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Eduquer sans punir, est-ce possible ?

Eduquer sans punir, en voilà une idée ! Lorsque j’explique que dans notre maison, la punition n’existe pas, cela surprend souvent. Et cela surprend encore plus lorsque l’on s’aperçoit que nos enfants ne sont pas des délinquants… Non seulement ils ne partent pas à la dérive, mais j’affirmerai même qu’ils ont en fait pas mal de limites. Nous ne sommes absolument pas des parents permissifs. Est-il possible, alors, d’éduquer sans punir ? Pourtant, l’idée reçue, c’est que la punition est une méthode éducative efficace et nécessaire. Que l’on punit les enfants “pour leur bien”. Que c’est la meilleure manière d’apprendre. Et surtout, surtout, si l’on ne punit pas, que fait-on ? Existe-t-il des alternatives ?

C’est l’objet de cet article, que j’écris en participant au carnaval d’articles lancé par Ludivine, du blog Graines de bienveillance. Un carnaval, vous le savez peut-être, ce n’est pas la première fois que j’y participe, c’est quand un blogueur lance un thème sur lequel différents blogueurs s’expriment. Le thème lancé par Ludivine aujourd’hui, c’est “Eduquer sans punir, est-ce possible ?”, et comme je trouve ce thème particulièrement intéressant, je suis ravie d’y participer ! Voici le lien vers l’article récapitulatif de Ludivine, si vous êtes curieux des différentes approches des participants… .

Ceci étant dit, revenons à nos moutons, euh… à nos punitions.

Se faire à l’idée d’éduquer sans punir

Je comprends que cette idée d’éduquer sans punir puisse surprendre. Bien sûr que je le comprends ! Je mentirais en disant que je n’utilisais pas les punitions au début… Et la première fois que j’ai lu ce que les punitions pouvaient avoir de néfastes, je n’ai pas été immédiatement convaincue.

Un héritage à remettre en cause

Pour la grande majorité d’entre nous, nous avons grandi dans un contexte dans lequel il était normal et même bien de punir. La punition comme méthode éducative est donc bien une idée “reçue” : reçue de nos parents, de notre entourage lorsque nous étions enfants.

Or, nos parents nous aimaient. S’ils nous punissaient, nul doute qu’ils le faisaient pour notre bien. Comment remettre la punition en cause sans remettre nos parents en cause.

Notre cerveau sait nous protéger de ce qui nous dérange trop. Penser que nos parents nous ont causé du tort, c’est dérangeant. Autant rester sur l’idée simple que leurs méthodes avaient du bon, et les répéter.

D’ailleurs, l’enfant battu bat ses enfants, c’est connu. C’est un moyen de protection émotionnelle, d’une certaine façon. Pour ne pas remettre en cause ce que nous avons reçu.

De mon côté, je suis assez sereine sur ce point. Les parents ont toujours fait ce qu’ils croyaient être le mieux (avec leur propre héritage, de surcroit). Il n’y a pas de doute là-dessus. Remettre en question la méthode ne signifie pas remettre en question l’intention. L’ignorance justifie la méthode. Aujourd’hui, cependant, nous ne sommes plus ignorants, nous savons que la punition fait du mal à l’enfant.

Alors, sans nous attarder sur le passé, concentrons-nous sur le présent, et même sur le futur, en offrant à nos enfants ce que, à notre tour, nous pouvons faire de mieux !

Nager à contre-courant

Autre problème : même lorsque nous réussissons à remettre en cause l’éducation que nous avons reçue, nous évoluons en général dans un environnement qui n’a pas encore changé ses méthodes. Je dis “pas encore” parce que j’ai confiance que cela changera. Ca bouge déjà, doucement.

En attendant, il est certain que ceux d’entre nous qui ont banni les punitions nagent à contre-courant. Nous évoluons dans un monde qui cherche encore à éduquer par les punitions. Dans le collège de ma fille, comme dans beaucoup d’autres, si l’élève fait une erreur (il n’a pas fait un devoir, il a oublié son matériel, il bavarde en classe…), le prof lui met une croix sur son carnet. Au bout de 3 croix, une heure de colle. C’est comme ça.

