approches ne faisaient souvent qu’accentuer le problème, car elles ne modifiaient pas la dynamique relationnelle entre le harceleur et la victime.

Autre hypothèse : impliquer la victime dans la démarche de résolution va forcément porter ses fruits plus rapidement. Pourquoi ? Parce que c’est justement la victime qui a le plus interêt à ce que les choses changent !

C’est ainsi qu’elle a développé la méthode à 180°contre le harcèlement scolaire, une approche basée sur la réplique inattendue et la déstabilisation de l’attaquant. Contrairement aux réponses classiques, la méthode d’Emmanuelle Piquet vise à retourner la situation en faveur de la victime en changeant radicalement l’interaction.

Les principes de la méthode à 180° appliquée au harcèlement scolaire

La méthode à 180° repose sur l’idée de répondre aux attaques par une attitude ou une phrase surprenante, parfois décalée. L’objectif est de déstabiliser le harceleur en lui retirant son pouvoir de nuisance. En agissant ainsi, la victime reprend le contrôle de la situation.

L’effet de surprise est essentiel dans cette méthode. Les harceleurs sont habitués à provoquer des réactions de peur, de colère ou de tristesse. En adoptant une attitude détendue et parfois humoristique, la victime prive le harceleur de ce qu’il recherche : une preuve de domination. La méthode ne consiste pas à nier ou minimiser le harcèlement, mais à trouver un moyen stratégique de neutraliser l’agression par un renversement de la situation.

Soyons honnête : la surprise vient déjà du fait que la victime sort de son rôle de victime.

J’ai conscience en écrivant ça d’être dangereusement proche du « Te laisse pas faire ! » qu’un parent pourrait lancer à son enfant sans plus de commentaire, ce qui va plutôt le faire se sentir incompétent…
Emmanuelle Piquet est tout à fait consciente qu’une telle injonction ne suffit pas.

L’idée, c’est d’aider réellement l’enfant à changer de posture. S’il suffisait de lui dire de le faire, il ou elle l’aurait déjà fait. Il n’a jamais donné son consentement à celui qui l’embête ! Ce qui ne veut pas dire qu’il n’en est pas capable pour autant.

La méthode à 180° d’Emmanuelle Piquet va aider l’enfant à trouver comment répondre, et va prendre le temps de l’entrainement au besoin !

Il n’est pas nécessaire que la réponse soit agressive.
Dans bien des cas, l’humour permet de se sortir de situations plus que délicates.

👉🏻 Pour voir des exemples de réponses sans agressivité, visionnez aussi l'intervention de Philippe Aïm diffusée lors du sommet du harcèlement scolaire 2024.

Cependant, cela n’est pas interdit dans la méthode à 180°.
L’idée portée par Emmanuelle Piquet, c’est que « l’inconfort change de camp ».

On peut être à l’aise ou pas avec cette idée. Ce qui est sûr, c’est que ça rompt avec le schéma classique !
Et quand on lit le livre plein d’exemples vécus, à destination des jeunes : « Je me défends du harcèlement », on a du mal à ne pas se sentir inspiré !

Emmanuelle Piquet au Sommet du harcèlement scolaire 2024

Emmanuelle Piquet est la première personne que j’ai contactée lorsque j’ai décidé d’organiser le sommet du harcèlement scolaire. Et j’ai été très touchée qu’elle accepte immédiatement de participer !

Moi qui doutais encore un peu de ce projet, ça m’a décidée à avancer, et à organiser ce sommet, suivi par plus de 5000 personnes !

Une bonne nouvelle : Emmanuelle souhaite que son intervention reste accessible de manière permanente.

Donc, si vous voulez en savoir plus sur la méthode à 180° contre le harcèlement scolaire, vous pouvez voir ou écouter l’intervention complète d’Emmanuelle Piquet ci-dessous et découvrez des stratégies concrètes pour aider les victimes.

J’espère qu’elle vous inspirera autant que ce qu’elle m’a inspirée.

