Congrès innovation en éducation 2026
Ce week-end, je me suis rendue à la 7ème édition du congrès Innovation en Education, qui avait lieu à Nimes. L’idée de ce congrès, organisé par Julien Peron, c’est de réunir des acteurs du monde éducatif (et en particulier beaucoup d’enseignants) autour de conférences sur le sujet.
C’est toujours l’occasion d’une part de s’enrichir d’idées et de connaissances, d’autre part d’échanger avec des personnes qui vont dans le même sens que nous, et d’entendre des retours d’expériences qui, là encore, ouvrent le champ des possibles !
Pourquoi se rendre à ce congrès ?
Je connais les évènements de Julien depuis 2018 (avant ça, je vivais trop loin de la France).
La première fois, j’étais bénévole au Festival de l’École de la Vie. Un festival qui n’a plus lieu maintenant, mais qui permettait, encore plus qu’au congrès, de se sentir moins seul…
Car je le dis tout de suite, même si ce n’est pas le 1er argument pour d’autres : l’un des intérêts de ces congrès, c’est de sentir qu’on est nombreux à bouger, ou à vouloir bouger !
A Nimes ce week-end, 800 personnes dans l’amphi.
Quand on vit son quotidien, comme moi, inspirée mais un peu seule derrière son ordi, ça fait du bien de voir l’élan de toutes ces personnes qui croient sincèrement en un autre modèle. Des personnes qui veulent révolutionner l’école, et les rapports adultes-enfants en général.
Pour le dire clairement : ça nourrit cet espérance dont on a tant besoin pour continuer à avoir de l’énergie pour avancer.
Et en écrivant ça, j’ai presque les larmes aux yeux… parce que parfois, cette énergie, elle est vraiment loin.
Parfois, au contraire, on a envie de baisser les bras, on se désespère de voir un jour les choses changer.
Parfois, clairement, c’est trop dur.
Voilà pourquoi, au delà du contenu lui-même, j’aime me rendre au congrès Innovation en Education, et refaire le plein d’espérance.
Les conférences
Ceci étant dit, évidemment, le congrès tourne autour des conférences.
Le week-end était dense : il y avait 1 table ronde et 5 conférences le samedi, puis 4 conférences le dimanche.
Voici le détail du programme :

Je ne vais pas vous faire un retour/résumé détaillé de chacune de ces conférences, mais j’aimerais quand même vous transmettre certaines de mes pépites…
Je précise avant de commencer que mon retour, évidemment, ne parle que de moi.
Nous ne sonnes pas tous intéressés par les mêmes choses, et ce pour des tas de raisons.
D’abord parce qu’on écoute ces contenus avec un angle différent (un.e enseignant.e et moi, par exemple, ne cherchons pas la même chose).
Ensuite parce que nous n’avons pas les mêmes centres d’interêts. Même si nous cherchons tous à faire progresser les méthodes d’éducation dans un sens globalement commun, on l’aborde chacun sous des angles ou avec des focus un peu distincts.
Enfin, parce que nous n’avons pas tous parcouru le même chemin.
Donc, certains points semblent évidents, d’autres des découvertes, et ce ne sont pas les mêmes points que le voisin.
Ça semble évident quand je l’écris, mais ça reste parfois surprenant à constater.
Par exemple, ma voisine a pris des tas de notes dans son carnet pendant la 1è table ronde, alors que j’étais plutôt détachée ; puis elle a colorié sa couverture distraitement tandis que je notais frénétiquement ce que partageait Catherine Gueguen. Rigolo, quand même !
Donc, je vous fais MON retour, piochez-y ce qui vous correspond !
(Je saute volontairement quelques points de ce programme qui m’ont moins intéressée, et je vous partage cet article avant qu’il soit complet, sinon, je me connais, il ne paraitra jamais !!)
Catherine Gueguen : Neurosciences affectives et sociales dans l’éducation
Bien sûr, je connais depuis longtemps le travail de Catherine Gueguen, par ses livres d’abord, et par des vidéos ou podcasts. (J’avais même partagé l’une de ses conférences sur ce blog il y a 9 ans…)
Cela fait cependant un moment qu’elle ne donne plus beaucoup de conférences (à ma connaissance en tout cas), et j’étais contente de la voir !
