Lorsque l’on avance sur le chemin de la parentalité positive, on se retrouve parfois en décalage avec son partenaire. Soit parce qu’on a commencé ce cheminement seul, soit parce qu’on avance plus vite. Il arrive alors que ce cheminement de parent soit source de désaccords dans le couple. Les choix éducatifs ne sont plus si évidents. 

Comment réussir à continuer d’avancer quand on sent qu’on n’a pas l’aval de sa moitié ?

Difficile de garder la dynamique quand on a l’impression de lutter dans notre couple…

Nous avons abordé ce thème dans le cercle des parents heureux, et je passe aujourd’hui la main à un de ses membres, Emilie. 

Merci Coralie !  En effet c’est un thème qui a beaucoup résonné pour chacune de nous au sein du cercle . 

Comment faire pour ne pas se mettre dans une position supérieure en expliquant ce qui « devrait » être fait ?

Comment faire pour que le cheminement vers une éducation bienveillante ne devienne pas une source de conflit et déséquilibre lharmonie de notre couple ? 

Parce que j’avais peur de tout ça je me souviens avoir mis beaucoup de temps avant d’oser évoquer le sujet à la maison. 

Je vous propose dans cet article quelques réflexions et attitudes pour cheminer plus sereinement à deux. 

3 points qui peuvent nourrir le désaccord.

Point 1 :  le poids de l’histoire. 

Le déséquilibre peut venir de cet héritage. 

Malgré la transformation actuelle de notre société, il est difficile de balayer les schémas ancestraux.

Les rôles des hommes et des femmes sont en redéfinition et dans ce contexte chacun peut avoir du mal à trouver son équilibre.

Prendre conscience de cela, c’est déjà faire bouger les lignes dans son foyer.

En effet si l’on change (même un peu) sa position, alors celle du ou de la partenaire se modifie nécessairement aussi. 

Demandons-nous ce que nous sommes prêts à lâcher pour laisser sa place à l’autre.

Demandons-nous comment lalléger dans son rôle afin quil nous allège dans le nôtre.

Point 2 :  Celui qui choisit le cap.  

Le décalage peut parfois survenir parce que le choix de l’éducation positive vient au départ d’un seul membre du couple.

Ce choix s’impose alors au deuxième parent.

Acceptons que ce sujet de la parentalité ne nourrisse pas autant chacun. 

Voyons ce que les sujets tenant à cœur à notre partenaire apportent à la famille. 

Réjouissons nous si entre discussions et mimétisme il/elle essaye. En effet si lautre ne sest pas braqué, cest gagné : il emprunte notre chemin.

Point 3 : La tendance à revenir à des méthodes connues. 

Dernier piège pouvant briser l’harmonie : celui qui développe de plus en plus ses compétences de parent positif par ses lectures, ses formations … prend l’ascendant sur son partenaire dans ce domaine. 

Le risque étant de pousser l’autre, sans le vouloir, à se retrancher dans les vieilles habitudes pour exister. Il devient alors celui qui ordonne, qui dirige, qui crie … 

Pour que le décalage dans le couple ne devienne pas un gouffre.

Je suis consciente que ce qui nous sépare nécessite parfois d’autres mesures. 

Néanmoins, pour donner sa chance à sa relation, il peut être utile de rester ouvert, et on peut, dans un premier temps, essayer de se rapprocher des attitudes suivantes. 

Laisser faire sans intervenir. 

Il faut que chacun puisse oser faire

Si on sermonne celui qui prend en main quelque chose ou si on le conforte quand il laisse entendre qu’il ne sait pas gérer, alors on encourage une position de retrait ou conflictuelle. 

Comment lâcher-prise ?  

En discutant de nos visions pour nos enfants et de la place que chacun veut/peut prendre. 

En se rappelant que c’est en se confrontant le plus souvent à la réalité que l’on ajuste ses méthodes.

En faisant confiance à notre partenaire pour évoluer sans pression. 

En laissant le temps au cheminement individuel sans chercher à provoquer daccélération. 

En acceptant les dérapages. Craquer cest humain.  Chacun a appris par essais-erreurs et peut toujours être rattrapé, selon son énergie du moment, par de vieilles méthodes. 

Et si jamais notre limite est dépassée ? 

Alors, y revenir lors d’une discussion à froid en utilisant un message je plutôt que le tu accusateur : « de mon point de vue je ressens …est ce qu’il serait possible de faire autrement ? ». 

Eviter les leçons.

Pour cela, attention à deux points en particuliers : 

  • Soyons vigilants à ne pas donner de recettes toutes faites . Cela risque d’irriter et de cristalliser le décalage. 
  • N’oublions pas d’ écouter l’avis de l’autre. Il a une opinion légitime, et écouter son avis peut permettre d’échanger et de construire ensemble. 