Alors bien sûr, lorsque ces méthodes sont si communes, elles deviennent “normales”, au sens littéral, c’est à dire que c’est la norme. Et lorsque l’on sort de la norme, c’est toujours un peu plus difficile. Il est, là encore, plus confortable de suivre le groupe, de ne pas se sentir différent…

S’ouvrir à la possibilité

Et pourtant, malgré notre héritage, malgré notre environnement, j’ai envie de vous demander de vous ouvrir à la possibilité d’éduquer sans punir.

Pour ceux pour lesquels cette idée est nouvelle, je sais qu’il faut y aller doucement. Bien sûr. Pour toutes les raisons listées plus haut.

On m’a raconté d’ailleurs l’anecdote suivante. Un jour, Catherine Gueguen donnait une conférence à une assemblée d’enseignants. Elle leur parle, comme à son habitude, du fonctionnement du cerveau, de l’effet sur celui-ci d’une relation empathique, etc… Les enseignants sont intéressés. Jusqu’au moment où elle leur déclare que les punitions ne devraient pas être. Elle est allée trop loin trop vite, et une partie de son assemblée se ferme. Car ils ne sont pas prêts. D’une part, remettre en cause prend du temps, d’autre part, ces enseignants se heurtent au quotidien à la réalité de leurs classes, et n’ont pas encore d’alternative. On ne peut donc leur demander du jour au lendemain de supprimer les punitions de leurs méthodes éducatives.

Je ne serai donc pas ici définitive en vous demandant de supprimer toute punition de votre maison dès demain. En revanche, je vous demande de me prêter attention, pour vous ouvrir à cette possibilité d’éduquer sans punir. Ce sera déjà un bon premier pas.

Pourquoi éviter la punition ?

Avant de parler des alternatives à la punition, il me semble intéressant de faire un détour par les raisons pour lesquelles nous voudrions éviter la punition.

L’impact des punitions sur le cerveau

Plus possible de se mettre des oeillères. Les résultats des recherches en neurosciences affectives sont aujourd’hui claires : les punitions et autres “violences éducatives ordinaires” ont un effet néfaste sur le cerveau. Celui-ci se développe moins, et les aptitudes de l’enfant s’en trouvent diminuées.

Je vous conseille à ce sujet la lecture d’un article de Graines de bienveillance, justement : L’éducation bienveillante validée par les neurosciences.

Développer la motivation interne

Eduquer un enfant à coups de punitions, c’est lui donner, de manière répétée, des raisons externes de faire ou ne pas faire certaines choses. On développe ainsi sa motivation externe. Et ce, dès le plus jeune âge. Il suffit d’entendre mon fils de 6 ans m’expliquer que la raison pour laquelle il ne faut pas frapper son camarade de classe, c’est que sinon la maîtresse va le mettre dans le rouge. Voilà. Ce n’est pas parce que cela fera mal à l’autre, parce qu’il a de l’empathie, parce qu’il existe d’autres manières de régler les choses… Non, c’est parce qu’il y a punition derrière.

Cela signifie que l’on s’éloigne complètement des explications pour entrer dans un rapport de force. Moi, l’adulte, je vais t’apprendre à ne pas te comporter ainsi parce que tu vas avoir peur de ma réaction. J’attends donc une obéissance aveugle de ta part, et je te jugerai pour tes comportements, ce sont les principes des méthodes traditionnelles.

Cela marche à court terme. Mais qu’advient-il lorsque l’adulte n’est plus là pour vérifier ? L’enfant n’ayant jamais développé sa motivation interne, il y a bien des chances qu’il profite de l’absence de l’adulte pour adopter le comportement qu’on cherchait justement à éliminer…

A long terme, il est donc bien plus judicieux d’accompagner notre enfant à développer son contrôle interne, plutôt que de rester dans une position de contrôle externe.

L’apprentissage

Une approche de la question que j’aime également, c’est de réfléchir en termes d’apprentissage.

Lorsque, par exemple, l’élève a une croix dans son cahier parce qu’il bavarde, est-ce que cela lui enseigne vraiment à ne pas bavarder ? Ah oui, d’un certain côté, “ça va lui apprendre” ! Mais je parle plutôt en terme d’enseignement de compétences. Comment fait-on pour résister à l’envie de discuter ? Quel intérêt cela a-t-il pour lui ? Comment réussir à s’auto-contrôler, justement ?

Et pourtant, si l’on donne l’opportunité à l’enfant d’y réfléchir, d’analyser la situation, de trouver sa solution, il y a toutes les chances qu’il y parvienne. (Comme je l’avais d’ailleurs fait avec une amie de ma fille). Et là, on l’aura aidé à développer des compétences.