👉🏻 Pour voir les interventions des autres experts, regardez le sommet du harcèlement scolaire 2024.

Quels sont les résultats concrets de la méthode à 180° contre le harcèlement scolaire ?

La méthode à 180° a prouvé son efficacité à travers de nombreux témoignages. Des jeunes ayant appliqué cette approche rapportent un net changement dans leur quotidien. Les harceleurs, privés de leur pouvoir, se désintéressent rapidement de leurs victimes. La dynamique s’inverse, et les victimes retrouvent confiance en elles.

L’un des points qui m’ont marquée en lisant les ouvrages d’Emmanuelle Piquet, c’est le manque de confiance en nos enfants. Tellement d’adultes qui sont là pour les protéger… avec une bonne intention, bien sûr, mais… avec l’idée sousjacente qu’ils n’en sont pas capables eux-mêmes !

Cette réponse stratégique au harcèlement scolaire ne sera pas efficace pour tous, ou pas forcément rapide avant d’être efficace.
Au niveau des stats, voici ce qui ressort. « Dans 82% des cas, le problème a diminué significativement, trois mois après la fin de la thérapie menée dans un des centres A180°, selon l’avis des enfants victimes ou de leurs parents. »

Mais dans les cas où elle l’est, bon sang, quel bonheur de voir un enfant qui parvient par lui-même à faire face à l’agression sans perdre sa dignité !
Un jeune qui reprend confiance en soi, qui se sent plus fort. Un jeune qui a réussi à connecter la part en lui !

Certaines anecdotes sont carrément magiques…
Comme celle de Jean-Paul, que certains surnommaient « Popol », et qu’Emmanuelle Piquet raconte sur les réseaux.
Une histoire à la fois effrayante et incroyable !

Et juste pour terminer sur l’importance de se mettre à côté de la victime, un autre chiffre impressionnant : après avoir travaillé sa réponse, dans 50% des cas, l’enfant n’aura pas besoin de la mettre en place. Car sa simple posture aura changé, et le ou les intimidateurs s’en rendent compte !

C’est pas dingue, ça ?

FAQ : Réponses aux questions courantes sur la méthode à 180° d’Emmanuelle Piquet

❓ Qu’est-ce que la méthode à 180° contre le harcèlement scolaire ?
La méthode à 180°, développée par Emmanuelle Piquet, est une approche stratégique qui aide les victimes de harcèlement scolaire à reprendre le contrôle de la situation. Elle repose sur des répliques inattendueset assurées, visant à déstabiliser le harceleur tout en redonnant confiance à la victime.


❓ Pourquoi la méthode à 180° est-elle efficace contre le harcèlement scolaire ?
Elle fonctionne en changeant la dynamique relationnelle entre le harceleur et la victime. En adoptant une attitude surprenante et parfois humoristique, la victime sort de son rôle habituel et prive le harceleur du pouvoir qu’il cherche. Cette approche permet à la victime de ne plus se sentir impuissante et d’adopter une posture plus affirmée.


❓ La méthode à 180° fonctionne-t-elle dans tous les cas de harcèlement scolaire ?
Non, la méthode à 180° n’est pas une solution miracle et peut ne pas être efficace dans tous les cas. Son efficacité dépend notamment de la situation spécifique, de la personnalité de l’enfant et du type de harcèlement. Cependant, dans 82 % des cas, les victimes rapportent une diminution significative du harcèlement après avoir appliqué cette méthode.


❓ Comment préparer un enfant à utiliser la méthode à 180° ?
La préparation est essentielle dans cette approche. Emmanuelle Piquet recommande de prendre le temps d’entraîner l’enfant à adopter les bonnes répliques et la bonne posture. Cet entraînement peut se faire avec l’aide d’un praticien formé ou des parents, en répétant des scénarios spécifiques pour que l’enfant se sente prêt et naturel lorsqu’il devra réagir.


