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« Les enfants n’ont point d’affaires plus sérieuses que leurs jeux. » Michel de Montaigne

(article rédigé par Emilie) 

La parentalité ludique est tellement complémentaire de la parentalité positive qu’on pourrait dire qu’elle en est l’une des facettes. 

Elle utilise le jeu et l’humour pour répondre à de très nombreux objectifs du parent positif :  la connexion, le remplissage du réservoir, la validation des sentiments, la coopération, la diminution des conflits …  

Le premier soir où j’ai assisté à une soirée de formation sur la parentalité ludique dans le cercle des parents heureux , j’étais tellement enthousiaste, que j’avais envie d’aller réveiller mes enfants pour tester et partager avec eux ! 

Je remercie d’ailleurs énormément, Gwen , du blog petit bou(t) par petit bou(t) pour cette soirée riche d’enseignements et de bonne humeur ! 

Je vais essayer de vous montrer dans cet article à quel point le jeu c’est du sérieux …et  j’espère  titiller votre plaisir et votre créativité pour vous donner l’envie d’essayer et d’adopter la parentalité ludique 

DES 1001 RAISONS DE PRATIQUER LA PARENTALITÉ LUDIQUE…. 

On a dit sérieux hein !? 

Nous allons donc balayer ici les différents fondements théoriques du parentage ludique. 

Du plus évident ….

a. Jouer et rire ensemble mettent de la bonne humeur et de la légèreté dans notre quotidien, aussi bien pour les enfants que pour nous-même.  Mettre de la joie peut changer la dynamique en nous mettant dans une belle énergie face aux aléas de la vie. 

b. Puisqu’il y a plus de complicité, la connexion est meilleure et donc la qualité de la relation l’est nécessairement aussi. Cela est précieux à tout âge, mais encore plus à l’adolescence, quand le besoin d’appartenir à la bande de copains prend le pas sur l’appartenance à la famille. 

c. Dans une atmosphère détendue et connectée on obtient plus facilement la coopération, diminuant ainsi de nombreux moments de tension. 

d. C’est un moyen de recharger notre réservoir et celui de nos enfants  . On sait comme ce sont des éléments clés pour se sentir bien en famille. Gros bonus : pouvoir le faire simultanément est vraiment précieux dans nos vies à 100 à l’heure ! 

e. Pour l’enfant tout est jeu, ça tombe bien quand on sait qu’il apprend par le jeu ! C’est prouvé scientifiquement on apprend mieux dans la jubilation que dans la douleur. 

…. Au plus subtil.

f. Grâce au jeu et à l’humour on montre comment rendre agréables des moments rébarbatifs de la vie, transmettant ainsi le goût de l’effort.  Cela peut paraitre contre-intuitif et pourtant quand il faut faire quelque chose et qu’on n’en a pas très envie, autant rendre ça plus plaisant : moins de découragement, plus de petits et grands projets aboutis ! 

g. Le jeu permet à l’enfant d’exercer son pouvoir personnel, un de ses 2 besoins fondamentaux. Il n’a alors plus d’intérêt  à le faire en s’opposant à nous.

h. Il permet de préparer en amont des situations délicates (hospitalisation, déménagement …)

i. Il a même un pouvoir guérisseur.  Parfois on engramme un traumatisme, c’est-à-dire un souvenir que le cerveau n’arrive pas à traiter et qui reste donc à vif. En le rejouant on oblige le cerveau à l’assimiler pour qu’il ne vienne plus nous tarauder. 

j. Grâce au jeu on va pouvoir accompagner des enfants à sortir de leur « rôle » et abandonner leurs étiquettes

k. On pourra parfois libérer des blocages et dénouer des situations complexes et engluées, aussi bien chez les plus jeunes que chez les adolescents. 

l. Il sera possible de renouer le contact physique, donner de l’attachement et de la sécurité, sans trop en avoir l’air. 

m. On favorisera ou restaurera l’estime de soi en perdant lamentablement, au profit des enfants qui sont suffisamment en position d’infériorité dans la vie de tous les jours.

n. On peut améliorer la relation dans la fratrie, construire la complicité et l’esprit d’équipe en laissant les enfants s’opposer ensemble contre nous. 

o. Dans la même veine, si l’on sent que le jeu se tend pour des histoires d’égo, on peut y prendre part en prenant la place du nul/clown : la bonne humeur revient, les estimes de chacun sont préservées. 

p. Bon je ne suis pas allée jusqu’à Z mais quand même , ça fait un bon nombre de raisons de tester vous ne trouvez pas ?! 