Pour ceux d’entre vous qui la connaissent, vous savez que Catherine Gueguen a approche très scientifique : elle part toujours d’études, et elle cite ses sources.
Ça m’a donné envie d’aller creuser certaines de ces sources, et j’espère pourvoir en prendre le temps dans les mois qui viennent, donc je vous en reparlerai peut-être.
Globalement, elle est revenue sur des principes que nous connaissons bien, apportés par les neurosciences affectives et sociales.
Rappelons le contexte : les neurosciences affectives et sociales datent seulement de la fin du 20ème siècle, et révolutionnent l’éducation.
Avant cela, les recherches en neurosciences n’étaient que cognitives : le fonctionnement du cerveau au niveau du stockage et de l’apprentissage.
Avec les neurosciences affectives et sociales, on étudie le cerveau sur un plan émotionnel et relationnel.
On découvre alors que :
- Le cerveau de l’enfant est beaucoup plus immature que ce que l’on imaginait
- L’être humain nait avec la capacité d’être empathique et altruiste
- Les humiliations verbales et physiques engendrent des troubles du comportement
- La qualité de la relation avec l’enfant (empathie, soutien, encouragement…) sont essentiels pour le développement de son cerveau
Le bilan de tout cela, c’est ce pour quoi je me bats au quotidien, c’est le message que je cherche à transmettre encore et encore, et qu’elle résume ainsi :
“On ne peut plus élever les enfants comme autrefois car on SAIT.” Catherine Gueguen
Il y avait déjà une convention internationale des droits de l’enfant, adoptée par l’ONU en 1989.
Depuis, les spécialistes encouragent à évoluer.
Ce n’est pas pour rien que la France a enfin fait passer une loi en 2019 pour faire évoluer l’autorité parentale, qui doit maintenant s’exercer “sans violences physiques ou psychologiques.”
Je sais. Ce n’est pas simple de changer de mode éducatif.
Qu’on veuille et qu’on n’y arrive pas, je le comprends… (et je participe comme je le peux à votre démarche d’apprentissage de l’éducation positive).
Ce que je ne comprends pas, c’est qu’on ne le veuille pas.
Qu’il y ait encore des gens qui jugent qu’on n’est pas assez dur avec les enfants.
Que l’éducation dite positive crée des délinquants.
Vous êtes allés voir dans les prisons ? Vous avez vu dans quel contexte ont grandi les délinquants ??
Non, ce que dit Catherine Gueguen, et qui résonne vraiment en moi :
“La violence dite éducative est l’une des racines de la violence dans la société.” Catherine Gueguen
On pourrait le dire dans l’autre sens aussi d’ailleurs :
La violence dans la société est l’une des racines de la violence dite éducative !
Ce qui est sûr, c’est que la violence est systémique.
Et l’un de ses symptômes, c’est le harcèlement scolaire…
Voilà pourquoi je réunis chaque année des experts dans le sommet du harcèlement scolaire pour faire avancer ce sujet de société.
En tout cas, et je conclurai mes notes sur cette intervention avec cette remarque de Catherine Gueguen :
En 2026, l’éducation devrait respecter les droits des enfants.
Juste ça.
Emmanuelle Piquet : Votre enfant face aux autres
Je ne vous présente plus Emmanuelle Piquet, que vous avez vue à plusieurs reprises sur mes réseaux, qui est intervenue dans les 2 premières éditions du sommet du harcèlement scolaire, et dont j’admire et l’approche et le bagout !
Si vous ne connaissez pas encore son approche, je vous encourage à aller écouter sa présentation de la méthode à 180° qu’elle propose, et que je ne vais pas ré-expliquer ici.
Je l’ai croisée avant sa conférence, et elle m’a dit : “Mais tu vas t’ennuyer, tu connais déjà tout par coeur !”
Oui, je connais, mais je ne m’ennuie jamais en écoutant Emmanuelle.
Et puis certaines histoires touchent au coeur, même quand on les connait.
Prenons celle de Jean-Paul par exemple, un classique.
Oui, je la connais. Par coeur.