❓ Pourquoi ne pas simplement faire intervenir les adultes pour résoudre le harcèlement scolaire ?
L’intervention des adultes peut parfois renforcer le sentiment d’impuissance de l’enfant victime, en confirmant son incapacité à se défendre seul. La méthode à 180° propose au contraire d’impliquer directement l’enfant dans la résolution du problème, en lui donnant les outils nécessaires pour se défendre de manière autonome. Cela contribue à renforcer sa confiance en lui.


❓ Quel est le rôle des parents dans l’application de la méthode à 180° ?
Les parents jouent un rôle essentiel dans cette démarche. Plutôt que de se placer entre leur enfant et le harceleur, ils sont invités à se mettre à côté de l’enfant, à l’écouter et à l’accompagner dans l’apprentissage des répliques stratégiques. Ils peuvent aussi participer aux entraînements, en jouant le rôle du harceleur lors des simulations pour aider l’enfant à prendre confiance.


❓ La méthode à 180° est-elle compatible avec d’autres approches contre le harcèlement scolaire ?
Oui, elle peut être complémentaire à d’autres méthodes, à condition que celles-ci ne renforcent pas la posture de victime. Par exemple, des actions visant à améliorer l’estime de soi de l’enfant ou des dispositifs de médiation peuvent très bien s’articuler avec la méthode à 180°.


❓ Existe-t-il des livres ou ressources pour en savoir plus sur la méthode à 180° ?
Oui, Emmanuelle Piquet a écrit plusieurs livres, dont « Je me défends du harcèlement » destiné aux jeunes, qui expliquent en détail la méthode à 180° avec des exemples concrets et des conseils pratiques. Ces ouvrages sont une excellente ressource pour les parents et les professionnels souhaitant approfondir le sujet.


❓ Que faire si l’enfant n’ose pas appliquer les répliques de la méthode à 180° ?
Il est tout à fait normal que certains enfants n’osent pas appliquer ces répliques immédiatement. Dans ce cas, l’entraînement progressif est essentiel. Il est aussi possible de commencer par des changements subtils de posture, sans répliques verbales, pour que l’enfant se sente plus en confiance. L’objectif est d’avancer à son rythme.

18 septembre 2024/0 Commentaires
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Au fil de l'eau, Harcèlement scolaire

Le consentement : l’expliquer et l’enseigner aux enfants

Le consentement : un mot de grands… mais qu’on aimerait bien transmettre également à nos enfants ! Seulement voilà, comment fait-on ? Comment expliquer et enseigner le consentement à nos enfants ?

Et d’abord, sommes-nous bien clairs nous-mêmes sur ce que ce terme désigne ?

Voyons voir ça….

Qu’est-ce que le consentement ?

Un concept qui ne concerne pas que le corps

Si je vous dis consentement… Qu’est-ce que cela évoque pour vous ?

….

Il y a fort à parier que vous avez pensé a priori à « donner son accord pour un acte intime ». 

Oui, quand on parle consentement, on pense souvent à tout ce qui a trait aux actes sexuels, ou au moins à notre intégrité physique. (C’est d’ailleurs une video qui se limite à cet aspect que je trouve quand je tape « enseigner le consentement aux enfants » sur google)

Ce n’est pourtant pas tout !

Le consentement s’applique en réalité à tous les aspects de notre vie et ne se limite pas à la sexualité.

Si je cherche « consentement » dans le Larousse, voici ce que je trouve :

« Action de donner son accord à une action, à un projet ; acquiescement, approbation, assentiment : Il a agi avec mon consentement. »

Larousse

Marrant, non, de voir qu’on sait utiliser ce mot dans d’autres contextes, mais que dès qu’on veut le transmettre, on pense prévention des agressions sexuelles.

Alors… c’est dans le fond assez logique, puisque c’est lié à nos peurs.

Cependant, c’est bien en enseignant le consentement dans toutes les sphères et dès le plus jeune âge qu’on protègera nos enfants des situations les plus graves.