MISE EN PLAISIR …euh pardon MISE EN PRATIQUE et CAS CONCRETS DE LA PARENTALITÉ LUDIQUE 

Place maintenant aux différents types de jeu et d’humour et à leurs jubilatoires illustrations ! ☺ 

Les chansons et les jeux insolites

Tous deux sources de motivation pour se lever, ranger, aller à la douche, se brosser les dents… 

Les chansons peuvent, en plus, permettre de créer du lien en entrant dans le monde de votre ado, ou, à tous les âges, en transmettant une culture musicale. 

On peut laisser le choix de la chanson aux enfants, et qui dit choix dit pouvoir personnel.

On peut en inventer, en personnaliser et créer une proximité avec cet air rien qu’à nous.

C’est une belle journée, une si belle journée qui commence … ♬♩.

Aldebert : range ta piaule ! 

Les jeux insolites, eux, sont redoutables pour les transitions difficiles.  

On y va comme un éléphant, une fusée, un gorille,  en fermant les yeux, on demande à l’enfant de nous rejoindre en faisant une entrée spectaculaire, on met les chaussettes sur les mains …. 

Les défis

Pour faire vivre le plaisir de gagner et favoriser l’estime de soi, ou pour donner du rythme quand il en manque.  

Dans les deux cas on prend soin de rater, de rater ridiculement et lamentablement, on en fait des tonnes !  

L’exemple emblématique est celui de la course, mais aussi tous les jeux et défis pendant lesquels les enfants vont s’unir contre nous : jeux de société, cap de … ? 

  💣   Le défi se fait contre l’adulte pas entre enfants, pour ne pas stimuler la rivalité. 

Quand on prend le rôle du perdant et que les enfants peuvent lutter contre nous, ils n’ont plus besoin d’essayer de se défausser du rôle du nul sur une autre personne (le copain , le petit frère … ) 

Faire parler les objets

Un must,  qui marche aussi bien chez les plus jeunes que chez les grands. Le message est pérenne, l’humour aide à ancrer sans répéter ni harceler. Il enlève un poids à tout le monde ! 

On peut coller une affiche ou un post-it avec un message humoristique. 

On peut faire écrire un courrier de la part de l’objet et pourquoi pas le personnifier en lui donnant un nom ? C’est vrai ça ! Lucette la lunette des toilettes en a ras le bol de se faire arroser à tout va ! 

On peut prendre une voix insolite pour faire parler un objet : la serviette qui pleure parce qu’elle traine par terre toute mouillée, le sol qui éternue car il s’enrhume… 

Du vécu : C’est un peu la lutte pour avoir des toilettes propres quand on passe après mon plus jeune fils.

Un jour, j’ai collé cette affiche , que je me suis bien régalée à créer. On en a bien ri et l’effet est radical depuis. De temps en temps un petit rappel «  tu as checké gentleman ? » , ou un peu d’humour avec l’accent anglais et c’est réglé ! 

Les jeux de chahut et de contact physique

Ils permettent de libérer les tensions de la journée.

Ils sont aussi très puissants pour les enfants qui ont du mal à réclamer les câlins alors qu’ils en ont besoin. 

Avec les ados qui prennent leur distance c’est un moyen de cultiver un contact physique devenu plus difficile à instaurer. 

Pistolet à bisous , bataille de coussins, trappe-trappe , karaté chaussette (accroupi  essayer d’attraper les chaussettes de l’autre ), le jeu du géant ( les enfants tentent de faire tomber l’adulte qui joue le géant )  …

Encore une fois on prendra soin de perdre théâtralement et de laisser les enfants « se liguer »  contre nous !  

Après quelques jours de mise en place c’est une super méthode de reconnexion pour des soirées plus apaisées et plus fluides ! 

 💣   On peut craindre que l’excitation de ces jeux ne retombe pas. Cela procure tellement de plaisir aux enfants que ça pourrait être le cas. La solution c’est de le ritualiser :  5 minutes par jour avec des règles précises (on reste sur le lit, on tape seulement en dessous des épaules… ) . 

Si les enfants savent que c’est quotidien, ils seront rassurés sur le fait qu’ils auront leur dose et accepteront de s’arrêter. 

Les jeux de pouvoir

Laisser l’enfant exercer son pouvoir de manière non conflictuelle : 

L’enfant détermine les règles.  On peut en plus modéliser le fait que ce n’est pas facile pour nous de suivre des règles qui nous déplaisent (ça aidera quand ce sera son tour ) . 

Il est la locomotive du train, on est le robot qu’il guide ou la poupée molle dont il fait ce qu’il veut. 

Les jeux d’attachement 

C’est la mise en scène de l’amour par le jeu. On joue à expérimenter le plaisir de se séparer et de se retrouver. 

Chez les touts-petits c’est l’emblématique caché-coucou !  Avec les plus grands on joue à s’attraper et à des parties de cache-cache en milieu varié ! 

