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Vous souvenez-vous du chapitre sur les « rôles » qu’on attribuait aux enfants, parfois involontairement ? De ces étiquettes dont ils avaient du mal à sortir ?
En bref, si on considère qu’un enfant est paresseux par exemple, et qu’on l’aborde ainsi, alors on ne sera pas déçu : il se montrera paresseux. Ne serait-ce que pour correspondre à ce qu’on attend de lui.
Alors, l’idee suggérée, pour faire sortir un enfant de son rôle, etait de le traiter déjà comme s’il était autrement.
Cet été, j’ai mis cette idée à l’epreuve.
Notre fils Léon (4 ans et demi) est considéré comme un pleureur, un colérique. Disons qu’il a une sensibilité à fleur de peau…
Au lieu de réagir là dessus – « J’en ai assez que tu pleures pour tout ! » (Enfin… Je ne vais pas mentir en disant que ca ne m’arrive pas de dire des choses comme ça aussi…), j’ai décidé de mettre plutôt l’accent sur une autre de ses facettes : son enthousiasme et sa joie exprimée quand il est heureux ! Et dans ces moments là, je me mise à l’appeler « joli sourire ».
« Coucou, joli sourire ! Tu m’as l’air bien content ! »
« Ah quel plaisir de voir ce joli sourire ! »
C’est incroyable comme on a vu l’effet rapidement : en renforçant l’aspect content, on renforçait son contentement. Du coup, comme son père avant lui, il était juste « content d’être content » ! Il s’est clairement rendu compte qu’on le voyait aussi sous cet aspect là, et je sens que ça l’aidait vraiment à se sentir mieux.

Parfois, c’est lui qui m’appelait, pendant qu’il jouait, pour que je le regarde, et me disait « joli sourire… », avant de se fendre justement d’un de ses sourires magnifiques…

Cette fois, on retrouve ce que j’ai pu lire dans Parler pour que les enfants écoutent, dans le chapitre 6, sur les rôles : plus on enferme un enfant dans un rôle, plus il s’y conformera.

L’idée est donc la suivante :
Pour sortir un enfant d’un rôle, nous devons le traiter comme s’il en était déjà sorti.

L’étiquette peut encourager le trait. Il vaut donc mieux ne pas cataloguer un enfant, sinon on l’encourage à se comporter comme on le décrit.

Dans cet incroyable TED talk – Ce que les adultes peuvent apprendre des enfants –  Adora Svitak dit :
« Adults often underestimate kids abilities.
We love challenges, but when expectations are low, trust me, we will sink to them. »
ce qui signifie « Les adultes sous-estiment souvent les capacités des enfants. Nous adorons les challenges, mais si les attentes sont faibles, faites-moi confiance, nous nous y abaisserons. »
Cherchons donc plutôt à fournir à l’enfant des histoires positives sur lesquelles se construire.

Dans ce livre, contrairement à l’autre, on prend le temps de s’étendre sur des exemples.
Le chapitre décrit donc plusieurs « rôles » classiques, avec des illustrations de cas réels qui ont pu faire évoluer les choses.

Et ce sont ces exemples qui donnent de la richesse à la théorie.
En fait, on voit bien que quand le regard de l’adulte change, la réaction de l’enfant change aussi.
Voilà pourquoi il est important de ne pas renforcer le côté négatif du rôle.
Dans le 1er exemple, le fils sort pour partir à l’école, puis revient 5 minutes plus tard : « J’ai encore oublié mon lunch bag… » La mère, dont la réaction, avant de participer à la formation qu’on suit dans ce livre, aurait été « Encore ! » choisit de changer sa réponse : « J’ai l’impression que tu viens plutôt de te souvenir de ton lunch bag ! »….

Dans le 2eme exemple, on voit les efforts d’une mère face à sa petite princesse tyrannique. Les changements sont lents, mais elle dit : « J’ai mis du temps à la rendre princesse, il faut du temps pour le défaire… »

Le chapitre se termine sur cette métaphore :
J’avais une plante devant ma fenêtre, et je ne comprenais pas pourquoi elle penchait… Jusqu’à ce que j’aie l’idée de tourner l’autre côté vers le soleil, petit à petit, elle s’est redressée.
Je pense que les enfants peuvent être comme cette plante : on peut les tourner vers le soleil pour les aider à pousser droits..
Et si ça ne marche pas, tournons le soleil !
Est-ce que tourner le soleil, ce ne serait pas changer la façon dont on regarde l’enfant ?
Nous avons déjà fait face à des moments dans notre vie où le regard posé sur le même enfant pouvait varier du tout au tout… Ca a pu arriver par exemple avec des professeurs. Parfois on a l’impression qu’ils ne parlent pas du même enfant… Ca vous est arrivé ?

13- Un nouveau portrait pour un père et une mère

Ah, voilà un sujet récurrent ! Les rôles, ou « le poids de l’étiquette »… Une fois qu’on y a été sensibilisé, on se rend compte qu’ils sont partout…

Est-il besoin de l’expliquer, mettre un enfant dans une case, ce n’est pas l’aider.
Parce qu’on a tendance à se conformer à l’image que les autres ont de nous.
Si j’entends que je suis stupide, je vais penser que je suis stupide, si j’entends que je suis pleurnicheuse, idem.
Et le résultat, c’est qu’au lieu d’évoluer, je vais renforcer cet aspect de mon caractère.

Alors, comment aider un enfant à sortir de son rôle ?
En le traitant comme s’il en était déjà sorti…
Incroyable mais vrai !

Quelques pistes pour ça (avec entre parenthèses des exemples qui peuvent s’appliquer au rôle du distrait, dont on aurait un exemplaire à la maison si on mettait des étiquettes !)

1. Chercher les opportunités de donner à l’enfant une autre image de lui-même
(Tu as fait toute ta valise sans oublier aucun élément et sans que je ne te dise rien pour ça)
2. Mettre l’enfant dans une situation où il pourra se voir différemment
(Tu pourrais surveiller le gâteau qui est dans le four et l’arrêter quand il sera cuit, stp ?)
3. Modeler l’attitude qu’on voudrait voir
(Je ne dois pas oublier ce chéquier, je vais de suite le mettre dans mon sac, comme ça je serai sûre de ne pas le laisser)
4. Etre une bibliothèque de ses réussites
(Je me souviens du jour où on revenait sans se presser, et tu étais le seul à te souvenir qu’on avait un autre rdv !)
5. Quand il se comporte de manière concordante avec le rôle d’où on cherche à le sortir, lui communiquer nos attentes
(Je ne voudrais pas avoir à aller chercher un autre lunch bag, j’attends de toi que tu ne l’oublies plus en revenant de l’école)

C’est une vraie campagne à mettre en place, il s’agit de bien y réfléchir !

Dans Parents épanouis, enfants épanouis, les auteurs détaillent plus la façon de s’y prendre, avec des exemples. C’est une bonne manière de s’inspirer.

En tout cas, chez nous, ça nous a clairement aidé à faire venir joli sourire plus souvent…

Pour retrouver l’article du livre

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