Ainsi, il peut s’appliquer aux évènements les plus anodins comme accepter de jouer à un jeu et de prêter ses affaires.
Ce qui n’empêchera pas, bien sûr, d’appliquer le principe du consentement à tout ce qui a trait à l’intégrité physique, comme le fait d’embrasser tante bidule …

Les bénéfices d’enseigner le consentement aux enfants

J’en vois tellement !

La confiance en soi

Enseigner le consentement, c’est faire passer le message à l’enfant qu’il a le droit de dire non.

Il peut donc développer sa faculté à prendre des décisions, finalement, on l’encourage à être acteur de sa vie !

Ce n’est pas rien !

On sort de fait de la relation verticale ou l’adulte impose et l’enfant obéit : on demande son avis à l’enfant, on l’autorise à refuser, donc on valorise son opinion, on respecte ses droits.

Attention, je ne suis pas en train de prôner une éducation permissive où rien n’est imposé.
Nous parents sommes garants du cadre, de l’enseignement certaines règles (se laver les dents, par exemple !) et nous n’abandonnerons pas ce rôle.

Cependant, entre aider nos enfants à développer leur hygiène dentaire et les obliger à… – je vais prendre 2 exemples ici, pour illustrer et l’aspect corporel et un autre :

  • faire un câlin au copain qui aime ça quand eux ne le veulent pas
  • prêter un jouet à un autre enfant, inconnu, parce que « c’est comme ça qu’on fait »

il y aune différence.

Dans le 1er cas :
oui, c’est délicat de refuser le câlin de celui qui le fait avec toute la tendresse du monde (je sais bien, je suis la maman de celui qui fait les câlins…)… mais sommes-nous en train de leur dire qu’ils doivent prendre sur eux pour faire plaisir aux autres, même quand cela concerne leur corps ?
Comment peut-on ensuite faire le lien avec l’enseignement du consentement pour éviter le viol ?

Dans le 2e cas :

Là encore, délicat, mais… et si on se mettait à leur place, un peu ?
Pour cet exemple, rien de tel que cette image de Fany Vella dans l’album « Et si on changeait d’angle ? »

Encore une fois, cela ne veut pas dire qu’on ne va pas chercher à enseigner la générosité à nos enfants.

Fany propose de dire par exemple : « Je te propose qu’on mette de côté les jeux que tu. ne veux pas partager et on laisse à disposition les autres pour que tu puisses jouer avec les enfants. »

Chez nous, on a également eu plus de succès en respectant le rythme de l’enfant sur le fait de prêter ses jouets.

Le respect de l’autre

Et ça marche dans l’autre sens !!

Quand on enseigne le consentement, on enseigne implicitement que « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. »

Si je reviens à mon fils Léon, qui adooore faire des câlins (on a même vécu un moment gênant quand, à 4 ans, il est parti faire un câlin à un agent de douane… mais c’est une autre histoire), c’est important pour nous de l’aider à voir comment réagit l’autre.
« Regarde son langage corporel – as-tu l’impression qu’il apprécie vraiment ? »
« Est-ce que tu peux lui demander s’il est ok pour un câlin avant de le lui faire ? »

Nous sommes tous différents, et c’est aussi cette diversité qu’on enseigne ainsi à nos enfants.

En aparté, ça m’évoque d’ailleurs que c’est ultra important d’appréhender cette diversité pour s’apprécier, et vaut mieux insister dessus avant que nos jeunes deviennent ados. Enfants et adolescents bénéficieraient d’un peu plus d’accueil de la diversité… autre thème, mais pas vraiment !

👉🏻 A ce sujet, voyez la conférence "Ce qui nous rend unique nous rend plus fort" de Fany Ea, diffusée lors du sommet sur le harcèlement scolaire du 2 au 8 octobre 2024.

La vie en groupe

Chez nous, le mot « consentement » est employé depuis des années dans un contexte trés loin de la sexualité, et c’est ainsi que nos enfants l’ont d’abord appris.