Ca, pour moi, c’est le rôle du parent.

Les alternatives

Je vous remercie de vous être ouvert à la possibilité d’une éducation sans punition. Maintenant, la question qui brûle les lèvres des parents qui m’ont entendue jusque là est en général : “Mais alors, comment fait-on ?”

Comme je sais que l’évolution doit se faire en douceur, je vais répondre à cette question en vous présentant mes outils en ordre croissant de bienveillance !

Les conséquences

La première étape, la plus facile, c’est souvent de passer des punitions aux conséquences. Cela ne veut pas dire que nous changeons le vocabulaire ! La conséquence a ceci de différent de la punition qu’elle a vraiment une intention d’enseignement. Elle a un rapport direct avec le comportement.

Je vous invite sur ce point à lire mon article sur la différence entre une punition et une conséquence.

La recherche de solution

Au fur et à mesure que vous changerez votre manière d’aborder les situations, vous vous rendrez compte qu’il est plus efficace d’inclure vraiment votre enfant dans la réflexion.

Pour cela, rien de mieux que la recherche de solution. Passer de la conséquence à la recherche de solution, c’est évoluer dans notre posture parentale. L’accompagner, l’aider à grandir, en répondant à ses nécessités de base : appartenir et avoir de l’importance.

Parfois, les blogs d’éducation positive donnent l’impression que lorsque l’on adopte ces principes, tout va alors toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je vous rassure, ce n’est pas le cas.

Ce n’est pas parce que nous suivons les principes d’une éducation bienveillante que les conflits disparaissent. Non, ils existent encore. Cependant, notre manière de les aborder a drastiquement changé. Aujourd’hui, nous sommes clairs sur le fait qu’il existe différentes manières de régler les conflits, et que la force n’est pas le meilleur exemple à donner à nos enfants. La recherche de solution ensemble est donc devenue notre meilleure amie.

Eduquer sans punir, c’est avoir confiance

Au delà des techniques et méthodes, je crois que pour éduquer sans punir, il faut surtout avoir confiance. Confiance dans le fait que notre enfant va apprendre. Comme nous n’avons jamais douté du fait qu’il allait savoir marcher un jour, nous ne doutons pas qu’il va grandir et savoir dire bonjour et merci. Qu’il saura ne pas taper ses camarades. Qu’il saura respecter son entourage, être responsable, se prendre en charge.

Bien sûr, cela lui prend du temps (à lui aussi !), mais ce regard de confiance change notre réaction devant les erreurs de parcours, ce qui a pour effet de changer sa réaction également.

Ainsi, ensemble, on grandit. L’énorme différence, c’est qu’au lieu d’être contre lui, on est avec lui.

L’importance de la connexion

Cette dernière phrase fait parfaitement la transition avec ce dernier paragraphe, qui me tiendra lieu de conclusion. En effet, avant de terminer, je dois vous parler de connexion.

Parce que vous expliquer la recherche de solution est une chose. Mais cela ne fonctionnera que s’il y a déjà une bonne connexion entre vous. On ne peut changer de style éducatif du jour au lendemain, et penser que tout va magiquement suivre. Votre enfant a appris à réagir en fonction de votre posture.

L’un des principes fondamentaux de la discipline positive, selon Jane Nelsen, c’est : “Connecter avant d’enseigner.”. Ainsi, pour espérer créer une autre dynamique dans nos foyers, il s’agit de d’abord s’éloigner de ce qui nuit à la coopération, puis de peu à peu apprendre à connecter avec nos enfants.

Alors, le reste suivra. Et fonctionnera. Ayez confiance !

 

Et pour ceux d’entre vous qui voudraient creuser encore cette question, je vous encourage à jeter un oeil sur ce que je propose dans mon livret “Tout ce qu’il faut savoir sur les punitions et les récompenses pour s’en débarrasser.”

Que faire si mon enfant tape ?

L’enfant qui tape… Voilà un des comportements les moins facilement acceptés par la société.

(On peut d’ailleurs s’interroger au passage sur cette société qui considère qu’un enfant qui tape se comporte mal, mais trouve au contraire normal qu’un parent tape son enfant pour lui apprendre à bien se comporter… Cette contradiction est évidemment à noter dans les bonnes raisons de ne pas taper son enfant.)

