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Etre un “enfant”, le poids de l’étiquette

Au début de Elever nos enfants avec bienveillance, Marshall Rosenberg alerte sur le danger de l’étiquette “enfant”. Et ça encourage à la réflexion.

J’avais déjà rapporté son premier exemple lorsque nous discutions de la notion de respect, mais la relecture de ce petit livre me donne envie de le reprendre, ainsi que ses autres illustrations.

Le premier exemple donc, a trait au respect que les adultes ont tendance à montrer ou non, par défaut, à un enfant.

Ainsi, Rosenberg raconte que lors de ses ateliers de CNV (Communication Non Violente) pour parents, il commence souvent par scinder le groupe en deux, leur demandant de concevoir un dialogue autour d’une situation de conflit.
L’un des groupes a pour interlocuteur un enfant, l’autre un voisin. Mais lorsqu’ils se retrouvent, ils ne savent pas qu’ils ont travaillé avec des hypothèses différentes.
A chaque fois, le dialogue impliquant un enfant est moins respectueux. L’interlocuteur enfant est d’une certaine façon déshumanisé.

Dans son deuxième exemple, Rosenberg parle du peu de crédit qu’on donne parfois aux enfants. Ainsi, il raconte un jour où il est rentré fatigué et stressé chez lui, et où il a demandé un espace de calme à ses enfants. Face à son fils de 9 ans lui demandant : “Tu veux en parler ?”, il n’a pu s’empêcher de penser qu’il était mignon, sans prendre sa proposition au sérieux. Puis, se rattrapant de justesse, et voyant enfin “un être humain tendant la main à un autre”, il a accepté, et a longtemps parlé avec ses enfants de ce qu’il avait vécu ce jour-là, avant de danser avec eux ! Ses enfants étaient effectivement capables de lui apporter leur aide. Mais la considération de l’enfant comme un “enfant” a failli le lui faire oublier.

Enfin, comme dernier exemple de la manière dont cette étiquette peut nous faire oublier l’être humain qu’il y a derrière, Rosenberg réfléchit sur le rôle du parent.

On nous a appris qu’il était de faire en sorte d’obtenir certains comportements de la part de nos enfants. Mais c’est oublier que réclamer un comportement, exiger plutôt que de demander, est généralement une manière efficace d’obtenir que l’autre s’y oppose. Parce que tout être humain veut garder sa liberté, sa faculté d’exercer son pouvoir personnel !

Il me semble que nous rejoignons avec ce dernier exemple la discipline positive, qui recommande de connecter avant d’enseigner.

C’est repenser complètement la dynamique de la relation parent-enfant. Un nouveau modèle vers lequel nous cheminons. Tout doucement…

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2 réponses
  1. Aurore
    Aurore dit :

    Comme d’habitude, j’adore tous tes posts!
    Je parlais récemment de ça avec une amie d’enfance, qui a deux enfants et qui me disait “ne pas croire” en la parentalité douce/positive car je cite “dans dix ans, si je n’exige rien de lui, ça sera un petit roi”. J’ai tenté de la rediriger vers des ouvrages mais elle n’a “pas le temps de lire plus que quelques articles”. Or si on lit les résumés à la va vite de femme actuelle, on est pas sorti de l’auberge… C’est dans le livre “Eduquer sans punition ni récompense” que l’auteur (un formateur en CNV suisse dont j’ai oublié le nom là tout de suite) parle justement de cette impression qu’ont les personnes qui ne connaissent pas réellement la parentalité positive. Il explique très bien que pour y arriver, il faut sortir du schéma de croyances où on envisage tout par son contraire; donc si on a des limites dans l’éducation “classique”, on se dit forcément que pour faire autrement, il faut donc enlever ces limites. Or quand on enlève les limites, on voit que ça ne fonctionne pas, on se dit donc “la parentalité positive, c’est du bluff”. Pourquoi tant de personnes ne sont pas capables d’envisager un système totalement différent?

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