C’est une des règles de la maison : « Un jeu, c’est par consentement mutuel. »
(tres utile en particulier pour les eux de « bagarre »)

Oui, le consentement, c’est d’abord ça : le fait de donner son accord explicite, éclairé, libre et volontaire face à une situation.

C’est donc en intégrant cette notion, quel que soit le contexte qu’on encouragera nos enfants à savoir quand et comment donner leur accord explicite, et à respecter celui de l’autre.

Car soyons clairs : nombre d’agresseurs le sont un peu malgré eux… « C’est pour rigoler ! » disent-ils parfois sincèrement. Ils n’ont juste pas appris à chercher d’abord le consentement de l’autre…
(Même histoire pour les propos sexistes ou racistes, d’ailleurs)

Et c’est ainsi que l’enseignement du consentement intervient comme prevention du harcèlement scolaire !

Or, vous le savez, comment lutter contre le harcèlement scolaire est également au coeur de mes préoccupations…

👉🏻 Pour différentes approches de prévention du harcèlement, regardez le sommet sur le harcèlement scolaire du 2 au 8 octobre 2024.

Pour pouvoir donner son consentement

Reprenons le principe : pour donner son accord explicite et éclairé, cela sous-entend que l’on sait déceler ce que l’on désire en accord avec ses connaissances, ses valeurs, et ses besoins d’une part et que l’on sache se défendre contre les pressions, chantages et autres outils de persuasion d’autre part. 

Ça demande donc de sacrées compétences…

Toutes les compétences qu’implique le consentement

Sous-jacent à ce concept on devine nettement la compétence de savoir poser ses limites. 

Savoir-faire qui demande lui-même tout un tas de pré-requis : 

  • Reconnaitre ses sensations physiques
  • Reconnaitre les émotions que l’on ressent
  • Savoir les nommer
  • Connaitre ses valeurs, ce que l’on aime ou pas
  • Oser s’affirmer
  • Connaitre plusieurs types de réponses ( la contre-proposition, le message clair… ) 
  • Communiquer avec assertivité

Bref , le consentement se donne et se reçoit et ça,  ÇA S’APPREND !

👉🏻 Pour apprendre à vos enfants à se connecter à eux pour poser leurs limites et ainsi les protéger du harcèlement scolaire, voyez l'intervention d’Angélique Stock diffusée lors du sommet sur le harcèlement scolaire du 2 au 8 octobre 2024.

Un mot sur le « spectre du consentement » et la « zone de doute » 

Selon Angelique Stock, il existe un « spectre du consentement ». 

Aux extrémités de ce spectre :

  • ce qui nous met en joie d’un côté
  • ce qui est rédhibitoire pour nous de l’autre

Reconnaitre et réagir dans ces cas-là est assez intuitif et naturel. 


La difficulté survient lorsque, sur ce spectre, on se situe entre les deux.
C’est ce que l’on appelle la zone de doute. 

C’est là que nous sommes le plus vulnérable.

Dans cette zone nous avons du mal à apporter une réponse juste et ancrée et encore plus besoin de mobiliser les compétences évoquées ci-dessus. 

Alors… la situation peut nous échapper et déraper sans qu’on l’ait bien vu venir… avec les conséquences plus ou moins graves, comme dans les cas de violences sexuelles ou de harcèlement scolaire.

Un principe-clé que suggère Angélique Stock :  UN « PEUT-ÊTRE » EST UN NON. 

C’est aussi utile pour s’exprimer et se défendre par exemple du harcèlement que pour entendre et respecter l’autre. 

On voit que le vieil adage populaire « Qui ne dit mot consent » a plus que du plomb dans l’aile.
Dans l’intérêt de tous, il est urgent de le déconstruire.
Sinon, on encourage chacun à abuser de la vulnérabilité de l’autre.
(je ne me lancerai pas ici dans un discours féministe, mais on voit aussi le lien qui peut être facilement fait…)

👉🏻 Pour savoir comment aider vos enfants à identifier leur "zone de doute", voyez l'intervention d’Angélique Stock diffusée lors du sommet sur le harcèlement scolaire du 2 au 8 octobre 2024.