Seulement voilà, lorsque le cas se présente chez nous, que faire ?

Commençons déjà par nous interroger sur les causes. Il est toujours plus efficace de chercher la raison derrière le comportement que de s’adresser seulement à comportement lui-même, c’est à dire à la manifestation extérieure du problème.

Pourquoi tape-t-il ?

En général, quand on en arrive à frapper, c’est qu’on se sent démuni. Frapper, pour un enfant – comme pour un parent – est un aveu d’impuissance. Celui qui frappe croit qu’il n’a plus d’autre solution !

Plus l’enfant est jeune, moins il a eu le temps de développer des solutions alternatives. Il est donc assez logique pour lui de taper celui qui l’agresse (en tout cas selon son ressenti), c’est sa manière de se défendre.

C’est en grandissant que l’enfant va développer d’autres solutions, et nous pouvons l’y aider.

Le cerveau de l’enfant est encore en développement. Il apprend énormément, et a des capacités que nous, adultes, n’avons plus. A l’inverse, certains de ses circuits ne sont pas encore complètement mûrs. En particulier, toute la partie de gestion des émotions. Et voilà pourquoi un jeune enfant peut se jeter par terre pour hurler et taper des pieds quand il fait face à une trop grande frustration !

Si nous ne faisons jamais ça au bureau, c’est bien sûr parce que nous avons enregistré certaines règles sociales, mais pas seulement ! Nous avons aussi une capacité à gérer nos émotions que l’enfant n’a pas encore. Cette partie du cerveau ne sera complètement développée qu’à 25 ans…

Il revient donc au parent d’accompagner l’enfant dans sa gestion de l’émotion.

Pour cela, un outil central  : recevoir l’émotion en question !

Il est difficile de vivre sa colère, mais si en plus, la personne qui nous fait face nous commente : “Arrête de t’énerver !”, on va plutôt exploser ! Face à un enfant en colère, on commentera donc plutôt : “Je vois que tu es très énervé !”. Le simple fait de voir que l’émotion est perçue par l’entourage aidera à calmer l’enfant.

Si, comme dans le cas qui nous intéresse, l’enfant va jusqu’à en taper un autre (ou un parent), on peut également constater cela : “Tu es tellement énervé que tu n’as pu t’empêcher de me taper !”. Ce n’est pas la peine de le nier, c’est un fait. On l’observe, c’est tout. Ca ne veut pas dire qu’on est d’accord. On va au contraire passer le message à l’enfant que les émotions sont toutes permises, mais que les actes ne le sont pas : “Je vois que tu es très énervé ! En même temps, je ne peux pas te laisser taper ton frère. Il va falloir trouver d’autres façons d’exprimer ta colère !”

 

Le modèle

Un enfant reproduit ce qu’il observe. Donc, plus l’enfant verra autour de lui des adultes qui tapent, plus il tapera lui-même. Comme nous le disions en début d’article, si nous voulons que notre enfant apprenne à ne pas taper, le premier principe à suivre sera évidemment de ne pas le taper !! Jamais. C’est aussi simple que cela.

Et si nous sommes à court d’alternatives, passons le temps qu’il faudra à développer d’autres compétences, nous gagnerons bien plus de temps à long terme qu’en entrant dans un rapport de force qui va encourager sa rébellion.

 

Le temps de pause

L’outil le plus essentiel pour éviter d’exprimer sa colère de telle façon, c’est de prendre un temps de pause.
Là encore, cette méthode est valable autant pour les enfants que pour les parents.
Un temps de pause, cela signifie qu’il faut s’extraire un moment de la situation.

Attention cependant : nous ne sommes pas dans le schéma de l’isolement “pour y réfléchir”. Car, en étant submergé par la colère, on n’est pas capable de réfléchir !! Le vocabulaire utilisé, le ton, notre présentation des choses enfin, fera toute la différence.

Le message : “Je vois que tu es trop énervé pour pouvoir parler pour l’instant. Je te propose de prendre un temps de pause, pour laisser la colère retomber.”

L’idée est qu’il prenne le temps de se reconnecter à lui-même. Alors seulement, il sera possible de parler de la situation.

L’idéal serait de pouvoir l’y aider, l’accompagner dans cette démarche. Surtout pour les plus jeunes.