N’empêche… Quand j’entends Emmanuelle dire :
“Alors cassos’ ? Toujours tout seul ? Toujours pas d’amis ? En même temps t’as vu ta gueule ? Tu vas crever quand Jean-Paul ?”
Bon sang, j’ai le coeur qui se serre. A chaque fois.
Essayez pour voir ! Voici l’histoire de Jean-Paul…
Donc, j’écoute encore Emmanuelle, qui sait faire passer ses messages avec humour, et ça renforce chaque fois un nouveau point, parce qu’on n’écoute jamais exactement de la même manière.
Cette fois, par exemple, je ressors en particulier avec la difficulté d’IDENTIFIER les cas de harcèlement, ou même globalement les cas de souffrance relationnelle.
“La plupart des cas de souffrance relationnelle (au sens global du terme) passe sous le radar des adultes.” Emmanuelle Piquet
Il faut dire que ces dernières années, il y a eu de plus en plus d’actions pour agir contre le harcèlement scolaire.
Ce qui, bien sûr est une bonne chose !
Mais cela signifie que les harceleurs, ou les agresseurs selon les cas, ont appris à être plus subtils, moins visibles.
Et c’est ainsi que s’est développée une nouvelle tendance : celle de l’exclusion, de l’invisibilisation.
Selon Emmanuelle, 40% des cas de harcèlement scolaire aujourd’hui correspondant à cette catégorie.
Et ça, c’est hyper dur à voir pour les adultes de l’établissement !
C’est ce que me confirme Sandra Baudin, qui est assise à côté de moi dans l’amphi.
Ancienne CPE, formée avec Chagrin Scolaire à l’approche de Palo Alto, elle constate aussi et la difficulté de capter ces situations, et l’augmentation de ces cas, de manière complètement empirique.
Echanger avec elle après la conférence m’enrichit encore.
Ah.. parce que s’il y en a une qui connait par coeur ce que raconte Emmanuelle, c’est bien elle !
A certains moments, elle complète la phrase avant qu’elle soit dite !! Ah ah !
Ça m’a fait penser à moi devant les conférences de Thomas d’Ansembourg…
On peut dire que j’ai trouvé une partenaire idéale pour préparer la formation Harcèlement scolaire : apaiser les relations à l’école – la boite à outils pour les pros !
En tout cas, une remarque m’est venue en fin de conférence.
Emmanuelle a dit : “Les harceleurs, vous ne les voyez pas. Ceux que vous voyez sont des agresseurs.”
Et moi, j’ai pensé à la différence entre la violence du tigre, évidente, bruyante ; et celle de l’araignée, discrète et insidieuse.
C’est normal que j’aie pensé à ça, puisque je suis justement dans la lecture de “Le tigre et l’araignée, les deux visages de violence” d’Olivier Clerc.
Evidemment, ce qu’on entend résonne toujours avec ce qu’on est en train de découvrir.
Enfin.. pour moi en tout cas !
J’ai donc hâte de vous faire découvrir ces deux types de violence (j’ai rdv avec Olivier Clerc pour parler de sa participation à la 3è édition du sommet…).
Et en attendant, essayons comme on peut d’ouvrir les yeux et d’être à l’écoute !!
Delphine Py : Mieux comprendre la santé mentale des jeunes
J’ai beaucoup apprécié cette intervention de Delphine Py.
En relisant mes notes, je me dis que je n’y ai pas découvert grand chose de nouveau pour moi ; mais j’ai vraiment aimé la structure du déroulé et les idées concrètes que Delphine Py nous a proposées.
Pour commencer, on a pu revoir certains des signes classiques de la période d’adolescence (je me refuse à la qualifier de “crise”, car ce n’en est pas une pour moi).
Car l’adolescence est une période sensible, bien sûr.
Or, selon l’exercice que nous a fait faire Delphine Py, quand on liste les symptômes de cette période, et qu’on la met en face des symptômes de mal-être, il y a des recoupements… (irritablité, isolement, énergie variable…)
Ce qui rend la question de la santé mentale des jeunes d’autant plus difficile à appréhender.
Qu’est-ce qui relève “juste” de l’adolescence, et qu’est-ce qui relève du mal-être ?
N’empêche, on peut se poser la question de ce sur quoi on peut agir.