On peut en effet passer implicitement le message que l’autre ne sait pas gérer ou bien que si les choses ne sont pas faites à notre façon alors ce n’est pas la bonne façon.  

Comment y parvenir ? 

En se souvenant qu’il ne s’agit pas de prendre le dessus mais bien d’être dans la même équipe. 

En faisant preuve dhumilité : on ne détient pas la vérité absolue, on doute, on se trompe. 

Une petite astuce qui aide bien à lâcher-prise je trouve, c’est de se projeter soi-même dans un domaine dans lequel nous sommes volontaire mais pas encore très compétent. 

Dans ces cas là nous sommes souvent déjà nous-même notre juge le plus cruel. 

Alors si notre partenaire vient nous dire en plus (même pétri de bonnes intentions) « ah mais tu sais ce n’est pas comme ça, tu aurais dû plutôt faire ceci ou cela  … » GRRRR  je ne sais pas vous mais pour moi ça rajoute de l’énervement à l’énervement ! 

Du vécu. 

Lors d’une soirée du cercle des parents heureux , l’une des membres (très large inspiratrice de cet article d’ailleurs) nous partageait cette anecdote du coucher délégué 3 soirs de suite. 

Le premier soir, cela s’est passé à l’autoritaire et ça a été une catastrophe. C. n’est pas intervenue. 

Le deuxième soir, son partenaire a essayé de copier ses méthodes de manière encore un peu tendue : le coucher s’est mieux passé. 

Le troisième soir,  il avait intégré et tout se passait bien. 

Ce qu’illustre cette histoire,  c’est à la fois la force de l’exemple et l’intérêt de faire sa propre expérience en dehors de toute pression. 

Vaincre le décalage en adoptant les mêmes principes avec notre partenaire qu’avec nos enfants.

Si l’on refuse les vieux schémas dans l’éducation, refusons les aussi dans notre couple et appliquons donc les mêmes méthodes : 

  • Rechercher la connexion avant le résultat. 
  • Avoir confiance que notre partenaire cheminera.
  • Chercher à développer la motivation intrinsèque. 
  • Se focaliser sur le positif. 
  • Trouver la raison derrière la stratégie.
  • Transmettre par l’exemple. 
  • Accepter l’erreur et lâcher prise dès que possible. 
  • Mettre de l’horizontalité dans notre couple comme on cherche à le faire avec les enfants.

Relativiser le désaccord dans le couple en voyant le bénéfice pour les enfants. 

Cela peut paraitre étrange au premier abord mais, d’une situation de décalage, peuvent naitre des bénéfices pour nos enfants. 

En prendre conscience nous aidera probablement à avoir une attitude plus détendue au quotidien.

Cela apprend aux enfant en le modelant  : 

  • à accepter l’autre tel qu’il est.
  • à accepter que les rythmes et les priorités différent. 
  • à respecter les points de vue différents, la diversité. 
  • à avoir le droit d’être en désaccord avec une personne aimée
  • à prendre conscience que désaccord ne veut pas dire désamour. 
  • à se mettre à l’écoute de l’autre. 
  • à s’autoriser à se tromper et à ne pas être parfait. 
  • à débattre des stratégies et à prendre conscience qu’il y en a plusieurs. 

Enfin gardons à l’esprit que les enfants seront de toute façon confrontés à des comportements très divers de la part des adultes, un décalage nourrit leur capacité d’adaptation. 

Porter un autre regard sur le déséquilibre : le bénéfice pour l’adulte. 

A ce stade on peut avoir l’impression frustrante que c’est celui qui est moteur qui doit fournir de (toute) beaucoup d’énergie, alors qu’il a aussi besoin de facilité et de soutien

Changeons de lunettes ! 

Quand on laisse notre partenaire gérer, on souffle et on profite !

Quand on l’écoute, il ou elle peut avoir des tonnes d’idées que nous n’aurions jamais eues.

Quand on laisse sa place à l’autre, on sallège du poids de la responsabilité de l’éducation.

Quand on ne juge pas les erreurs de l’autre, on accepte avec plus dindulgence ses propres dérapages et la pression baisse. 

Quand on lâche le contrôle sur l’autre et sur nous-même, on gagne en légèreté .

Laissons toute la place à notre partenaire en fonction de ce qu’il veut, peut, propose et ne perdons jamais de vue le si précieux « et au pire ? »

Au final ces situations qui peuvent sembler parfois délicates sont de belles leçons dacceptation et de tolérance. Ces dernières sont les deux clés pour laisser son/sa partenaire nous rejoindre à son rythme. 

Si l’on joue dans la même équipe, alors il n’y a plus de déséquilibre mais un nouvel équilibre commun à inventer ensemble ! 

Pour aller plus loin je vous parlerai bientôt de deux outils puissants pour continuer à co-créer cet équilibre commun : la feuille de route et l’empathie !

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