Cependant, ce n’est pas toujours facile. Je suppose que cela dépend également du parent. De mon côté, je sais que je ne suis pas capable de faire face trop longtemps à une tempête émotionnelle : si je prends trop sur moi pour cela, je serai tellement tendue que c’est ensuite moi qui me mettrai à crier, ce qui n’est pas souhaitable non plus !! Alors, je m’écoute. Lorsque je suis sereine, je reçois et j’écoute tout en continuant à parler doucement. Parfois, je fais appel à l’image de la coupe pour recevoir les pleurs de l’enfant, qui me permet de m’en détacher.
Et puis, lorsque je sens que je ne le peux pas, que je dois également prendre soin de moi pour pouvoir prendre soin des enfants, je fais le choix de laisser le temps à l’enfant de son côté. “Je comprends que tu aies besoin de temps. Tu peux aller pleurer dans ta chambre, si tu veux.”

Jane Nelsen (auteur de la discipline positive) suggère même la création d’un endroit spécial pour le retour au bien être. Cet endroit peut avoir été conçu avec l’adulte en dehors d’un moment de colère. L’enfant peut alors décider d’y mettre un coussin, un livre, ce qu’il veut pour l’aider à se sentir mieux.

Cette méthode est également à utiliser lorsque les enfants se tapent entre eux : certes, il vaut mieux les séparer. Cependant, nous ne choisirons pas de les séparer avec des mots associés à la punition tels que “Chacun dans sa chambre ! Et vous n’en sortez pas avant que je vous le dise !”, mais plutôt : “Je vois deux enfants très énervés, je crois que vous avez besoin d’un moment de pause.”

 

Prévenir plutôt que guérir

Autant lorsque l’enfant est sous le coup de la colère, il est impossible de l’atteindre, autant en parler avec lui pendant un moment calme sera une bonne idée.

Plus nous parlerons avec l’enfant de ce que sont les émotions, mieux il pourra les comprendre et les contrôler.

Donnons-lui le vocabulaire qui convient pour qu’il puisse communiquer ce qu’il ressent, et cherchons des options avec lui :  “Ecoute, je vois que tu as encore du mal parfois à exprimer ta colère autrement qu’en frappant. Est-ce que tu voudrais qu’on réfléchisse ensemble à d’autres façons de réagir ? ”

Et les autres façons de réagir ne manquent pas :
respirer, dessiner sa colère, s’isoler (dans un coin de retour au calme conçu pour, comme évoqué précédemment, c’est encore mieux !), compter jusqu’à 10, courir autour de la table, aller crier dans le jardin…
Une bonne manière d’exposer ces alternatives peut être de construire avec l’enfant une roue des options !

Lorsque l’enfant tape, développer son empathie

Je me joins à Jane Nelsen pour dire que chaque erreur est une opportunité d’apprentissage.

Lorsque l’enfant tape, il fait une erreur. Ne lui tombons pas tout de suite dessus, il a besoin d’apprendre.

Que va-t-il apprendre cette fois ? L’empathie !

Lorsqu’il sera en mesure de nous écouter (inutile, je le répète, d’essayer de lui parler tant qu’il est sous le coup de la colère), nous pourrons l’encourager à essayer de se mettre à la place de l’autre : “Je crois que tu as fait mal à ton copain. As-tu vu qu’il s’est mis à pleurer ? Sais-tu pourquoi ?”

Un exemple incroyable d’accompagnement de l’enfant vers l’empathie après un épisode où un enfant tape l’autre :  celui du blog Happynaiss avec ses filles.

 

Et si l’enfant nous tape ? Poser nos limites.

Si l’enfant nous tape, c’est encore une opportunité ! L’opportunité de lui donner l’exemple de ce que l’on peut faire lorsque quelqu’un nous tape. Parce que l’enfant apprend par l’exemple, notre façon de réagir l’inspirera le jour où cela lui arrivera. Cela peut nous aider à décider comment nous réagirons face à lui, conscients de l’exemple que nous sommes en train de lui donner.

Pour cela, prenons le temps d’y réfléchir : imaginons qu’un camarade lui donne des coups. Comment voudrait-on qu’il réagisse ? C’est probablement de là qu’il faut partir pour décider comment nous réagirons face à lui.

Je ne sais pas quelle sera votre réponse face à cette question. Chacun la sienne.