Les jeux inappropriés

Parfois l’enfant porte en lui une préoccupation qu’il ne parvient à exprimer que par une utilisation inappropriée du jeu (coller des gommettes de manière compulsive, décapiter les playmobils, jeter des objets par la fenêtre, casser, jouer frénétiquement aux jeux vidéos … )

Jouer avec lui  ( en dépassant notre malaise ) permet à l’enfant de lâcher sa préoccupation . Une fois que la pulsion d’agressivité est accueillie par l’adulte, l’enfant s’en libère.

Pour les ados qui sont souvent enfermés dans leur chambre à jouer aux jeux vidéo, et que l’on désespère de voir coopérer, il y a de très nombreux bénéfices à partager une partie avec eux de temps en temps.

Du vécu : Que ce soit pour évacuer de l’anxiété, exercer son pouvoir personnel ou attirer l’attention, qui n’a pas rencontré le problème des gros-mots intempestifs ? 

La parentalité ludique offre plusieurs solutions : dédier un lieu pour déverser les gros-mots, faire une fête aux gros mots où durant quelques minutes tout est permis, remplacé le gros mot par des mots insolites ( cucurbitacée , les gros mots du capitaine Haddock …).

Les jeux « thérapeutiques »

  1. On remet en scène des moments difficiles pour aider le mental à les digérer. 

On utilise les peluches, les légos ou playmobils, on théâtralise ensemble pour revivre l’opération, la séparation, une douleur … 

Tout en le guidant, on laisse l’enfant diriger le jeu , choisir une version exacte ou la modifier et répéter autant qu’il en a besoin. 

2. Même processus pour anticiper un moment délicat : un déménagement, une hospitalisation, ou bien comment il faudra se tenir au restaurant. 

On joue à imaginer des variantes : être un enfant horrible au restaurant ou au contraire le client d’un restaurant très « select » , être le docteur , être le malade…

On apprivoise la situation dans un contexte aimant et avec du rire. 

Les jeux pour expérimenter autrement

Par le jeu, on s’entraîne à adopter de nouveaux comportements, on sort de son rôle ou de son étiquette. 

En utilisant des situations imaginaires, l’enfant se met dans des rôles différents.

L’enfant timide va pouvoir faire un spectacle, le fragile sauver une personne en détresse, le gros dur s’adoucir en jouant le médecin, le brusque jouer les funambules ….

💣   Se laisser guider par l’enfant pour voir ce qu’il est prêt à expérimenter, sans le forcer. 

Les injonctions paradoxales

Le principe est de casser la résistance qui n’a alors plus de sens, tout en permettant à l’enfant d’aller à l’encontre de notre demande. 

La philosophie c’est de reconnaitre que chacun fait le meilleur choix pour lui à l’instant T.  

Plus on va essayer de le convaincre du contraire plus l’autre va s’accrocher à son idée. 

Au contraire si on admet que c’est le meilleur choix pour lui en ce moment, alors l’enfant peut prendre du recul sur ce choix et se demander s’il n’en aurait pas d’autres. 

Du vécu : Ca fait plusieurs fois que j’appelle les garçons pour faire les devoirs , rien n’y fait . Je leur dis « ok , je comprends , plus de devoirs , ça ne sert à rien de s’entrainer un peu de toute façon et puis ça prend du temps sur le jeu c’est embêtant…. » Dans les 10 minutes ils étaient au travail. 

Autre exemple : « je ne te donne qu’une règle surtout, surtout ne mets pas ton pyjama !!! »

Avec un ado, on m’a rapporté l’anecdote suivante :

L’enfant est décrocheur de l’école depuis plus de deux mois :  il se lève tard , ne se lave plus … 

Après avoir tout essayé la maman à bout d’argument tente un « ok j’imagine que tu as de bonnes raisons … ».  15 jours plus tard le jeune avait rangé sa chambre, s’était lavé , habillé et demandait du soutien pour être réadmis au lycée .

 💣   Attention au ton qui ne doit être ni moqueur ni ironique mais bienveillant pour que l’enfant entende que l’on reconnait sincèrement son choix.

Pour conclure, il est bon de se souvenir que chaque enfant sera sensible à un moyen ou à un autre. Leurs besoins vont changer en fonction du moment, du vécu de la journée et de l’âge.

On pourra mixer certaines pratiques, changer, bref faire preuve d’adaptation et de créativité. 

Pas toujours évident.

Comme tout, c’est un apprentissage qui se révèlera facile pour certains et demandera des efforts à d’autres. 

Il n’empêche, tout le monde peut s’approprier certaines de ces approches.  

Si vous avez envie d’aller plus loin je vous conseille la lecture des deux livres de référence dans le domaine : 

Surtout, surtout, je vous invite à expérimenter et à partager ce que vous mettez en place !