La posture de l’adulte pour enseigner le consentement aux enfants

Notre rôle, comme souvent, est important face à cette question. 

« L’exemple n’est pas la meilleure manière d’éduquer, c’est la seule. »

Gandhi

Si nous voulons réellement transmettre le respect du consentement, il va nous falloir donner l’exemple.
Voici quelques illustrations concrètes.

1- Sortons de l’obéissance aveugle

Généralement les enfants intègrent qu’ils doivent obéir aux règles des adultes. (Ne serait-ce que par le modèle de la société qui les entourent)
Ils acquiescent donc parfois alors même qu’ils sont en désaccord profond. Il est intéressant de l’avoir à l’esprit et d’y être attentif.
Il est souvent plus efficace de chercher comment fonctionner ensemble, en embarquant l’autre dans la démarche que de chercher l’obéissance pure. Même si c’est plus long !

2- Sachons nous observer

Toujours dans une démarche de modélisation, ayons une réflexion sur nos propres attitudes. 

M’arrive-t-il de donner un câlin ou de passer la main dans les cheveux contre le gré de mon enfant ? 

D’utiliser une forme de pression pour obtenir son accord ? 

De rentrer dans son espace (sa chambre, son téléphone, son cartable… ) sans avoir demandé ?

Mettons aussi en scène notre propre consentement dans la manière de l’exprimer ou de refuser ou en verbalisant quand on aurait aimé que l’on nous demande avant. 

3- Demandons l’autorisation et respectons la réponse

Demander, c’est une des clés. Poser des questions est un prérequis pour obtenir un consentement. 

« Est-ce que je peux ouvrir ton cartable ? » 

Taper avant d’entrer dans la chambre …. 

Le consentement ainsi modélisé et respecté apprendra à l’enfant à dire non, à gagner en confiance et à lui-même demander. 

Et en absence de consentement ? On s’abstient !

4- La fratrie comme terrain d’apprentissage. 

Utiliser les situations quotidiennes entre frères et sœurs pour apprendre à vos enfants à demander l’accord pour emprunter, toucher, jouer ensemble …. et à l’inverse : accepter le stop de l’autre. 

Je ne me fais pas d’illusion : je sais que savoir dire non ne suffit pas à ne plus être victime de violence. Mais c’est un bon début.

👉🏻 Pour une perspective sur la fratrie comme terrain d'apprentissage, je vous conseille l'intervention de Marie-Laure de Blic dans le cadre du sommet sur le harcèlement scolaire du 2 au 8 octobre 2024.

5- Accompagner le développement des compétences psycho-sociales

Autant qu’apprendre les maths et le français il est crucial d’accompagner les enfants à développer leur connaissance d’eux-mêmes ainsi que leurs compétences émotionnelles et relationnelles. 

Favorisez le développement de ces compétences chez votre enfant : de manière implicite, essentiellement à travers votre posture et votre guidance ou explicite : avec des jeux dont c’est clairement la finalité, au détour d’une lecture, à travers vos discussions, en l’inscrivant à des ateliers….

👉🏻 Pour découvrir différentes méthodes visant à développer les savoir-être de vos enfants, voyez les interventions sur l’environnement et la prévention du sommet sur le harcèlement scolaire du 2 au 8 octobre 2024. 

Conclusion

Le consentement ce n’est pas anodin. Cela nécessite bon nombre d’habiletés…
Bonne nouvelle : ces habilités seront aussi utiles dans d’autres circonstances.

Il est cependant temps de faire sortir cette notion de consentement du simple contexte de l’éducation sexuelle.

L’enjeu, de taille, est que chacun s’épanouisse et sache traverser les petites et grandes difficultés qui surviendront nécessairement sur le chemin de vie. 

Et chez vous, l’enseignement du consentement, ça ressemble à quoi ?

11 septembre 2024/0 Commentaires
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