De mon côté, je n’ai pas envie qu’il réagisse en rendant les coups (à son petit frère qui n’aura pas encore appris à se contrôler par exemple), ni pour autant qu’il accepte juste de recevoir des coups.
Non, je voudrais qu’il sache poser ses limites, et communiquer le fait qu’il n’est pas d’accord.

Alors, c’est ce que je vais faire.

Je ne le laisse pas me taper, et je le lui dis clairement : “Je sais que c’est difficile pour toi. En même temps, je ne peux pas accepter de me laisser frapper.” ou bien, comme le suggère Anne-Caroline en commentaire : “Je sais que c’est difficile pour toi. En même temps, je refuse de me laisser frapper.” , ce qui permet de garder une formulation positive.
Ainsi, je reçois sa colère, je ne l’humilie pas, je suis juste ferme sur ma position. Et si cela ne suffit pas, j’agirai, en m’éloignant, et en restant hors de portée.

Après l’épisode, et pour que ce soit clair, j’en parlerai avec mon enfant.

Je chercherai d’abord à “prévenir plutôt que guérir”, comme évoqué plus haut : “Je vois que parfois, tu es tellement enerve que tu as envie de me taper. Tu as le droit d’être d’énervé, mais pas de me frapper. On peut chercher ensemble d’autres moyens d’exprimer ta colère si tu veux.” , mais je le préviendrai également de la conséquence dans le cas où il n’y parviendrait pas : “Si à un moment où tu n’y arrives pas, tu recommences à me frapper, je changerai de pièce. Je serai ravi(e) de revenir te parler et t’écouter si tu le veux lorsque tu seras prêt à communiquer avec moi sans me taper.”
Ainsi, si cela recommence, effectivement changer de pièce, simplement. Sans trop commenter.
Soit en disant juste : “Tu es énervé. Je ne suis pas d’accord pour que tu me frappes.”, soit même en ne disant rien, puisqu’il le sait déjà. S’en aller, simplement.
S’il se calme et revient, parfait.
S’il hurle, à nous de revenir au bout d’une minute, et demander : “Je voudrais bien t’aider. Es-tu prêt à ne plus me frapper ?” Simplement.

Parce que c’est bien ce que je voudrais que mon enfant fasse si quelqu’un le tape. Qu’il s’en aille. Pas qu’il se laisse taper. Je lui donne ainsi le modèle de comment poser ses limites physiques. Je me respecte moi-même et lui montre comment faire.

 

La courbe d’apprentissage

Dans cet apprentissage, comme pour n’importe lequel, le temps est clef. Rome ne s’est pas faite en un jour.

Chez nous, à un moment, on répétait : “on ne tape pas, on ne pousse pas, on exprime sa colère avec des mots”. Parce que mon 3e tapait régulièrement mon 4e. Et je ne voulais pas qu’on crie non plus. Puis j’ai compris qu’il fallait laisser le temps de l’apprentissage, alors j’ai accepté les cris. Parce qu’il valait mieux qu’il crie plutôt qu’il tape !

Parfois, il faut savoir gérer les priorités, ne pas s’attaquer à tout à la fois.

Et sur son chemin, l’enfant a également besoin de se construire. De construire une image de lui-même selon laquelle il est capable de réagir sans taper. Alors, plutôt que d’insister sur le fait de ne pas taper lorsque cela lui arrive, remarquons plutôt les moments où cela se passe bien.

Ainsi, dans cette période évoquée ci-dessus, je notais : “Dis donc, je t’ai entendu crier, tu étais très enervé !! Et tu as réussi à le dire sans frapper.” Pas besoin de compliment, rien que le fait que vous l’ayez noté suffit ! Ca aide l’enfant à changer l’image qu’il a de lui-même. Parce que si on passe trop de temps à lui dire tout ce qui ne va pas, il ne voit plus qu’il sait faire autrement.
Plus tard, on a travaillé sur les cris…

La clef donc : ne pas se désespérer, persévérer, et surtout, surtout, avoir confiance. Votre enfant apprendra. C’est certain.

 

Note : L’on m’a fait le commentaire, tout à fait exact, que ce cas traite particulièrement de l’enfant qui tape sous l’effet de la colère, et omet celui de l’enfant qui tape parce qu’il déborde d’enthousiasme.
Pour ce dernier cas, je vous conseille de voir cette vidéo de Charlotte, de Cool Parents Make Happy Kids.