Après avoir rappelé que l’un des éléments importants de la santé mentale (et pas seulement pour les jeunes), c’est LE SOMMEIL, Delphine Py nous encourage à appréhender la question sous 3 angles.
1- Le stress
Le stress est une réponse physique, mentale, émotionnelle, sociale, à une contrainte.
Or, dans la société actuelle :
“Nos ados grandissent avec un système d’alerte sollicité en permanence.” Delphine Py
Evidemment, cela se ressent dans le corps.
Petit rappel au passage : oui les émotions sont liées à des réactions corporelles.
On en parle d’ailleurs dans cet article qui traite des sensations, sentiments et émotions.
En particulier, quand le stress monte, notre corps se prépare à une éventuelle fuite : le rythme cardiaque s’accélère pour envoyer pus d’oxygène à nos muscles.
La respiration se raccourcit.
L’idée de respirer profondément, d’adopter un rythme plus doux est donc une bonne idée pour faire baisser le rythme cardiaque et sortir de cet état de stress.
MAIS, cette réaction physique préparait un mouvement qui n’a pas eu lieu.
On peut donc également choisir, à la place ou en plus de rester, de BOUGER.
Je crois que c’est la première pépite que j’ai retenue de cette intervention : la tension dans mes épaules viendrait peut-être d’un manque de mouvement ?
Delphine propose donc, pour évacuer le stress, de marcher, faire des génuflexions, danser…
Ou de respirer bien sûr, mais là, je ne vous apprends rien.
2- Les émotions
Ici, Delphine ne va pas se contenter de parler des émotions.
Elle fait le lien avec les pensées qui génèrent ces émotions.
Si vous lisez les 6 doigts de la main depuis un moment, vous connaissez déjà cette notion.
Allez, pour la peine, je vous insère ici un dessin d’Art-mella (en vous encourageant à aller lire l’extrait complet ici)

Une autre manière de le présenter, c’est ce que Clotilde Dusoulier (Change ma vie) appelle le modèle de Brooke, et dont je vous avais parlé dans ma pépite du cercle sur le modèle de Brooke…
J’ai constaté cependant que cette notion était nouvelle pour certaines personnes dans l’assemblée.
Delphine Py nous a affiché à ce moment un triangle entre les émotions, les pensées, et les comportements.
Avec une boucle qui continue.
La question est donc : d’où viennent les pensées des ados, et en ont-ils conscience ?
Là, Delphine nous parle des biais d’interprétation de l’adolescence (accrochez-vous, ça ne nous encourage pas à poser un regard trés positif sur nos ados…) :
- Hostile
- Anxieux
- Égocentrisme
L’encouragement est donc de challenger nos ados sur leurs pensées (euh… c’est valable pour nous aussi, hein !)
0- en s’en distanciant : s’imaginer que la pensée est à l’extérieur
1- en les challengeant : d’où vient cette pensée ? Est-elle toujours vraie ?…
2- en la diffusant : c’est un fait ou une pensée ?
3- en la restructurant au niveau cognitif : Y a-t-il une autre explication possible ?
3- La boussole
Enfin, c’est le point qui me plait le plus je crois : reconnectons nos ados à ce qui donne du sens à leur vie !
J’aime bien cet angle, parce qu’il permet de se relier à ce qui est enthousiasmant dans cette période de vie qu’est l’adolescence.
Cette boussole, ce qui donne du sens à notre vie, est liée à nos valeurs.
On peut donc encourager nos ados à creuser leurs valeurs, via des questions larges :
- Cite-moi 3 personnes que tu admires – Pourquoi ?
- Si ton petit frère te prenait en modèle, que voudrais-tu qu’il copie ?
Et surtout, aller à leur rencontre quand leur vie “s’agite” (le terme est de moi) :
“Si cette situation te fait autant réagir, c’est que c’est important. Tu veux bien m’expliquer ?”
Enfin, on pourra les aider à relier valeurs et micro-actions..
Remarque : on avait déjà parlé des valeurs sur lesquelles échanger avec nos ados lors de la 1ère édition du sommet du harcèlement scolaire pendant l’intervention de Fany Ea intitulée : « Ce qui nous rend unique nous rend plus fort »
Elle avait même ajouté des cartes valeur dans le coffret du sommet !
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